mercredi 17 décembre 2014

Coeur fondant

"_ Alors ? comment c'était ?
Lolo me harcèle de questions depuis mon retour de métropole. Entre deux patients, entre deux examens, pendant les pauses, entre les pauses...dès qu'elle expire en fait. Mais je ne peux pas vraiment lui en vouloir. Elle le voit bien à mon regard et mon sourire en coin indécrochable que je suis heureux. Alors on joue, on se titille : elle me questionne, je ne réponds pas, mais elle sait que je n'ai qu'une envie, c'est d'en parler, et je sais que de son côté, elle meurt d'envie d'entendre toute l'histoire, tous les menus détails.
_ Bon, la journée est finie. Je t'offre le mojito ?
_ oh ouuuiiiiiiii ! comme ça tu me racontes tout !" dit-elle en applaudissant.

Je resitue pour tout le monde : le bord de mer, le coucher de soleil, les palmiers, 2 verres de menthe qui fait tourner la tête et des lunettes de soleil. La confession peut commencer.

" _ Tout d'abord, je dois préciser qu'il ne s'est rien passé.
_ Oh arrête ! T'as des étoiles dans les yeux depuis que tu es revenu. Ne me dis pas, à moi, qu'il ne s'est rien passé.
_ Bah non il ne s'est rien passé, patate ! je venais la consoler parce que son oncle s'est suicidé. Il ne pouvait rien se passer. Décemment.
_ Effectivement, vu comme ça...mais bon, rien de mieux pour remonter le moral que...
_ Oui oui j'ai compris mais non.  Mon sexe n'est pas un vulgaire cric à soulever l'estime de soi.
_ Bon alors ? si tu ne lui a pas soulevé le bas de caisse, vous avez fait quoi ?
_ Et bien...

Retour en arrière.

Emilie m'avait appelé suite au décès de son oncle, désespérée, en larme, toute seule dans sa nouvelle vie, perdue dans son nouveau CHU. Elle avait été mon externe et était devenue mon amie. Depuis, nous nous écrivions régulièrement, à peu près tous les 6 mois, pour garder le contact. Vous voyez ? ce genre de personne que vous ne voyez pas souvent mais que vous ne voulez pas perdre de vue, qui a une place spéciale dans votre vie. Laquelle ? ni l'un ni l'autre ne sait, mais une place indissociable.

Et bien nous avions su garder ce genre de lien là, d'autant plus flou qu'il est émotionnellement fort. Je n'avais pas eu de nouvelles depuis quelque temps. Longtemps, à dire vrai. Pourquoi m'a-t-elle appelé après autant de temps ? je sais que je comptais pour elle, elle me l'avait dit. Si elle m'appelle dans un moment de détresse c'est que je tiens une place très importante dans sa vie, alors !

J’avoue, j'ai ressenti un peu de fierté. Suite à mon congrès, j'en ai profité pour prendre le train et la rejoindre. Elle m'avait donné l'adresse, je me suis débrouillé avec les transports en commun. Il faisait froid, je rappelle que nous sommes en novembre, la pluie était fine et glacée. Je me trimbalais ma petite valise à roulette avec mon arme secrète à l'intérieur.

"_ C'était une boite de préservatifs ?
_ Non Lola, non ! Tu me laisses raconter la suite ?
_ Oui oui, vas-y, je ne t'interromprai plus.
_ Donc, je disais..."

J'ai frappé à sa porte, un immeuble impersonnel, neuf, glacial, un bloc de béton que trois pauvres touffes de citronnelle n'arrivaient à dé-stériliser. Elle m'ouvrit, emmitouflée dans une couette, les cheveux en pétard, un maquillage mélangeant le style du clown et du panda, sauf qu'elle ne rigolait pas du tout. Je voyais à ses yeux rouges qu'elle avait abondamment pleuré. Elle se jeta dans mes bras :
"_ Merci d'être venu ! Merci, merci, merci.
_ C'est normal. Je serai toujours là pour toi.
_ Non, c'est pas normal. C'est pas normal ce qui m'arrive, c'est injuste et je ne peux même pas en parler avec ma famille, ils sont dans le même état que moi. Personne pour se remonter le moral.
_ Et tes amies ?
_ Ma seule amie, c'est ma sœur.
_ Ah oui, mince.
_ Je t'offre quelque chose ?
_ Offre moi d'entrer déjà.
_ Ah oui pardon, je suis nulle.
_ Mais non, t'inquiète, c'est pas grave.
_ Je peux t'offrir un thé, un Lapsang Souchong.
Oh, mon thé préféré. Est-ce un signe ?
_ Oui, avec plaisir.

Elle me fit une place sur son canapé et se cala contre mon épaule.

_ C'est plus facile pour moi de parler comme ça. Je n'arrive pas bien à me livrer si j'ai quelqu'un en face de moi.
_ Je connais, je fais pareil.

"_ Et oh ! patate ! on est souvent en face l'un de l'autre quand on se parle, non ? intervint Lola.
_ Oui, au boulot, mais quand on se confie l'un à l'autre, on est côte à côte. Rappelle-toi, chez toi. Et là, on est assis en face de l'eau, chacun regardant l'horizon, non ?
_ Oui, c'est pas faux. Vas-y, continue, confie-toi, mon canard.
_ Pfff...confit de canard toi même ! Donc, j'en étais où ?...Ah oui !"

_ Tout s'était bien passé, on avait fait notre réunion familiale mensuelle, il y avait tout le monde : mon père, ma mère, ma grand-mère, ma sœur et Victor. On a super bien mangé, comme d'habitude, mamie est un cordon bleu, un peu bu forcément, et on a surtout bien ri. Le fait qu'il soit sourd, enfin, fût, n'a jamais empêché le dialogue entre tous, au contraire. Tous le monde signait, parlait, souvent les deux en même temps, alors les repas duraient des plombes.
Cet usage du subjonctif imparfait à l'oral me mis dans tous mes états.
_ Chacun est retourné chez soi en fin de soirée, Victor vivait chez mamie, il est resté sur place. Et le lendemain...
_ ... Je suis là, je t'écoute toujours.
Des sanglots bloquaient sa voix.
_ Le lendemain...mamie l'a retrouvé dans son bain, les veines des avant-bras tranchées.
_ Oh merde !
_ Comme tu dis.
_ Pardon, ça m'a échappé.
_ Tu vois comme toi, ça te choque. Imagine nous ! On riait avec lui encore la veille ! Putain, la veille !!!
_ C'est horrible !
_ Je te passe comment le fait de s'absenter en début de stage pour retourner chez mamie, tu sais comment ça a pu être perçu...
_ J'imagine.
_ Poser un second jour de congé pour l'enterrement...
_ Tu en as parlé à tes co-internes ?
_ Je n'ai même pas eu le temps. Quand j'ai quitté précipitamment le service quand j'ai appris la nouvelle, ils se sont ligués contre moi, disant dans mon dos que j'étais une tire-au-flan.
_ C'est honteux.
_ Ils ne m'ont même pas crus pour l'enterrement. Ils ont dit que je faisais mon intéressante.
_ Comment tu as su ce qu'ils disaient en ton absence ?
_ J'ai parlé à un de mes chefs, il m'a compris, soutenu...franchement, sans lui,  je me serais déjà tiré une balle.
_ Faut pas dire ça. Ce sont des connards, tes co-internes. Je t'ai vue bosser, tu étais une excellente externe et je n'ai aucun doute que tu dois être une super interne.
_ Merci, c'est gentil.
_ C'est la vérité. Je le pense sincèrement.
_ Merci du fond du cœur.
_ Mais tu as fais comment pour te rapprocher d'un de tes chefs dans une ambiance aussi hostile ?
_ Bah...euh...c'est à dire que...j'avais fait un rêve érotique à propos de lui, mais bon, aucun lien ! Je ne suis pas du tout intéressée par lui, hein ! Rien du tout ! Et bon, du coup, comme je rosissais à chaque fois qu'on se croisait, je me suis senti obligée de lui dire. C'est lui qui a rosi et il m'a remercié pour mon honnêteté en me promettant d'être à l'avenir honnête avec moi également. D'où les confidences. Voilà, tu sais tout.
Putain, mais moi j'aurais kiffé que quelqu'un fasse des rêves érotiques sur moi !!!
_ Merci de te confier à moi.
_ Merci à toi, je me sens déjà un peu mieux.
_ Tu aimerais faire quoi pour te sentir encore mieux ?
_ Mmm...rien...juste rester là, dans tes bras, à lire et écouter de la musique.
_ Oui, je vois ça, tu as dévalisé un disquaire ?
_ Non, j'ai ressorti tous les albums, CD et cassettes, que j'ai achetés depuis l'apparition du baladeur. Je me dis, comme Victor était sourd, une façon de lui rendre hommage ce n'est pas le silence, au contraire, c'est d'écouter tous les trucs que lui n'a jamais pu entendre.
_ C'est effectivement plus positif. Et en ce moment, tu écoutes quoi ?
_ Bon, en ce moment, c'est pas du super joyeux. Je me repasse Harvest, de Neil Young.
_ Ce n'est pas très gai, en effet.
_ Non, mais c'est parfait pour un moment comme maintenant."

La platine diffusait "Heart of Gold" : "J'ai traversé l'océan pour un cœur en or", ça me correspondait assez, je trouve.
Puis est passé "Out on a weekend" : "Regarde le jeune homme seul, en weekend, il essaye de communiquer mais n'arrive pas à parler". Mais grave !!!

Si elle savait tout ce qui me passait par la tête à ce moment, sentir son corps chaud contre le mien, se retrouver tous les deux sous une couette à lire et écouter de la musique, moi en train de la consoler, la réconforter, à faire mon chevalier blanc comme j'adore le faire... et en même cette énorme érection sous la couverture, en contradiction totale avec le fait qu'il y ait une magnifique vétérinaire qui m'attend dans la savane...
Et que vient faire un mec complètement paumé dans sa tête chez une fille au fond du gouffre ? est-ce que je peux vraiment l'aider, la réconforter, si moi-même je ne sais plus où est le Nord ?


