lundi 24 septembre 2018

Forte tempête en prévision


C'est parti. Je profite du vendredi soir et de l'absence d'astreinte ce weekend (Dr Shleck est revenue) pour quitter mon ile. J'arriverai le samedi matin, pas trop tôt pour ne pas faire psychopathe, pas trop tard pour pouvoir en profiter un peu, juste assez tôt pour lui proposer un brunch. Je n'ai pas prévu de rester au cas où ma déclaration se passe bien, je passe le weekend dans ses bras et les quitte le dimanche soir, court weekend suffisamment intense et romantique juste ce qu'il faut. Bon, en vrai, secrètement en discrétion avec moi même, j'ai peur de me faire rembarrer et dans ce cas là, il n'y aucun besoin de s'éterniser.

Je lui ai envoyé un SMS lui proposant qu'on se rejoigne à la terrasse de tel café. Je m'y rends. Je n'ai même pas de valise, à peine un sac à dos. Rendez-vous à 11h. J'y suis une heure plus tôt. Je commence avec un café. Je n'ai peut-être pas de bagage mais j'ai pensé à prendre mon livre préféré avec moi. Je voyage toujours avec un livre.
Ce livre, Hyperion, je l'ai tellement lu ! et chaque fois, c'est à une période particulière de ma vie, ce qui fait qu'à chaque relecture, je suis projeté dans le temps, certains chapitres me remémorent une certaine année où je l'ai lu, un autre chapitre une autre année et ainsi, c'est comme si les souvenirs de ma vie étaient gravée entre ses lignes. Quel nouveau souvenirs vais-je y inscrire ? rien que pour le savoir, j'ai à la fois hâte de le lire et de vivre les prochains événements. Avec tout l'avion qui m'attend et la variété de toutes les choses possibles et imaginable qui peuvent se passer, j'ai pensé à prendre les deux premiers tomes. 600 pages. De quoi voir venir.

Onze heures sonnent. J'ai peu avancé. Toutes les 5 minutes, mon regard quitte le livre pour la chercher sur la place, au cas où elle serait venue en avance. Une heure passe encore. Il est midi et toujours personne. Pourtant elle m'a répondu qu'elle arrivait. Est-elle surprise ? il y a de quoi ! j'habite de l'autre côté de la planète (ou presque). A-t-elle peur ? j'espère que non. Je pourrais venir pour un congrès ou autre chose, ou je ne sais pas moi, mais ce n'est pas le moment de chercher des excuses.

Midi trente, elle arrive enfin. Elle s'assoit devant moi.

"_ Je n'ai pas très faim, tu prends quoi toi ?
Pas faim ? des papillons dans l'estomac peut-être ? et puis, ni bonjour ni merde, elle doit être tendue. Tâchons de l'apaiser.
_ Moi non plus je n'ai pas très faim. On peut aller ailleurs si tu veux, où tu seras à l'aise.
_ Tu as dis que tu voulais bruncher alors on y est, dit-elle d'un ton ferme. Vas-y, commande ce que tu veux, je vais prendre juste un jus d'orange.
_ Euh...ok. Un croissant s'il vous plait !"

Nous avons parlé de tout et de rien. En fait non, de rien, et surtout pas de l'essentiel. Je la sens fébrile, comme sur le point de vouloir m'annoncer quelque chose ou le contraire, comme si je voulais lui arracher un secret qu'elle se refusait à donner. AAAaaahh ! cette incertitude me tuera ! J'ai pris le taureau par les cornes, enfin non, la vache...euh, non plus, mauvaise image, mon courage à deux mains (comme ma bite, aaaah cerveau de merde !!!) et je me suis lancé :