"_ Oui mais avec ta grosse verge, ça fait cadran solaire, tu peux toujours lui donner l'heure.
_ T'as pas bientôt fini Lola !!!
_ Ahahah. Vas-y, continue."


Nous avons passé tout l'après-midi comme ça, enlacés, elle enroulée dans sa couette, moi sous sa couette, sa tête tantôt contre mon épaule, tantôt contre ma cuisse, à écouter de la musique et lire son livre chacun dans sa bulle, partageant nos bulles respectives, emportés par la senteur de notre thé et le doux tambourinage de la pluie sur le toit. C'était bon. Vint le soir.

"_ Tu as faim ?
_ Non, pas vraiment. Et je n'ai pas le courage de faire à manger. C'est honteux, je suis une terrible hôtesse.
_ Vu les circonstances, tu es excusée. Tu veux que je te fasses à manger ?
_ Oh tu ferais ça ? tu es un ange.
_ Je sais. Plutôt sucré ou salé ?
_ Mmm...tu saurais faire des desserts ?
_ Bien sûr ! Je vais te faire ma spécialité. Tu as des pommes, de la farine, du sucre et du beurre ?
_ Euh...je t'avouerais, ça fait un moment que je n'ai pas fait les courses.
_ Bon, tu as une supérette pas loin ?
_ Oui, au coin de la rue.
_ Bon, je reviens dans une demi-heure. Vas prendre un bain si tu veux."

Je m'en fus sous la pluie fine et glacée mais j'avais chaud en dedans. Moi, les filles fragiles qui ont besoin d'un prince, ça me fait fondre et craquer en même temps. Ça tombait bien, j'allais lui faire un gâteau à la fois croustillant et fondant.

J'ai pris tous les ingrédients à la supérette, plus un petit déjeuner pour moi le lendemain. J'ai tout rapporté à l'appartement. Elle était pelotonnée dans son canapé, comme un chat, roulée en boule. En cherchant une casserole, j'ai tout fait tomber, ça l'a réveillée.

"_ Qu'est-ce que tu fais ?
_ Bah, un gâteau, comme promis. Vas prendre un bain, je m'occupe de tout.
_ Mmm"

Elle lâcha sa couette, la laissant négligemment sur le canapé. Elle était vêtue uniquement d'un énorme pull noir à grosses mailles qui s'arrêtait juste en haut de ses cuisses blanches et un peu en dessous de sa toison fine que je distinguait entre les mailles. Les courbes de son corps se dessinaient en ombre chinoise à travers son maigre vêtement, éclairées par la faible lumière provenant de la baie vitrée derrière elle. Ses bouts de seins généreux pointaient vers le Nord (ah bah, il était là, le Nord!) et ne cherchaient qu'à traverser la laine comme pour m'accueillir.

J'ai failli en perdre ma casserole. L'ange est passé et s'est dirigée sous la douche. Ce n'est qu'en entendant les gouttes clapoter contre la faïence que j'ai repris mes esprits. Bon, d'abord découper les pommes en dés. Les mettre au fond d'un plat à gratin. Euh...bon, c'est rangé où ? la dernière fois que j'ai fouillé, j'ai déclenché une avalanche d'ustensiles. Cette fois, je vais être plus délicat. Ça, c'est quoi ? ça ressemble à un plat à gratin, non ? Bon, c'est rond et ce n'est pas en verre. Qu'à cela ne tienne. Je presse un petit citron sur les pommes pour qu'elles ne brunissent pas.

Puis dans un casserole sèche, faire caraméliser 100g de sucre. Facile, il faut juste remuer souvent pour ne pas que ça n'accroche. Verser dessus 30cl de crème fraiche. Le caramel va durcir d'un coup, c'est normal, à moins de chauffer la crème mais bon...je n'ai pas que ça à faire. Il suffit de remuer le caramel dans la crème chaude et ça suffit.
Pendant que la crème caramel se fait doucement, mélanger 100g de beurre dans 200g de farine pour faire une pâte sablée qui déchire sa race.
Verser la crème caramel sur les pommes, saupoudrer la pâte sablée sur le tout et enfourner 15 à 30 minutes en fonction du four mais ça dépend du four alors pour un four que vous n'avez pas fréquenté, faut voir.
Elle sortit de la douche :

"_ Mmm ! ça sent bon ! j'ai faim ! Qu'est-ce que tu as préparé ?
_ Un crumble pomme-caramel.
_ Vas-y ! Montre !
_ Je ne sais pas si c'est prêt.
_ C'est pas grave, fais voir quand même.
J'ouvris la porte du four, juste à temps pour me rendre compte que le dessus prenait une couleur plus que brune, à la limite du cramé.
_ Oulah ! C'était moins une !
_ Aaaaah ! Fais moi goûter !
_ Oh merde !
En voulant sortir le plat du four, j'ai pris les manicles, attrapé les bord du plat pour me rendre compte que les côtés coulissaient.
_ Merdemerdemerdemerde
Tout en me dépêchant de sortir le plat du four sans en foutre partout, j'ai vite posé le plat sur la gazinière et des filets de caramel liquide s'échappaient des bords.
_ Ah mince, tu as pris mon moule à manqué. Forcément, ça coule.
_ Ah zut de crotte de bique ! c'est en train de couler entre les grilles de la gazinière.
_ Hihi ! crotte de bique ! c'est rigolo. Ça doit faire 20 ans que je n'ai pas entendu cette expression. Vite on va nettoyer.
Elle s'est empressée de ramasser les taches de caramel avec ses doigts et les lécher d'abord timidement.
_ Oh la vache ! Ton caramel a un petit goût de citron, c'est une tuerie !
_ Fais voir !
_ Oh mazette ! oui !
_ Donne moi ça !
Elle pris le plat et le renversa légèrement pour en faire couler davantage.
_ Hey ! Laisses-en un peu dans le plat !
_ Ta gueule et lèche !"

"_ C'est ce que je leur dis à tous !
_ Lola !!!"

Nous avons continué à manger le crumble directement dans le plat, avec des cuillères cette fois-ci.
"_ Il ne te fallait pas grand chose pour retrouver un début de sourire. C'est bien.
Elle fit une petite moue, mi joyeuse, mi mutine, prise en flagrant délit de rupture de déprime.
_ Forcément, tu sors l'artillerie lourde aussi.
_ Ah non, c'est rien ça encore.
_ Sans déconner. Personne ne m'avais jamais rien cuisiné. Aucun mec je veux dire. A part mamie.
Et hop, retour dans le broyage de noir.
_ Hey, regarde-moi.
Je lui soulevai le menton avec un doigt encore collant de caramel.
_ Tu n'as rien à te reprocher. Tu es en train de faire ce qu'il aurait souhaité que tu fasses : il était sourd, écoute toute la musique que tu peux. Il était muet, alors parle. Il est mort, soit vivante, le plus vivante possible.
_ Merci pour ce que tu es en train d'essayer de faire. Mais il me faudra plus qu'un gâteau pour arriver à me faire sortir de cet état.
_ Bah voilà : sortir ! Viens ! on va faire un tour dehors.
_ Non, je ne peux pas, je suis d'astreinte demain.
_ Ah bon ?
_ Non, je n'ai pas voulu poser de congés pour ne pas m'enfoncer encore plus auprès de mes co-internes.
_ Ah mince ! ça commence et finit à quelles heures ?
_ 7h30 à ...mystère, ça dépend de la somme de travail.
_ Bon, on pourra passer la fin de journée ensemble au moins.
_ Non plus, j'enchaine avec une garde de nuit.
_ Ah crotte ! et dimanche matin tu vas dormir. Bon, ça ne nous laisse pas beaucoup de temps ensemble, je repars dimanche après-midi.
_ Oui, c'est nul. Je suis nulle, j'aurais du anticiper.
_ Non, tu ne pouvais pas, tu m'as appelé la semaine dernière. C'était impossible de s'organiser autrement.
_ Oui. Tant mieux que tu ne le prends pas mal.
_ T'inquiète.
_ Allez, au lit !
_ Oui, t'as raison. Viens, je t'installe le clic-clac."

J'avoue, j'ai été un peu déçu. Suite à mon expérience sous les tropiques, où, non non, il ne se passera rien et au final il y a eu bisou, j'espérais quelque chose du genre. Chacun à une extrémité du lit, osant à peine s'effleurer du pied, pour se réveiller au matin dans les bras l'un de l'autre. Quelque chose comme ça.

Tant pis, je vais planter mon piquet de tente de mon côté, priant les étoiles pour qu'elle vienne se glisser subrepticement sous mes draps pendant la nuit.

J'ai été réveillé par l'odeur du café. Elle était déjà habillée, la grande classe malgré le froid, pantalon anthracite impeccable avec le pli devant, veste assortie, manteau noir immaculé, écharpe en laine bordeaux et bonnet en velours noir, avec de petites boucles d'oreilles assorties à l'écharpe. Pas de rouge à lèvre, juste un peu de gloss et un smoky eye très discret. La classe, je vous dis. Bon ok, ça ne sert à rien quand on sait qu'elle va devoir mettre sa blouse ou même devoir enfiler sa tenue de bloc (on ne sait jamais), mais c'est pour le principe.