"_ Mais sinon toi, sentimentalement, comment ça va ?
Je l'ai sentie s'apaiser. Comme une tension qui se relâche.
_ Ça va mieux, merci, souffla-t-elle avec à nouveau ce regard que j'aime tant (et déteste à la fois parce que je ne sais pas ce qu'il signifie). En grande partie grâce à toi. Tes messages, tes emails, ton épaule, ton écoute, ton soutien, tout ça m'a permis de remonter la pente et à faire preuve d'amour propre à nouveau. C'est la première étape, non ?
_ Euh...merci, dis-je confus. Elle est en train de m'ouvrir son cœur, là. J'en ai les jambes qui flageolent. Allez Georges, lance toi ! _ Ecoute Emilie...
_ Tu sais, je voudrais vraiment te remercier pour tout ce que tu as fait pour moi, m'interrompit-elle. Mais je dois y aller, j'ai une réunion familiale. Mais on peut se revoir ce soir si tu veux. Même endroit ? 20 heures ? 
_ Avec grand plaisir, Emilie, dis-je avec une assurance retrouvée.
_ Alors à ce soir. Bisous."
Elle m'embrassa dans la zone de doute, pas pile au milieu de la joue, ni sur les lèvres, mais entre les deux, avec le coin de ses lèvres effleurant le coin des miennes, à mi chemin entre chaste et sensuel.

Je reste à moitié au dessus de la table alors qu'elle quitte le café, mes fesses encore à moitié en l'air, ni franchement debout, ni réellement assis. Un peu comme la situation entre elle et moi. C'est ça, mes fesses sont le reflet parfait de ce qui se passe entre nous. Je ne sais pas vous mais ça ne m'inspire rien de bon. Et pourtant, son regard s'est attendri, s'est posé sur moi au moment où elle m'a ouvert son cœur alors qu'elle l'a évité pendant tout le reste du pseudo repas.

Donc c'est quoi ? une porte ouverte ? un adieu ? putain mais c'est diamétralement opposé !!! Devant autant d'incertitude, je suis obligé de recourir à une experte en femmes, une autre femme.

"_Allo Lola ?
_ Oaich Giorgio ! comment ça va ? tu viens prendre un verre en bord de plage ?
_ Pas tout à fait non, je suis en métropole.
_ Ah ! en vacances ! tu restes combien de temps ?
_ Je reviens demain.
_ QUOI ?!? mais tu es parti faire quoi ?
_ Je suis venu voir Emilie.
_ Pfff t'es un grand malade ! Super romantique en même temps, mais risqué.
_ C'est ce que je me suis dit.
_ Alors tu m'appelles entre deux bisous pour me raconter ? ça aurait pu attendre lundi.
_ Pas tout à fait non, voilà ce qu'il s'est passé : ...
Je lui ai relaté dans les moindres détails tout ce qui s'est passé, les mots précis, les attitudes, le langage non verbal, la position des yeux, des mains, des jambes. C'est Lola qui me demande tout ça, moi je n'y avais pas prêté attention.
_ Putain, fais un effort Georges ! c'est important ! ce n'est peut-être qu'un détail pour toi...
_ ...oui mais pour toi ça veut dire beaucoup, je sais. Tu m'impressionnes. On dirait le Sherlock Holmes de l'amour.
_Tu sais, il en va de l'amour comme du meurtre : il y a ceux passionnels, ceux d'opportunité et ceux prémédités.
_ C'est beau ce que tu dis.
_ Je sais, c'est toi même qui l'a dit.
_ Ah bon, j'ai dis ça ?
_ Oui, ou plutôt tu l'as écrit.
_ Sérieusement ! tu lis mon blog ?
_ Mais grave ! C'est mon rayon de soleil dans ma vie de merde. J'essaye de retrouver les bribes de vérités noyées dans le romanesque. C'est génial ! encore ! j'en veux encore ! raconte moi encore tout dans les moindres détails ! c'est comme si je lisais en avant première le prochain Harry Potter !
_ Bah attends encore un peu, ce soir, je la revois et je te raconterai ça, promis.
_ Ah cool ! tu m'appelles, hein ?!
_ Euh, avec le décalage horaire, je ne suis pas sûr.
_ Mmm, mouais, ok, et puis tu as le droit de garder un peu d'intimité au fond. D'ailleurs non ! je veux la suite dès que possible ! même s'il fait nuit, même si je dors ! rien à foutre ! ton cul m'appartiens et toutes ses histoires sont passionnantes !
_ Aaaah ! merci Lola ! Merci de complimenter mon cul comme ça.
_ Euh, blague à part, c'est très con de ta part d'avoir choisi un endroit assis. Ton cul justement, c'est un de tes arguments séductions principaux.
_ Ah oui, genre ma gueule, il faut pas trop que je compte là dessus.
_ Non, c'est pas ça. Toi tu as une belle gueule, un beau cerveau et un très beau cul. Tu peux remercier tes excursions dans la montagne, ça sculpte.
_ Bon, ça va, dans un café, il y a ma gueule et ma conversation. 2 sur 3, c'est déjà pas mal, non ?
_ Là on parle de ferrer un gros poisson. Tu ne vas l'attraper avec seulement la moitié de tes appâts ! Tu es beau, tu es intelligent, mais tes fesses sont LARGEMENT plus belles que toutes les belles paroles que tu pourrais sortir.
_ C'est sympa pour mon cul.
_ Regardons les choses en fasses, en fait non, regardons les par derrière : des paroles, ça reste des paroles, tandis qu'un postérieur bien ferme, c'est du concret, c'est du béton. On a beau être fleur bleue, une fille, ça reste pragmatique aussi.
_ Ah ok, merci du conseil, je le prends très au sérieux. Faut que je l'emmène se promener alors, en lui laissant la possibilité de voir mes fesses autant que possible.
_ C'est ça, sauf que de nuit, avec un manteau, c'est mort. Fallait y penser de jour.
_ Ah merde, j'ai perdu une carte maitresse, là.
_ Fallait m'appeler plus tôt.
_ Ouaf ouaf.
_ Putain, t'es con, pouffa-t-elle."
J'ai raccroché, il ne me restait plus qu'à attendre.

Il est à peine plus de 14 heures, soit environ 6 heures à attendre. Une petite voix intérieure me souffle "sans compter le retard" mais je la fais taire rapidement. C'est elle qui a demandé à me revoir, elle n'a aucune raison d'arriver à la bourre. Je vais donc me trouver une petite chambre d'hôtel (je n'ai même pas pris la peine de réserver avant de partir), je pose mes affaires, je vais dans un magasin de sport (il faut bien que ça serve de bosser à temps plein et demi) et je vais m'acheter du matos tout neuf : chaussures, chaussettes, pantalon et Tshirt stretch. Je redépose mes vêtements civils à l'hôtel, me change, et je vais essayer ma nouvelle armure, mon costume de super-héros, ce dans quoi je me sens le mieux, histoire de me donner confiance en moi.

Je prends le temps de m'habituer à l'air, sec, à la température, un peu fraîche pour moi, à la luminosité, diffuse à travers les nuages. Même s'il pleut j'aime ça. Même si je cours dans les bois, sous une pluie battante avec de la boue jusqu'aux joues, j'aime ça. Je vis pour ça, pour ces moments où plus rien n'existe que le vent, mes pas, le rythme de mon souffle et les battements de mon cœur. Le temps n'existe plus, je n'ai même pas mis de chrono. Je me sens presque voler. Si libre. Pas de travail, pas d'histoire d'amour compliquée, juste moi dans mon corps, vivant.