"_ Je ne voulais pas te réveiller. On se retrouve cet après-midi."
Elle m'embrassa sur la bouche, un baiser à la fois tendre et familier, presque anodin. Je n'ai rien pu répondre, j'avais le goût du café mêlé à celui de son gloss à la cerise que je savourais en passant la langue sur mes lèvres.
J'ai passé la matinée tranquillement, en me passant un des CD qui trainaient négligemment. Je choisis Nina Simone, "Feeling good" of course. Je finis mon livre, le "Hussard sur le toit", où il fait face à une canicule et une épidémie de choléra. C'est bien, ça me donne chaud sans me donner la diarrhée.
J'ai flâné un peu dans les rues, mangé un sandwich en rêvant et je suis retourné à l'appartement pour sortir mon arme secrète : mon moule à muffin en silicone.

C'est ultra simple, prendre 250g de farine, mélanger avec 2 œufs + 1/2 sachet de levure. Faire fondre 75g de beurre avec 75g de sucre. Verser le beurre sucré dans la pâte, mélanger et rajouter 10cl de lait.
Ensuite, verser dans le moule en silicone à raz bord.
Et c'est là que la petite touche de magie intervient : insérer discrètement 1 carré de chocolat noir juste sous la couche superficielle de pâte. Enfourner 45mn dans un four à 180°. Quand ça va gonfler, la pâte va recouvrir le chocolat et ça va vous donner un cœur fondant.

Emilie est rentrée en début d'après-midi.

"_ C'est bizarre, j'ai encore l'odeur de sucre de hier soir dans le nez.
Elle me vit sortir les muffins du four.
_ Oh la vache !
_ Je t'ai préparé un petit goûter.
_ Mais tu es parfait comme mec toi !
_ Merci merci.
_ Et en plus c'est trop bon ! mais aie ! c'est chaud par contre ! mais c'est bon. Oh putain ! j'ai du mal à me retenir de me re cramer la langue."

Nous avons continué à nous câliner dans le canapé, sous la couette, entre coupés par un muffin, une page de nos livres respectifs, l'album "Fight for your mind" de Ben Harper.

"_ Je passe un excellent moment Georges, merci.
_ Avec plaisir. Tu es mon amie et c'est ce que les amis font.
_ Il y a une Mademoiselle Georges sur ton ile avec toi ?
Alors là, c'est le tourbillon dans ma tête. Que dis-je ? le cyclone tropical intense ! Elle part dans pas longtemps pour sa garde, donc pas le temps de faire des galipette mais juste assez pour faire des bisous. Mais j'ai une copine moi normalement. Bon, elle n'est pas sur mon ile avec moi, je vais la rejoindre dans pas longtemps mais bon...techniquement, je ne suis pas encore avec. Mais non ! ça ne se fait pas voyons. Rappelle-toi, Joannie, elle t'avait trompée et ça ne t'avait pas super fait plaisir. Tu voudrais réellement infliger cette peine à quelqu'un ?
_ Oui, il y a une Mlle Georges.
_ J'espère qu'elle se rend compte qu'elle a de la chance de t'avoir.
_ Je l'espère aussi."
Elle a sérieusement intérêt en me rendre cette faveur que je lui fais ! J'ai une femme magnifique dans mes bras, vulnérable, que j'ai essayé de draguer dans le passé, qui me trouve génial et que je laisse de côté pour retrouver ma promise sans entacher mon armure de chevalier blanc. Ça fait un peu mal au cul mais je me sens un peu comme Lancelot.

"_ Mais putain Lola ! qu'est-ce que tu fous !!! pourquoi tu me balances le fond de ton verre à la figure ?!?!?!
_ Bah, t'as dis Lance l'eau !
_ Ah Ah Ah ! très malin !
_ Fais gaffe, t'as encore un bout de menthe sur la joue, là."

Elle s'en fut vers sa garde en me glissant à l'oreille "Tu peux dormir dans mon lit si tu veux". J'étais aux anges, j'avais finalement accès au sésame. Est-ce que j'aurais droit aussi à lui offrir le repos du guerrier (ou plutôt de la guerrière) en rentrant de l'hôpital, lessivée, demain matin ? Mais pourquoi j'espère ça ? je viens de lui dire que j'avais une copine et j'imagine des trucs...non mais ça ne va pas bien dans ma tête. Je me suis endormi dans son odeur, dans un sommeil de coton et de souffre.

En me réveillant (je vérifie que je n'ai pas laissé de trace sur les draps, on ne sait jamais, un sommeil agité...), je regarde l'heure : où est-elle ? 8h. C'est encore tôt. Si la garde se finit à 7h30 ou 8h, le temps de faire quelques transmissions, prendre un petit déj...si en plus il y a eu des complications, qu'elle n'a pas dormi de la nuit...qu'elle en profite pour se reposer...Bon admettons.

Elle est rentrée vers 11h, la tête enfarinée (sans doute à cause de surdosage de mes gâteaux). C'était l'heure de mon départ, j'avais bouclé ma valise et j'ai quitté mon ange réfrigéré pour m'envoler vers les cieux ensoleillés de mon ile tropicale.
Nous nous sommes longuement pris dans nos bras, elle a pleuré un peu. Avant de partir, de ses yeux rouges, elle m'a confié :
"_ Mon cœur est trop lourd en ce moment pour le partager avec qui que ce soit. J'espère juste pouvoir un jour l'alléger. Et quand ce sera le cas, j'aimerais y placer quelqu'un comme toi. Merci d'avoir été là pour moi."
Elle me laissa franchir le pas de la porte avec un baiser d'adieu de ses lèvres salées sur les miennes.

Et moi, secrètement, j'avais mis une volute de son parfum à mon poignet, volé d'un spray dans sa salle de bain. Je rejoignait les nuages avec sa senteur et une promesse d'amour. Un jour...


"_ Ah ! ça ne se finit pas si mal ! Et la suite ? Tu la revois quand ?
_ Minute ! je m'envole demain pour l'Afrique pour rejoindre Fenouil.
_ Mouais...c'est moins intéressant tout de suite.
_ Attend ! Je vais sans doute avoir des tonnes de trucs à te raconter.
_ Mmm méfie-toi. J'ai peur pour toi. Ne te perd pas.
_ Pourquoi tu dis ça ?
_ Tu es un petit cœur en sucre, je ne voudrais pas que tu te brises."

Lola me congédia avec un petit baiser dans le cou, juste sous l'oreille, pile sur la carotide. 

Je crois que je voyage trop en ce moment, j'ai peur de me perdre en effet.


To be continued...




Emilie est morte en vain, une histoire canadienne (en français) sur le surmenage des étudiants en médecine :
http://plus.lapresse.ca/screens/6d7fef92-b063-48bd-a5fa-1b41ea0a5bf8%7C_0





lundi 1 décembre 2014

Des souris et des hommes

J'imagine que si vous n'avez jamais mis les pieds à un congrès de médecine vous ne pouvez pas imaginer ce que c'est. Il faut vous représenter un peu un mélange entre des cours à la fac, une messe, une séance de cinéma, un supermarché et un salon de l'agriculture. Je sais, spontanément, ce n'est pas facile.
Je vais donc vous expliquer les choses une par une.

La médecine est une science. Ça ne l'a pas toujours été mais maintenant, c'est cet aspect qui prédomine. Enfin...nous en rediscuterons plus tard. Pour faire avancer la science, il faut qu'il y ait des recherches, scientifiques évidemment. Vous suivez jusque là ? Ces recherches sont dirigées par des Professeurs, des gens qui ont passé l'HDR, l'Habilité à Diriger des Recherches. Ces professeurs demandent alors à des petites gens de travailler pour eux sur un sujet qui leur tient à cœur, sujet sur lequel en général, ils ont bâti leur carrière.

Si les petites gens sont des biologistes, dans une unité INSERM, souvent, les études sont menés sur des rats ou des souris, en bonne santé, qu'on va rendre malade d'abord et les guérir ensuite. Si ces petites gens sont des internes, les études sont menées sur des vrais gens, des patients, des personnes vivantes, déjà malades, et qu'on va essayer de guérir. C'est ça, le but de la recherche : aider les gens à guérir.

Pour articuler tous ces rouages, il y a des ARC, attachés de recherche clinique. Ils compilent tout plein de données, les donnent aux Professeurs pour décider du protocole de recherche clinique. Le Professeur décide de ce qui va être recherché, précisément. Il va essayer de répondre à une question parmi tout le flou de la méconnaissance médicale.

En retour, les ARC vont informer les patients inclus dans les études, leur dire le but de la recherche et leur demander l'autorisation de participer à l'étude. Pour savoir comment mener l'étude, connaître combien de patients il faudrait inclure pour répondre à la question de départ avec 95% de certitude, on fait appel à des statisticiens. C'est eux qui décident à quelle moulinette les chiffres vont être passés pour sortir d'autres chiffres qui vont prendre du sens et pouvoir répondre à la question initiale.

Ça peut être : telle maladie est pour l'instant incurable. L'état actuel des connaissances scientifiques nous informe que telle molécule pourrait être très prometteuse. Essayons-la chez la souris. Et si la réponse est : Oui, la molécule X permet de guérir la maladie de la souris, alors on demande aux humains s'ils accepteraient d'essayer la molécule X pour essayer de traiter leur maladie incurable. Si la réponse est encore : Oui, la molécule X permet de guérir la maladie Y, c'est super, on a découvert un nouveau traitement et les patients en ont bénéficié en avant première. 

Une fois les études conduites par les biologistes, les internes, les chefs de cliniques, les Professeurs, les résultats centralisés par les ARCs, et validés par les statisticiens, il faut alors montrer ses résultats à d'autres scientifiques qui vont alors décortiquer le travail mené par l'équipe, l'analyser à leur tour et en faire un critique constructive. Tout cela pour faire avancer les connaissances médicales. Pour faire progresser la science.
Les résultats sont donc publiés dans une revue médicale, disponibles à la lecture et la critique de tous.

Tout ce beau monde est réuni pendant une brève période à un congrès médical. Sauf les patients. Sauf les souris.

 Le congrès est le lieu où les connaissances médicales sur un sujet sont toutes concentrées, présentées, débattues, applaudies par les pairs.