Les endorphines que la course libère me transportent jusqu'au soir. Je me sens bien. Je prends une douche froide puis je fais couler un bain chaud. Je laisse passer le temps et petit à petit, ma conscience quitte mon corps pour regagner ma tête. Ça me fait penser que ce matin, avec la précipitation de vouloir la revoir, je n'ai même pas pris de douche, je ne m'étais pas changé. Je devais avoir l'air bien piteux. Zut ! Tant pis. Oh et puis, si réellement elle m'aime, mon aspect est secondaire, c'est ce que j'ai à l'intérieur qui compte. Non ? je ne sais plus. Qu'en penserait ma confidente ?
 
Lola n'a pas pu me donner de renseignement sur la rencontre de ce midi avec Emilie. D'après le regard fuyant, les bras croisés, les jambes croisées, même ses pieds formaient un triple verrou, tout cela ne présageait rien de bon. Par contre, en fin d'entretien, lorsqu'elle a décroisé les jambes, croisé mon regard, déplié les bras pour les aligner sur la table dans un geste d'ouverture, Lola pense que ça coïncide avec le moment où je lui ai posé des questions sur elle, sur son ressenti propre, sur ce qu'elle vivait à l'intérieur et pas juste sur les manifestations externes de ce qu'elle faisait de sa vie. En bref, quand je m'intéresse réellement à elle, c'est là que nous avons eu une vraie conversation.
Bon, par contre, ça s'est fini brutalement avec son départ, mais ça peut aussi être une porte ouverte ! Elle a proposé qu'on se revoit, non ?

Un peu avant 20 heures, je suis retourné au café. Même table, même chaise, les yeux rivés sur la porte d'entrée. Je lui ai laissé la première demi-heure de politesse. Elle se prépare sûrement, se fait belle, se parfume, se maquille. Eh oh, ce matin, je sortais d'un avion, à peine recoiffé et sans me brosser les dents. Elle n'est pas obligée de se mettre sur son 31 non plus.
La deuxième demi-heure aussi, elle doit se douter que j'ai des choses à lui dire, je n'aurais pas fait tout ce chemin pour rien, et elle aussi doit avoir des choses à me confier, un genre de pesanteur sur le cœur qui ne demande qu'à se libérer. J'ai passé la première heure à rêver.

La deuxième heure par contre, je suis passé par à peu près tous les sentiments disponibles. Le déni d'abord, non, ce n'est pas possible qu'elle ait oublié. Elle ne peut pas m'avoir posé un lapin, je n'y crois pas. Ce n'est pas possible.
Puis la colère : pour qui se prend-elle ? non mais ! moi qui l'ai ramassée à la petite cuillère, qui lui ai remonté le moral à coup de chansons et de mots doux, qui lui ai regonflé l'amour propre, c'est comme ça qu'elle me remercie !!! bordel !

L'humiliation : non mais oh Georges, tu te rends compte de ce que tu dis ? l'amour est une réponse adaptée face à quelqu'un qui t'a évité le suicide ? tu es sûr que c'est comme ça que tu veux être récompensé ? si on peux parler de récompense. Un acte généreux n'est-il pas dénué de rémunération ? ou bien tu t'attendais à gagner ses faveurs peut-être ? c'est ça que tu veux ? une relation dominant-dominé ? elle te sera redevable à vie, de sa propre vie, d'être sortie de la dépression grâce à toi et donc tu pourras la baiser autant de fois que tu voudras, hein ?

La contrition : je ne suis qu'une merde en fait. C'est vrai. Oui, je voulais juste la baiser. Je ne suis qu'un connard qui pense avec sa bite. Et puis qui voudrait de moi ? j'ai baisé la sœur de ma meilleure amie, et je l'ai perdue par la même occasion. Les deux personnes qui comptaient le plus pour moi, je les ai trahies. Je ne suis qu'une petite merde. En plus, je suis parti aux antipodes pour quoi ? pour fuir certainement. Et une fois aux tropiques, je n'arrête pas de faire des aller-retours vers la métropole. Je ne sais pas prendre une décision pour moi. Je ne vaux rien. Emilie a raison de me planter.