Bon ça, c'est du point de vue des bisounours, le verre à moitié plein.

En réalité, chaque service où travaille un Professeur reçoit de l'argent du ministère de la recherche et de la fac pour financer des projets de recherche. En pratique, cet argent sert surtout à boucher les trous dans le budget de l'hôpital, pour payer les infirmiers, les aides soignants, les agents administratifs, les biologistes, les statisticiens... Pour financer le projet de recherche, pour pouvoir engager plus de monde, pour acheter du matériel, pour pouvoir travailler dans des conditions décentes, la fac et le ministère comblent deux tiers du budget. Ça ne suffit pas. Il faut trouver des financement extérieurs. Auprès d'une fondation à but caritatif par exemple ou bien auprès d'un laboratoire pharmaceutique.

Ensuite, une fois que la recherche est publiée, c'est la spirale. Pour ne pas virer les gens qui viennent juste d'être engagés, il faut toujours trouver un autre financement, donc toujours avoir un projet de recherche sous le bras. Plus un Professeur publie, plus il acquiert de notoriété dans son domaine et plus il devient alors facile de trouver des financements.

Pour les labos, c'est tout bénef : ils financent à peu de frais de la recherche qui leur bénéficiera de façon directe ou indirecte. Pour les organismes de publication aussi : plus on publie, plus il faut publier. Et les articles ne sont pas gratuits évidemment.

Les congrès de médecine sont financés par les associations de malades, les labo et les revues. On y trouve donc toutes les informations sur les dernières innovations technologiques, les derniers médicaments, les derniers dispositifs, le dernier article qu'il faut absolument avoir lu, le Professeur qu'il faut absolument aller écouter car il est LA référence du sujet...

Parmi tous ces rouages, les petits chercheurs, eux, n'ont que peu de place. On leur laisse souvent un coin reculé du parc d'exposition, un endroit mal éclairé avec des murs en carton contre lesquels ils collent leur affiche qui présente en un mètre carré 3 ans de travail. L'avantage c'est que le congrès organise un défilé des Professeur, où chacun va pouvoir présenter son poulain et l'objet des ses recherches en proclamant haut et fort "Son travail est génial, retenez-le (ou la), il (ou elle) ira loin."

C'est là que je me trouve, entre les murs en carton et une armée de chercheurs qui patientent devant leur poster en attendant que quelqu'un vienne leur taper sur l'épaule, leur dire que oui, ce qu'il font est très intéressant, si si, qu'ils n'ont pas perdu 3 ans de leur vie, même si c'est tellement pointu dans leur domaine que même le titre est incompréhensible, y compris pour des personnes du milieu.

J'ai donc passé une journée entière, debout, en costard, à attendre devant mon affiche toute neuve, en attendant que Pr A me dise que c'est bien (il n'a même pas corrigé ma mise en page, ni mon texte d'ailleurs). Je voudrais juste que quelqu'un lise ce qu'il y a d'écrit et me fasse un commentaire, n'importe quoi, bien ou mal. Qu'il me dise que mon travail c'est de la merde en m'expliquant pourquoi dans le menu détail. Ou au contraire, qu'il y ait juste quelqu'un pour parcourir le texte en diagonale et faire une moue approbatrice du genre "Tiens, si j'avais 20mn devant moi, je lirais probablement son article."
3 personnes ont lu mon poster : mon voisin de droite, un canadien, ma voisine de gauche, une tunisienne et un Professeur suisse qui s'était perdu.

Pour les deux jours restants, j'ai décidé de ne pas poireauter devant mon poster mais d'essayer de prendre le pouls du congrès, savoir ce qu'il s'y raconte. J'ai donc quitté mon placard et je me suis dirigé vers les salles de congrès. Devant l'amphithéâtre principal, il y avait un énorme vigile. En fait, plus la salle de conférence est grande, plus le sujet est brûlant ou intéressant ou d'actualité et donc est sensé réunir beaucoup d'assistance. Je me rends compte subitement que la taille de l'amphi détermine aussi la taille du vigile. Il me demande :
"_ Vous avez votre badge ?
_ Euh...je regarde dans ma besace...Non, j'ai du l'oublier à l'hôtel.
_ Alors vous ne pouvez pas rentrer.
_ Ah bon ? c'est payant ? réservé aux plus de 18 ans ?
_ Non, je dois passer le code barre sur votre badge au lecteur laser pour comptabiliser le nombre d'auditeurs. Si je ne le fais pas, vous ne pouvez pas rentrer.
_ Ah zut. Bon, ben merci quand même.
_ Au revoir monsieur."

Est-ce qu'il n'y aurait pas une porte dérobée pour rentrer en bravant l'interdit ? Trop un rebelle je suis. Oui, en effet, il existe une entrée de service pour le personnel de maintenance. Je longe donc l'amphi, je passe par une petite porte entrouverte où il était écrit "entrée réservée au personnel autorisé" et je me dirige doucement vers la fosse.

Derrière la porte à moitié fermée, je peux voir la moitié des diapositives et entendre la totalité des paroles de l'orateur. J'assiste à une joute verbale (oui oui, avec des mots chevauchant des destriers en armure avec des casques sur la tête et une grosse lance dans la main) entre deux professeurs :

"_ Cher confrère et ami, les résultats présentés dans mon études suggèrent que vos travaux doivent remettre en question toutes nos connaissances sur le sujet. C'est très présomptueux de votre part.
_ Il n'y aucune présomption dans les chiffres. L'étude a été réalisée de façon tout à fait rigoureuse, randomisée en double aveugle sur une population conséquente de souris et les résultats sont significatifs et incontestables.
_ Oui mais vous le savez bien, les statistiques sont des créatures très fragiles à qui on peut faire avouer n'importe quoi sous la contrainte. Certes, la méthode que vous utilisez est irréprochable mais les groupes que vous étudiez ne sont pas homogènes et les résultats sont orientés. Vous vous attendiez à avoir ces résultats là.
_ Même si j'ai laissé une part au doute, j'ai mené l'étude évidemment parce que je m'attendais à avoir ce résultat là. Sinon je ne l'aurais pas faite, vous vous en doutez. Je ne fais pas de recherche fondamentale, je laisse ça aux biologistes. Moi, je suis médecin, je fais de la recherche orientée vers la thérapeutique. Ça me semble normal et logique.
_ Dans ce cas là, si vous vous orientez vers de la recherche thérapeutique, vous auriez du faire vos recherche sur des rats. Tout le monde médical sait que leur métabolisme est beaucoup plus proche de l'homme que celui des souris.
_ A votre place, je ne dirais pas de mal des souris, surtout ici à Paris qui héberge la maison de Mickey Mouse."

Son interlocuteur en est resté coi. Gagner une joute scientifique avec ce genre d'argument, c'est indécent, c'est veule, c'est minable. Et pourtant, vu le tonnerre d'applaudissements qui a retentit dans la salle, tout le monde avait élu le vainqueur du combat. Finalement, la taille de la salle ne dépend pas de la hauteur du débat scientifique mais plutôt de l'ego des orateurs. Finalement, ce n'est pas le chevalier avec la meilleure technique qui l'emporte mais celui qui a la plus grosse, lance ou monture, tout dépend.

Après avoir atteint le point Godwin de la rhétorique scientifique, je m'en fus vers d'autres lieux, d'autres hauteurs scientifiques. Je me suis dit, si je trouve une salle de conférence plus petite, le sujet sera peut-être vraiment intéressant.

J'ai quitté mon couloir et me suis dirigé vers la sortie. A peine avais-je franchi la porte "réservé au personnel autorisé" que je me suis fait aborder par un délégué médical. Je le sais parce qu'il arborait un badge avec le logo LF en grosses lettres pour "les Laboratoires du Fleuve".

"_ Ah tu es là ! on te cherchait partout.
_ Euh... ah bon ? vous êtes sûr que c'est moi ?
_ Allez, ne sois pas con. On m'a dit de chercher un rouquin en costard sans badge, il n'y en a pas onze mille.
Je me suis dit dans ma tête qu'il devait en avoir au moins deux mais je l'ai suivi, on ne sait jamais, peut-être un buffet gratuit. A force de rester debout devant mon poster, j'avais faim.
Il m'emmena vers une petite salle de conférence (ah ! bonne nouvelle) mais sans buffet (oh ! mauvaise nouvelle) mais avec café à volonté (Ah !).
_ Ça y est, j'ai retrouvé le nouveau qui s'était perdu.
_ Bon on va pouvoir commencer. Donc, vous me connaissez tous, je suis le directeur du département formation en force de vente, et non pas "force de fente" comme la rumeur circule.
Quelques gloussements dans l'assistance, surtout venant de la moitié masculine de l'auditoire.
_ Je vous fais un petit résumé de la situation : suite aux nombreux désagréments subis par le secteur pharmaceutique, je veux bien sûr parler des affaires Diplomax, Cholesterine, Viandoxx et autres pilules de troisième génération...

Cette fois, c'est moi qui ai gloussé. Ça m'a toujours fait marrer de parler de "génération" pour des pilules sensées empêcher la procréation. Sauf que j'ai gloussé pendant un silence grave, pesant, et du coup, tout le monde m'a entendu.

_ ... donc, je disais...euh...je disais quoi déjà...ah oui ! Pour toutes ces raisons, le secteur est en pleine restructuration. Il y quelques années, nous avions la grande salle de réception de l'hôtel 3 étoiles, avec buffet et champagne à volonté. Cette année, nous devons nous contenter d'une petite salle de réunion comme celle-ci. Les réductions de personnel et de budget ont été drastiques. Mais vous vous demandez sûrement, comment en sommes nous arrivés là ?

Non, moi je me demandais où étais parti la bouffe.