La relativisation : oui mais bon, tu essayes d'être honnête, d'aller au bout des choses, en quête de vérité, de sens, un genre de Spock avec des sentiments. Euh...donc, pas du tout Spock en fait. Oui, un petit Captain Kirk.

L'humilité : oui bon, passer de sous-merde à Captain Kirk, il y a un grand écart, faut pas exagérer non plus. Un juste milieu ? Tu essayes d'être un humain à la hauteur et ce n'est pas facile tous les jours, qui veux aimer et être aimé, c'est légitime.

La négociation : Ok, elle est libre, c'est un humain elle aussi, avec son libre arbitre, elle est maîtresse de sa destinée. Si elle choisit de voir son avenir sans moi en tant que petit ami, je dois le respecter. Mais tout de même, ça ne se fait pas de poser un lapin. Tiens, je vais lui écrire de ce pas, elle peut tout de même m'accorder cinq minutes, juste cinq petites minutes ! je lui dis ce que j'ai sur le cœur et je me casse.

Je saisis mon téléphone : j'ai juste le temps de lire "vous êtes en train de courir 5km450 en 6h32mn25s" et le téléphone s'est éteint. Et merde. J'ai du brancher l'appli par réflexe et pas éteins après. Oh bordel. Je fais comment moi maintenant !

Bon réfléchissons. Faisons appel à la logique. Bah tiens, Spock, reviens ! Je prends mes oreilles les plus pointues et je fais carburer les méninges. C'est difficile. J'ai couru, je n'ai pas mangé et je n'ai même pas osé commander à manger pour ne pas passer pour un goujat au cas où elle arriverait.

Pourquoi ne viendrait-elle pas ? Emilie, j'ai besoin d'une explication. Dressons un profil de personnalité. Commençons par les faits : elle a été dépressive, mais c'est une personne enjouée, qui est très belle et qui le sait. Elle est aussi intelligente et sait comment être entourée. Elle est épicurienne et elle a su se sortir d'une situation pénible, elle a donc beaucoup de ressource.

Les suppositions maintenant : il est possible qu'elle garde une cicatrice de cet événement tragique, traumatisant et qu'elle ait perdu confiance en elle. C'est même très probable. Par extrapolation, si elle n'a pas su garder son oncle malgré tout l'amour qu'elle lui portait, il est fort probable qu'elle réagisse aux attentions d'un homme par la distance de peur de le perdre également. Je sens que je brûle.
De ce fait, si elle a peur de perdre à nouveau un être cher, je suppute qu'elle ait dans un premier temps proposé de le revoir parce qu'il lui apporte du bonheur, mais par peur, ce soit dégonflée au moment où les choses auraient potentiellement pu devenir plus sérieuses. Par conséquent, elle ne m'a pas posé un lapin, elle est juste chez elle, paralysée par l'angoisse de me perdre si jamais elle se laisse aller à ses sentiments ! Voilà ! elle est là, la solution ! je vais aller chez elle et la rassurer de toutes mes forces ! puis je démissionne de l'hôpital des tropiques et je trouverai bien un poste à sa proximité. Je n'ai même pas besoin de prendre mon billet de retour et peux tout faire à distance. T'es génial mon petit Georges. Sherlock Holmes serait fier de toi.

Vu que je connais son adresse, j'y vais d'un pas alerte. Je suis sûr de la trouver chez elle. Ok, bon maintenant, révise ton discours. Que vas-tu lui dire qui va à la fois la rassurer, ne pas la faire fuir, lui donner confiance en toi, lui faire ouvrir sa porte, ses bras, son cœur ? Vas-y, lance-toi, balance ce que tu as de mieux.
"Emilie, je sais que tu as peur et moi aussi. J'ai peur de te perdre parce que tu es mon rayon de soleil, ma lumière, tu me rends heureux et je suis fou de toi. Ça fait longtemps qu'on se tourne autour et je ne sais toujours pas ce qu'il y a entre nous mais j'espère que c'est de l'amour. En tout cas moi je t'aime Et si cet amour est réciproque, alors j'espère de tout cœur que nous ne serons plus séparés"

Pas mal, pas mal du tout. William Sheller a fait mieux, mais je n'ai pas de piano à disposition.