_ Et bien, c'est assez tragique mais les lois sont contre nous. Il faut plusieurs années pour développer un médicament, entre la découverte de la molécule, les études in vitro, les tests sur les rats, les souris, puis l'homme et finalement la commercialisation du médicament, il se passe entre 10 et 20 ans. Or, lorsqu'on dépose un brevet, il est valable pour seulement 25 ans. La recherche coûte cher, très cher. Alors pour que la boite continue à engranger des bénéfices et faire plaisir aux actionnaires, il faut opérer un retour sur investissement le plus vite et le plus fort possible.
Petite pause dramatique.

_ Certains laboratoires ont opté pour une stratégie quitte ou double : on bâcle les essais cliniques sur l'homme et on sort le médicament quand même. Ce n'est qu'après qu'ils se sont rendu compte de l'erreur.

Une nouvelle pause dramatique.

_ D'autres laboratoires, eux, préfèrent prolonger les études cliniques et mettre le prix fort sur le médicament puisqu'il restera moins longtemps sur le marché. Cette approche pose problème pour des médicaments essentiels comme les anti-rétroviraux par exemple. Les fait de vendre très cher des médicaments à des populations qui, sans ce remède, meurent, peut être vécu comme quelques chose de très polémique.

C'est le moins qu'on puisse dire.

_ Donc, moins de médicaments, mis moins longtemps sur le marché, disponibles pour moins de patients parce que trop chers, tout ça mis bout à bout font moins de recettes. C'est facile de comprendre pourquoi les actionnaires sont craintifs et n'investissent pas dans les laboratoires pharmaceutiques. C'est pourquoi tous les laboratoires sont en train de fusionner entre eux et de réduire leur personnel. C'est la grande restructuration. Les directions ont alors décidé de changer de stratégies : finit les armées de visiteurs médicaux dans les cabinets des généralistes.

Ah bon ? c'est nouveau ça en effet. Il vient de piquer mon intérêt.

_ Oui, maintenant, votre rôle à vous, les délégués, ce sera de convaincre les Professeurs de faire des études sur nos produits, de faire des prescriptions hors AMM parce que eux, ils le peuvent. En effet, un Professeur a une notoriété, une aura, un charisme pour entraîner tout le monde dans son sillage, y compris les futur prescripteurs que sont les internes. De plus, un patient qui sort du service du Professeur, le médecin généraliste va y réfléchir à deux fois avant de retirer un médicament prescrit par le Grand Patron, parce qu'il est sensé être l'expert dans le domaine.

J'en ai la mâchoire qui pend.

_ Alors la visite médicale de papa, c'est fini ! Terminées les mini-jupes avec jambes croisées juste ce qu'il faut, les décolletés plongeants tout en se penchant pour montrer les plaquettes de médocs...de toute façon, maintenant, la moitié des médecins sont des femmes. Ces ... comment dire... arguments marketing ne fonctionnent plus. Maintenant, il faut la jouer plus fine, être plus sympa, plus à l'écoute, et surtout, surtout, financer les déplacements des internes, des Professeurs, des ARCs...tout le monde ! offrir du matériel dans les hôpitaux...et caetera...et caetera...et caetéra...

prononcé "ète kaétéra" en latin dans le texte.

_ Vous avez compris ? Nous, ça nous arrange que les médecins soient sous-payés. A votre avis, qui est-ce qui fait du lobbying pour que le tarif de la consultation ne soit pas réévalué depuis 25 ans ? oui, les mutuelles, mais il y a nous aussi. Plus les médecins sont surexploités, esclavagisés, maltraités, payés des cacahuètes (prononcées kakahÜettes) et plus ils sont corruptibles !

Et c'est pile ce moment que choisit mon alter ego pour faire irruption tel un deus ex machina, un ange roux en costume, avec une absence de badge sur le torse.

_ pff pff pff... c'est bien ici la réunion LF ?
_ Tu es qui toi ?
_ Je suis Jean-Pierre, le délégué de région Limousin, je me suis perdu.
_ Si c'est toi le délégué, vous, vous êtes qui ? se tournant vers moi.
_ Moi ? je suis juste un esclave dont personne ne fait attention. Je m'en vais. Merci pour le café.
_ Jean-Pierre, t'es viré."


En sortant de là, je me suis senti sale, comme violé, souillé, utilisé par le marché comme vulgaire pion. Ça veut dire que je suis corruptible, exploitable, corvéable à merci ? J'ai accepté de me prostituer pour venir à ce congrès : un poster contre une place offerte.
Et le pire, c'est que pour monter les échelons de la hiérarchie médicale, tout le monde est obligé de passer par là. En parlant d'échelons, voilà la hiérarchie qui arrive justement :

"_ Ah Georges ! Tu tombes bien. J'ai croisé le Professeur de référence à Paris et il est très intéressé par ton article. Il voudrait une copie pour publier dans la revue française le mois prochain.

Après avoir été secoué par la réunion des délégués, j'ai pris une grande inspiration, histoire de laisser décanter les émotions et surtout pour ne pas répondre des choses que je pourrais regretter.

_ Merci Professeur A. mais je pense que je vais m'arrêter là.
_ ... Ah super, je ... Pardon ?
_ Je n'ai aucune ambition de carrière hospitalière alors me donner autant de mal pour ne rendre service qu'à vous même sans contrepartie...non...ça ne m'intéresse pas.
_ Mais...mais...et ton nom en premier dans une grande revue internationale ? c'est ce qu'il y a de plus prestigieux !
_ J'apprécie votre sollicitude mais je ne suis pas un Serpentard. J'ai longtemps été un Poufsouffle mais aujourd'hui, je prends mon courage à deux mains, je deviens Gryffondor et je vous le dis en face : j'arrête d'être votre esclave. Le poster, je vous l'offre, vous le placarderez dans votre bureau jaune. Au revoir Professeur."

Il est resté bouche bée, sans doute n'avait-il pas compris les références.

Voilà, c'est fait. J'ai mis définitivement un terme à toute ambition hospitalière. Si un jour j'ai envie de revenir à l'hôpital, il faudra que ce soit hors de la sphère d'influence du Professeur A. J'ai compris les règles du jeu, cette fois-ci, je ne me ferai plus avoir.

Bon, maintenant, je me sens plus libre et je peux en toute sérénité voir Emilie.

La suite au prochain numéro.










Pour les Serdaigles :


Doc Karlito parle très bien de la condition des étudiants en médecin et après : ici.

Ici, on explique ce qu'est devenue la recherche fondamentale :
http://sciencesenmarche.org/fr/mais-pourquoi-les-chercheurs-nous-cassent-les-oreilles-avec-le-credit-impot-recherche-par-lillustre-amiral/

Le scandale des délégués médicaux : (une vieille affaire mais toujours d'actualité)
http://www.lexpress.fr/actualite/societe/sante/la-video-qui-fait-mal-aux-laboratoires_958065.html

Récemment, un Professeur californien a été mis à jour. Vous vous rappelez ? boire un verre de vin par jour protège le cœur ? bah c'est faux. Enfin, peut-être pas, mais on ne saura jamais, à cause de lui :


pourritures rhétoriques et autres moisissures de langage :
http://cortecs.org/effets-sophismes-biais-techniques/moisissures-argumentatives/#sdfootnote2sym

Comment éviter les scandales pharmaceutiques :
http://www.prescrire.org/aLaUne/dossierPalmares2004Conf.php



lundi 24 novembre 2014

Article second : l'optimisme

La semaine suivant la course, Lola est revenue à la charge :
« Bon alors, maintenant que la course est finie, tu as du temps pour draguer, oui ou non ?
_ Oui.
_ Ah ! alors ? la petite interne de gastro, la brune exubérante…tu la travailles quand ?
_ Nah…pas motivé.
_ Ok. La petite interne de cardio, timide mais hyper mimi…c’est quand que tu la secoues ?
_ Non mais comment tu parles ! non, elle non plus, pas motivé.
_ Roooh faut te bouger les fesses là ! t’y mets vraiment pas du tiens.
_ C’est vrai, mais j’ai un plan.
_ Ah ! un plan cul ?
_ Non, ou plutôt c’était mais j’aimerais bien que ça devienne plus.
_ Mmm, méfie-toi, ça pue.
_ Pourquoi ?
_ C’est difficile de changer une relation en une autre. Tu ne peux pas changer une amitié en relation amoureuse par exemple, dit-elle avec soudain beaucoup de sérieux.
_ Ah bon ? mais pourtant …
_ C’est comme ça, c’est tout, ça ne marche pas. Pas plus que changer une ancienne relation en plan cul régulier. Il y en a toujours un des deux qui espèrera davantage.
_ Là dessus je suis d’accord, mais si les deux veulent la même chose…
_ Mouais, mais faut bien en discuter avant, et discuter quand tu faisais que niquer auparavant, le changement peut être brutal.
_ Mouais. Tu es en train de me dire qu’une fois qu’une relation est établie elle ne change pas.
_ Non, en tout cas jamais en mieux.
_ C’est vachement pessimiste comme point de vue.
_ Ou pas. Par exemple, toi et moi, on sera toujours amis, ça n’évoluera pas vers autre chose et c’est bien.
_ C’est très péremptoire.
_ C’est pas faux.
_ Ah ah ah, je vois qu’on a les mêmes références.
_ Bon, concrètement, tu vas faire quoi ?
_ Bah j’ai rappelé Fenouil."

Flashback de 2 jours :

« _ Allo Fenouil ?
_ Oui ? c’est qui ?
_ C’est Georges.
_ AAAAAAH ! trop bien ! comment ça va ?
_ Pas mal et toi ?
_ Ça va plutôt bien. J’ai suivi tes conseils : j’ai fais pas mal d’introspection, je me suis rappelé pourquoi je faisais ce métier et j’ai changé de boulot.
_ Super ! tu fais quoi maintenant ?
_ Je soigne des lions dans une réserve en Afrique.
_ …
_ Allo ?
_ Oui…non…je suis sur le cul là, c’est énorme ! et tu es heureuse ?
_ Oui très ! ça te dirais de venir me voir ?
_ Ah oui ! carrément ! mais sauf que … je ne peux poser de vacances qu’à la fin du mois.
_ C’est pas grave, dis-moi quand tu arrives, je t’attends.
_ Génial ! je te tiens au courant.

Retour au temps présent :

"_ Donc vous allez vous revoir à la fin du mois.
_ Oui, comme ça j’ai le temps de finir l’article.
_ Ah oui c’est vrai. D’ailleurs, moi aussi il faut que je rédige le bilan d’activité des explorations fonctionnelles.
_ C'est moi ou j'ai l'impression qu'on passe notre temps à travailler ensemble ?
_ C'est juste une impression.
_ Je ne suis pas sûr mais, on bosse tous les jours ici, ensemble, aux explorations fonctionnelles. Vrai ou pas vrai ?
_ Vrai.
_ Et quand les explorations fonctionnelles sont fermées et que je retourne dans le service, il se trouve que tu te retrouves à remplacer au moins une infirmière du service et que, comme par hasard, on re bosse ensemble. Je me trompe ?
_ Non.
_ Par dessus tout ça, tu rajoutes qu'on doive chacun rédiger un truc de notre côté.
_ Où veux-tu en venir ?
_ Moi je dis : faisons-le ensemble !
_ De quoi tu parles ?
_ De nos rédactions bien sûr ! est-ce que ça te dis de passer chez moi, ce soir, je te fais à manger et on se pose chacun devant notre ordi, on tape on tape on tape, et dès qu'un de nous deux en a marre, l'autre sera là pour lui changer les idées. Ça te dit ?
_ Mmm, mouais, je n'ai pas l'habitude de geeker avec quelqu'un d'autre à côté de moi.
_ Timide ?
_ Non, grottesque.
_ Euh, toi ? grotesque ? mais non tu ...
_ Non, je veux dire que j'aime bien rester dans ma grotte à grogner comme une ourse.
_ Ah d'accord ! ça me convient. Et puis tu as déjà grotté avec de la bouffe gratuite ? à volonté ?
_ Mmm ... je réfléchis.
_ Bah réfléchis bien, je ne ferai pas mon cari de saucisses fumées tous les jours.
_ Eh oh ! tu ne crois quand même pas que tu vas amadouer une créole avec un plat des iles ! si ?
_ Tu n'es même pas un peu curieuse ?
_ Déjà, si tu es un mec qui arrive à cuire un steak je serai impressionnée alors un plat mijoté, pfffiou ! c'est au delà de toutes mes espérances.
_ Non sérieux. Personne ne t'as jamais rien cuisiné ?
_ Pas un homme en tout cas.
_ Alors je me fais un devoir de relever la moyenne de tous les hommes en t'offrant un bon petit plat. Ce serait extrêmement impoli de refuser.
_ Why not ?
_ Alors c'est décidé ! ce soir, chez moi, 19h.
_ Tu rêves ! un mec qui m'offre à bouffer chez lui ! ça ressemble trop à un piège à gonzesse. Chez moi. C'est non négociable.
_ Mais enfin ! je ne...
_ Et il ne se passera rien entre nous ! pointa-t-elle d'un doigt menaçant envers moi."


 Pendant que je faisais bouillir les saucisses, Fenouil m'appela.
"_ Alors ? tu viens toujours ?
_ Oui bien sûr ! j'ai mon billet pour dans deux semaines.
_ Parfait. J'ai réussi à te trouver un chauffeur pour t'amener de l'aéroport jusqu'à la réserve.
_ Ah ! génial ! le grand luxe !
_ Et puis j'ai réservé un des bungalow pour qu'on soit tranquilles.
_ Super ! ça a l'air de bien se présenter ces vacances.
_ J'ai l'impression aussi. J'ai tellement de choses à te raconter, sur ma nouvelle vie, mon nouveau taf, le nouveau moi en quelque sorte.
_ J'ai hâte d'entendre tout ça.
_ On peut en parler maintenant si tu veux. Tu es dispo ?
_ Non, désolé, je dois rédiger un article pour demain, ça devrait me prendre toute la nuit malheureusement.
Je ne sais pas pourquoi j'ai menti. Je devais rendre ma partie de l'article pour la semaine prochaine. Peut-être n'avais-je pas envie qu'elle sache que je passe la soirée avec une fille, même si c'est une amie. C'est con, je n'ai rien à me reprocher, j'ai le droit d'avoir des amis, même des filles. Non, je ne sais pas pourquoi j'ai menti.
_ Mince. Alors on se recontacte dès que tu as fini pour préparer ton arrivée, d'accord ?
_ Ça marche. A très vite. Bisous !
_ Bisous ! Et ...
_ Oui ?
_ Ne fais pas trop de nuits blanches à travailler. J'ai bien l'intention que tu soies en forme.
_ Hihi ! Compte sur moi."
Ça se voit que je souris ? et ça s'entend au téléphone vous croyez ?

Les saucisses, c'est bon. Les oignons et l'ail, c'est bon. Je peux mettre tout l'ail que je veux puisque je n'ai pas l'intention de lui souffler mon haleine fétide dans le nez. On va passer pas mal de temps silencieusement, studieusement, et puis de toute manière, c'est une amie. Point final.
Le plus important, c'est de bien faire roussir les oignons dans les épices, pour que ça prennent bien le goût. Après seulement, on fait mijoter avec les tomates. Et à la fin, on rajoute le thym.
Voilà, c'est prêt, je laisse réduire un peu. Le riz est prêt. L'ordi est chargé. J’emballe tout ça, je mets dans la voiture et c'est parti. Elle habite dans une grande baraque, toute neuve, un peu dans les hauteurs de l'ile mais pas trop en altitude. Juste assez pour profiter de la chaleur sans étouffer, pour avoir la vue sur mer sans le voisinage pourri.

"_ Salut !
_ Salut ! perfect timing !
_ Indeed ! ça sent bon dis donc ! je suis déjà impressionnée que ça n'ait pas cramé.
_ Ah ah ! moque toi.
_ Non non, je suis sérieuse ! Aucun mec que je connais ne sait cuisiner.
_ On passe à table alors.
_ Non, je préfère commencer à bosser si ça ne te dérange pas. J'étais en train, en t'attendant.
_ Ok, de toute façon, on n'aura qu'à réchauffer tout à l'heure."

Nous avons passé deux heures, l'un en face de l'autre, cachés derrière nos écrans, bercés par le son des vagues et des touches de clavier, interrompus ça et là par les souffles d'exaspération des affres de la rédaction.
Au bout d'un ultime soupir :
"_Ça te dit une pause ? demanda-t-elle.
_ Ouaip carrément, je crois que j'ai une escarre à la fesse gauche.
_ Ça tombe bien, moi c'est la fesse droite.
_ Allons dehors.
J'ai servi deux assiettes conséquentes, vu l'heure tardive. Nous nous asseyons au bord de sa terrasse, côte à côte, face à l'océan scintillant sous le clair de lune, chacun avec son écuelle sur les genoux. J'avais une faim de loup et visiblement elle aussi, doublée d'un coup de fourchette à faire pâlir un rugbyman landais.
_ Bah dis donc ! ça fait combien de jours que tu n'as pas bouffé.
_ Désolé mais c'est trop bon ! ce n'est pas 100% créole mais c'est hyper bon.
_ Ah non ? qu'est-ce que j'ai raté pour que ça n'ait pas le label créole ?
_ Le thym. Ça sent le thym frais.
_ Oui, c'est meilleur frais, non ?
_ Peut-être, mais pour que ce soit vraiment créole, il aurait fallu le faire cuire en premier, avec tes oignons.
_ Ah mince!
_ Là, ça fait plutôt provençal. Mais c'est hyper bon quand même !
_ Ah merci.
_ Je suis impressionnée. Bravo.
_ Euh, merci, merci.
_ Sérieusement, c'est la première fois qu'un mec me fait à manger.
_ Ah bon ? et tu es restée avec beaucoup de mecs ?
_ Non.
_ Ah.
_ ...
_ Et c'est suffisant pour se faire une idée représentative de la gent masculine.
_ Oui.
Oulah, c'est pas facile du tout de la dérider. Je suis complètement déstabilisé par son aptitude à passer de la complicité ultra proche à cette distance glaciale dès qu'il s'agit de sa vie sentimentale. Changeons de sujet, retrouvons la charmante Lola.
_ Alors t'en es où dans ta rédaction ? ça avance bien ?
_ Bof, j'ai du harceler les médecins et les informaticiens pour récupérer les données de l'année écoulée. Il m'ont filé un tableur et il faut que je trie toute les données. C'est très fastidieux. Donc, ça avance, mais c'est lent. C'est chiant à mourir et il faut que j'arrive à le rendre intéressant au conseil de pôle.
_ Ah bon, pourquoi ?
_ Comme ça, ils verront qu'on fait du bon travail toi et moi, et surtout que ça fait rentrer plein de thunes pour le service.
_ Mais c'est qui qui paye ? les patients ?
_ Non, la sécu et l'ARS. Pour chaque patient, la sécu paye le prix des explorations et en plus, l'ARS nous donne une enveloppe. Globalement, au bout de 300 patients, ça rapporte plus à l'hôpital que ça ne lui coûte.
_ Cool ! et du coup, on en a vu combien des patients en un peu moins d'un an ?
_ A peu près 1200.
_ Ah oui ! on fait une sacré équipe !
_ C'est clair ! Et toi ça avance ?
_ Bah, il faut que je rentre les derniers dossiers de patients que je suis allé chercher en métropole le mois dernier, que je recalcule les stats, que je refasse mes tableaux, et que je décore avec du joli texte autour pour bien montrer que mon travail n'a servi à rien.
_ Ah bon ? pourquoi ?
_ Parce que, grosso modo, en fonction de comment je présente les choses, soit je montre qu'on a opéré plein de patients pour rien, soit je montre que leur avoir fait plein de scanners injectés, ça n'a servi à rien. En même temps, si on ne les avait pas opérés, on n'aurait jamais été sûr à 100% que leur tumeur était bénigne. Mais du coup, ça remet en question toutes les recommandations nationales sur le sujet.
_ C'est super, tu déconnes ! ça veut dire que ton travail est suffisamment solide pour démonter le travail de tes prédécesseurs.
_ Justement. Toutes les recommandations ont été rédigées par mon directeur de thèse.
_ ... Ah... vu comme ça, forcément, ça m'étonnerait que ça lui fasse plaisir en effet.
_ Exact. Et du coup, je lui ponds cet article. Ça ne va pas lui plaire, donc on ne va pas le présenter à une revue. Il va me trouver d'autres patients à inclure pour que les chiffres tendent en sa faveur.
_ Mouais, c'est Sisyphe, quoi.
_ C'est ça. Ça ne finira jamais.
_ Et comment tu peux t'en sortir ?
_ J'espère juste qu'il se lassera à un moment.
_ Tu déconnes ? c'est un professeur. S'il est à son poste, c'est qu'il a été sélectionné génétiquement pour sa patience et son ambition. Probablement pour sa vanité. Il ne lâchera jamais l'affaire.
_ Génial, merci de me remonter le moral. Tip Top cacahuète !
_ Désolé, mais je préfère être honnête avec toi.
_ Mouais, t'as pas tort. Il fallait bien que je l'entende à un moment ou un autre.
_ Et puis, c'est pas moi qui vais te remonter le moral mais Fenouil ! propos qu'elle ponctua d'un mouvement d'épaule contre mon épaule.
_ Eh eh, peut-être bien, effectivement.
_ Alors ? ça se présente bien ?
_ Ne vendons pas la peau de l'ours trop tôt. Elle m'invite chez elle, dans un grand bungalow, au milieu de la savane, entourés par les lions. Je n'ai pas intérêt à faire le con, elle ne pourra pas me foutre à la porte.
_ Oh, allez quand même ! tu ne risques rien. Si elle t'invites, vu vos antécédents c'est que ... d'ailleurs, c'est quoi vos antécédents ? il s'est passé quoi précisément entre vous ?
_ Précisément ? tu veux les positions, la fréquence de nos rapports et si elle a joui c'est ça ?
_ Pff t'es con ! il n'y a que ça alors entre vous ? du sexe ?
_ Non non ! on a passé trois jours fantastiques sur Paris, elle avait beaucoup besoin de parler, de faire le point sur sa vie. Elle avait besoin de réconfort aussi, parce que manque de confiance en elle, tout ça...
_ Et toi, avec ta bonne âme, tu lui es venu en aide, c'est ça ?
_ Oui, un peu. Je l'ai écouté, un peu conseillé, je l'ai aidée à faire le point sur ses envies. Et puis je sortais d'une rupture moi aussi, j'avais besoin d'un peu de tendresse.
_ Donc, vous étiez un peu plus que des sex friends.
_ C'est ça, on s'est apporté beaucoup de réconfort l'un à l'autre à un moment où on en avait tous les deux besoin.
_ Mmm, je vois. Et du sexe aussi ?
_ Oui, aussi. Un peu. Surtout de la tendresse en fait. C'était très chouette. 
_ Oui donc, effectivement, si elle te propose de venir la rejoindre c'est qu'elle espère prolonger cette complicité.
_ Ah bon, tu crois ?
_ Mmm, oui je pense. D'après ce que tu me racontes, je pense qu'elle est sincère, qu'elle éprouve beaucoup d'affection pour toi. Vous avez partagé un truc fort et intense, ça laisse son empreinte.
_ Mouais peut-être. Je ne pense pas que je suis le genre de personne à laisser une impression impérissable chez les autres.
_ Pourquoi tu dis ça ?
_ ... J'ai pas très envie d'en parler. On retourne bosser.
_ Ok."

Nous continuons à travailler, moi dans le canapé, elle en tailleur sur sa chaise de bureau avec un coussin moelleux sous les fesses. Encore deux heures comme ça et retour à la pause.

"_ Pffff, je n'en peux plus. Je vais lui envoyer tel quel à mon cher Professeur Connard (notez les majuscules). Je ne comprends vraiment pas pourquoi je me prends la tête.
_ Moi non plus. Laisse tomber.
_ Oui mais non. J'ai quand même le maigre espoir que ce soit publié un jour.
_ Tu es vachement optimiste toi.
_ Et c'est mal ?
_ Non, c'est illusoire. N'importe qui d'un petit peu logique apprend très vite à ne pas être optimiste.
_ Ouh ! faut que tu développes, là. On touche un nœud.
_ Mais ouais ! si tu te laisses aller à l'optimisme c'est que déjà, à la base, tu doutes de la réussite de ton projet. Si tu sais à l'avance que ça va marcher, pas besoin d'être optimiste, juste de la méthode. En plaçant ton destin entre les mains de l'optimisme, tu occultes toute la partie réaliste qui veut que ton projet ait beaucoup plus de chances d'échouer. Quand, au final, ton projet se casse la gueule, tu es violemment confronté à la réalité qui te pète à la gueule et ça fait mal. Moralité : il ne fallait pas espérer.
_ Je ne suis pas d'accord. Être optimiste ne veut pas dire de fermer les yeux à la réalité. Ça veut juste dire qu'on n'y prête plus attention et qu'on se concentre sur la réussite. Bien sûr que ça peut échouer. Mais on n'entreprend rien si ce n'est pour que ça marche. Personne n'enfile de crampons pour regarder la télé par exemple ! si tu mets des crampons c'est pour aller courir et oui, tu risques te prendre un tacle, mais c'est le jeu. Et c'est marrant.
_ Ah bon ? tu trouves ça marrant de te faire tacler ?
_ Non, mais si j'ai peur de me faire tacler, jamais je n'irai jouer au foot.
_ Mais bon, admettons. Tu ne marques pas des buts à chaque fois que tu enfiles tes crampons.
_ Non, c'est vrai, mais si ça arrive, c'est bonus.
_ Grosso modo, à chaque fois que tu enfiles tes crampons, tu ne vises pas le but, tu sais que tu risques te faire tacler, mais tu y vas quand même. C'est ça l'optimisme ?
_ Oui, sauf que je ne joue pas au foot.
_ C'est pas ma faute si tes exemples sont pourris. Mais à quoi ça te sert de te fatiguer à rédiger un article qui ne sera très certainement jamais publié ?
_ Parce que, même si la chance est très faible, si j'y arrive, ça sera très beau non ?
_ Mouais, convaincs-toi toi-même, ça ne marche pas avec moi.
_ Je ne te demande pas de m'encourager.
_ Non, mais j'anticipe ta douleur quand, au bout de la centième modification, tu vas jeter l'éponge. Et ça me fera chier de devoir te ramasser à la petite cuillère.
_ Ah oui, donc c'est pas de l'empathie, c'est plus de l'égoïsme.
_ Non, c'est pas ça ! ce n'est pas ce que j'ai voulu dire. Ça me fera chier parce que, un mec toujours souriant comme toi, ça va me rendre triste de te voir triste, et j'aime pas ça. Je n'aimerais pas te voir triste.
_ Oh, c'est la chose la plus mignonne que tu ne m'aies jamais dite. Merci.
_ C'est sincère.
_ Moi aussi, je m'inquiète de ton bonheur. Et je vois bien que tu te soucies de mon bien être à voir comment tu me pousses à me trouver quelqu'un. Du coup, moi aussi, j'aimerais t'aider à ce que tu sois heureuse. Tu veux que je te trouves quelqu'un ?
_ Non, c'est gentil. Laisse tomber. Je n'ai pas besoin d'un mec.
_ Tu t'es faites tacler, toi. Non ? raconte.

Elle regarde autour d'elle, sa maison, son jardin, la vue sur mer, les palmiers qui découpent les vagues à travers la nuit étoilée. On voyait juste le reflet de la lune se dessiner en ombre chinoise à travers les branches. Elle pris une grande inspiration :

_ Tu vois cette maison ?
_ Oui ! elle est magnifique.
_ Oui, elle peut l'être. Elle m'appartient. Ainsi qu'à mon ex mari.
_ Mince. Qu'est-ce qu'il lui est arrivé ? Il est mort ?
_ Non, il s'est cassé. La veille de notre mariage.
_ NON ! sans déconner !!!
_ Ouaip ! je n'ai plus jamais eu de nouvelles. Juste de sa banque, pour me dire que son compte était fermé et qu'il fallait que j'assume toute seule l'emprunt qu'on avait pris à deux.
_ Dur.
_ C'est pour ça qu'on bosse tout le temps ensemble. C'est parce que je travaille tout le temps, autant que possible. Pour pouvoir avoir une vie, un peu d'argent pour faire autre chose que métro, boulot, dodo. Sauf qu'on n'a pas de métro, alors c'est juste boulot-dodo, boulot-dodo, boulot-dodo. J'en avais marre, une vraie zombie. Jusqu'à ce que tu arrives. Tu ne peux pas savoir la bouffée d'oxygène que ça m'a fait d'avoir un médecin qui a de la conversion, et pas que à propos de lui.
_ Euh... merci.
_ Alors tu comprends. Si tu craques, moi je n'ai plus rien.
_ En effet, je comprends que tu n'aies plus envie d'une relation.
_ Non c'est pas ça, mais je m'attends tellement à rien que ... bref. Donc, pour que je soies heureuse, il faut que tu niques. Tu comprends ? c'est impératif !
_ Ok ok ! je vais prendre ma sexualité en main. Enfin, non, ce n'est pas ce que j'ai voulu dire.
_ Ah ah ! je savais que t'étais un petit branleur de médecin ! me lança-t-elle en souriant et en me pointant du doigt.
_ Arrête de me pointer du doigt ou je te mords !
_ Viens me mordre si tu l'oses !"

S'en suivit une course autour de ladite maison, puis dedans, à se lancer des coussins, à se cracher de l'eau dessus, à se jeter des glaçons...deux gamins.

Au bout de ... un certain temps, nous avons pris la casserole et le reste de riz, mélangé l'un dans l'autre, attrapé 2 spatules en bois et nous sommes dirigés vers la terrasse. Nous nous sommes assis sur le rebord, à regarder les étoiles dans l'eau et à manger dans le même plat.

"_ Il est quelle heure ?
_ Aucune idée.
_ Attends je vais chercher mon téléphone sur le canapé.
_ Ah non ! reste ! sinon qui va caler la casserole contre ses genoux ?
_ Ok ok, je reste.
_ Et puis on s'en fout de l'heure, on ne bosse pas demain.
_ Ah bon ?
_ Oui, j'avais prévu le coup la semaine dernière. Comme je devais rédiger ma présentation, j'ai annulé tous les rendez-vous de fin de semaine. On est en vacances demain.
_ T'es un ange, dis-je en l'embrassant sur le front, y laissant un trace de sauce tomate froide.
_ Ouais je sais.
A ce moment là, une étoile filante traversa la mer.
_ Fais un vœu !
_ C'est toi qui me dis ça ? la fille super réaliste et ultra rationnelle ?
_ Ta gueule et fais un vœu !
_ D'accord. Je souhaite que ...
_ Ah non ! dans ta tête ! je ne dois pas savoir.
_ Ok."
Je souhaite d'avoir tout plein de choses à lui raconter, toujours. D'avoir toujours son épaule à la disposition et de lui offrir mon épaule chaque fois qu'elle en éprouvera le besoin.

Quand le soleil s'est levé, nous nous sommes souri, serré fort dans les bras, serré la main très fort, plusieurs fois, en se disant au revoir monsieur, au revoir madame, comme deux enfants imitant des adultes, en ayant gardé dans les yeux les étoiles de la mer.


Le lendemain après-midi, après une bonne matinée de repos, quatre heures environ, j'ouvre mes mails. Le premier de Pr A :
"Cher Georges, est-ce que, à la place de l'article, tu ne pourrais pas plutôt faire un poster. On garde le même texte, il faut juste changer la mise en page. Je t'envoie des modèles pour que tu t'en inspires. Je t'explique : l'abstract a été accepté pour présentation murale lors du congrès international à Paris la semaine prochaine. Je t'ai inscrit, ta place est offerte par un labo. Il faudrait que tu sois lundi matin au congrès. Envoie moi le fichier dès ce soir, je l'imprime et le poster t'attendra sur place."

Mouais, le congrès est payé par un labo, certes, mais je dois quand même me payer mon billet d'avion pour Paris. Et effectivement, la rédaction de l'article n'a servi à rien.

Deuxième email :
"Cher Georges, c'est Emilie. Ça ne va pas du tout. Mon oncle Victor est mort. J'ai besoin de toi."

Ni une ni deux, je réserve mon billet d'avion.

Mon vœu est déjà exhaussé : je vais avoir plein de choses à raconter à Lola.







samedi 15 novembre 2014

Précédently

Chers lecteurs,

Il y a bien longtemps que je n'ai écrit sur ce blog, pour des raisons personnelles qui seront expliquées à la fin de la saison 2.

En attendant, j'en profite pour vous résumer les épisodes précédents.

Commençons par le commencement, en décembre 2011, j'ai débuté ce blog en me présentant brièvement ici et .

J'ai raconté mes premiers émois à la fac et à l'hôpital.

J'ai aussi raconté beaucoup de déconvenues sentimentale. Il y a eu Nadine, Yolanda, Joannie, Perrine, Milène, Liselotte, Emilie, Valérie, ...

Et puis il y a aussi quelques heureux moments avec Murielle, Elodie, Fenouil, ...

J'ai parlé de ma thèse, de mon année sabbatique, des mes courses et de mon nouveau boulot.

Tout ça pour préparer l'épilogue, la fin de la saison 2 qui devrait contenir au total 13 épisodes. Les prochains sont en préparation, si tout va bien d'ici la fin de l'année. J'espère avoir pu vous communiquer mes 4 passions : la médecine, la musique, la cuisine et l'amour.

Merci à tous pour votre assiduité.

dimanche 16 juin 2013

Une course de fou 2


De retour sous les tropiques, de retour au turbin, réouverture de ma boite mail…C’est désespérant : quelqu’un a eu la bonne idée de débattre d’un sujet abordé en commission d’établissement à savoir l’accueil des étudiants. Pas les externes, non, ça serait surprenant que des PH s’intéresse aux externes, les pauvres. Non, plutôt les étudiants au collège, curieux, qui veulent venir voir ce qui se passe à l’hôpital.
C’est bien pour eux, c’est important de susciter en eux soit la vocation soit le dégoût. Soulever le débat est une bonne initiative. Par contre, que tout le monde fasse « reply all » …comment dire…et que la lenteur de l’ordi soit proportionnelle au nombre de répondeurs…ça a le don de m’énerver au retour de vacances.
Sauf que ce n’était pas des vacances : j’étais parti récolter des données pour le prochain article que je devrai publier dans une grosse revue. Pourquoi faire me demanderez-vous ? Et bien, il y a plusieurs réponses possibles :

Soit par vanité : j’ai une des plus grosses bases de données mondiales sur le sujet, la moindre des choses serait de la montrer à tous. Çà serait pour satisfaire mon penchant exhibitionniste.

Ou alors par humilité à l’idée que la contribution de mon étude puisse apporter sa petite pierre à l’avancée de la science.

Ou peut-être par vengeance en me disant que les résultats de mon étude sont contradictoires avec toutes les données précédentes, que je suis plus fort que vous tous réunis malgré toutes les embuches que j’ai eu pendant la rédaction de la thèse et que je vous emmerde.

Personnellement, je préfère aborder la publication sous l’angle, sain je l’espère, de la confrontation auprès de mes pairs, pensant que j’ai bien travaillé, je souhaiterais avoir l’opinion et la critique constructive de spécialistes du monde entier. Du coup, ça donne envie de vraiment montrer un excellent travail. C’est stimulant !

Le seul problème c’est que je dois attendre les données qui sont centralisées en métropole. Alors je ronge mon frein et mes ongles. Que pourrais-je faire pour faire avancer le Schmilblick ?

« _Cher Professeur A.
En attendant les nouvelles données, je souhaiterais avancer dans la rédaction du futur article. Je peux donc vous proposer une introduction et une méthodologie. Je ne peux pas rédiger le reste puisque j’attends de terminer les stats. Je peux vous laisser le soin de la conclusion.
Qu’en pensez-vous ?
Cordialement
Georges. »

Çà me semblait pas mal comme email. Pressez « Envoyer ». J’attends la réponse.

En attendant, je poursuis les explorations à l’hôpital accompagnée de Lola.

« Alors ? quoi de neuf ?
_ C’est à dire ? A quel niveau ? professionnel ?
_ Oui, entre autre, vas-y, commence par le professionnel.
_ Bah, mon boulot est aléatoire. Tantôt c’est trop calme et je m’emmerde même si c’est intéressant, soit c’est hyper actif et je n’ai le temps de rien faire d’autre.
_ Ah ! on y arrive. Le « autre » justement…
_ Le sentimental c’est ça ?
_ Aaaaah ! vas-y balances.
_ Je ne savais pas que ça t’intéressait, on a passé un cap.
_ Oui, à force de voir que t’es un mec bien doublé d’un médecin potable, ça donne envie de gratter la surface.
_ Ah bon ? je suis un médecin potable ?
_ Oui, ou plutôt tu n’es pas un connard.
_ C’est à dire ?
_ Bah tu sais : un égocentrique, un manipulateur…tu vois ?
_ Donc, puisque je ne suis pas un connard, tu t’intéresses à ma vie sentimentale.
_ Oui, c’est ça. J’ai envie de savoir quel est le repos du guerrier, dit-elle avec un sourire en coin et un regard de braise.
_ Eh bien le repos n’est pas brillant.
_ Ah bon ? un mec comme toi ! avec une aussi jolie paire de fesses ?
_ De quoi ?
_ Ne me dis pas que tu n’as pas remarqué que toutes les infirmières et les internes de médecine te matent le cul dans ton dos.
_ Bah non, je n’ai pas remarqué, je n’ai pas d’yeux dans le dos.
_ Tu devrais, ça t’apprendrais plein de trucs.
_ Comme quoi ? comme qui surtout ! qui est-ce qui me mate les fesses ?
_ Ah ah ! tu me donnes quoi en échange de cette information ?
_ Un an de café.
_ Non, ça tu me le dois déjà.
_ Zut…euh…si il se passe quelque chose, je te raconte.
_ C’est bien, ça.
_ Mais au fait, je ne te dois rien ! pourquoi c’est moi qui devrais te raconter ? toi aussi faut que tu me racontes ta vie sentimentale !
_ Non. Jamais.
Elle s’est refermée immédiatement, en un instant, la porte vers ses sentiments était fermée. Je me suis rattrapé aux branches comme j’ai pu.
_ Donc en fait, il ne se passe pas grand chose en ce moment.
Patience…elle boude…elle s’y intéresse réellement ou pas ? … que va-t-elle faire ?
_ Et les internes, tu n’as pas envie de les aborder ? dit-elle avec un air de connivence.
_ Mmm…mouais…non, pas envie.
_ Non mais oh ! tu vas pas faire la fine bouche, non plus ! et puis, je