La météo semble approuver mon romantisme en m'offrant à la fois de la pluie et un clair de pleine lune, sa lumière et celles de la ville se reflétant dans les flaques, ondulant sous l'impact des gouttes. Je me précipite encore plus vite chez elle, vers un tournant de mon destin, un marqueur, une borne qui désigne ce moment dans le temps : "il y a un avant et un après à partir de ce point précis".

J'arrive. Je frappe à la porte.


...To be continued













Non, je déconnes.


J'entends des pas. Elle est chez elle ! Yes ! Je l'entends déverrouiller, elle m'ouvre dans la même tenue avec laquelle elle m'avait accueilli quelques mois plus tôt, son gros pull noir à grosses mailles transparentes. Elle est totalement nue dessous, encore. M'attendait-elle ?
Je prends mon courage à deux mains et ma respiration, je vais pour m'élancer et un grand mec apparait dans l'embrasure de la porte. Il est nu lui aussi, il n'a pas de pull. Il est en érection.

En réalité, elle ne m'a pas posé de lapin, elle m'a supplanté avec un rhinocéros. Je vois sa corne, là, juste devant moi, je n'arrive pas à la lâcher du regard, on dirait qu'elle va me transpercer. Tiens, d'ailleurs, je ressens comme une douleur pectorale.

"_ Qu'est-ce que tu fais ici ?
_ Euh...je t'attendais au café et...
_ Et t'as pas deviné qu'après 1h de retard je ne viendrai jamais ?
_ Euh...non, ce n'est pas à ça que j'ai...
_ Bon, t'es gentil mais je suis un peu au milieu d'un truc, là, donc si tu pouvais nous laisser ça m'arrangerait.
Le rhinocéros intervient : _ Sinon il pourrait nous rejoindre, non ?
_ Putain, toi, je ne t'ai vraiment pas choisi pour ta cervelle. Allez, retourne dans l'appart." La porte se referma sur moi.

Tout de suite, la lune et la pluie, je les trouve un peu moins romantiques. J'ai les pieds mouillés, ma veste est adaptée aux tropiques mais pas au climat tempéré, j'ai froid, j'ai faim, je n'ai pas mangé depuis 8 longues heures. J'ai traversé un quart de la terre pour me prendre un râteau et une porte. Je ne sais pas si, à ce niveau, je ne pourrais pas prétendre au livre des records.

J'appelle la compagnie Air Tropique, j'ai envie de rentrer chez moi. On peut avancer mon vol à dimanche matin, enregistrement à 5h. Le temps de prendre le train, il faudrait que je parte d'ici dans 3 heures. Du coup, je ne vais pas dormir non plus. J'ai largement le temps de rentrer à l'hôtel, je n'ai rien pour me changer à part mes vêtements de sport pleins de sueur. Il n'y a plus d'eau chaude. Je pars comme ça vers la gare, poireaute sur un ban en attendant mon train pour l'aéroport. Comme je ne suis pas parti pour dormir, je prends un café. J'en profite pour le siroter lentement, me réchauffer les mains avec. Il ne fait pas si froid que ça, une vingtaine de degrés mais venant des tropiques, forcément, la différence est plus grande. Et puis, la température ressentie est polaire vu les événements récents. Vu l'heure, vu mon état vestimentaire et ma gueule, vu mon café vide à mes pieds, un mec a pris pitié de moi et m'a laissé une pièce dans le gobelet.

C'est l'horreur totale. J'ai envie de m'enfoncer dans une grotte et de ne plus en sortir. Putain, mais qu'est-ce que je vais devenir ?


La suite au prochain numéro.









Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire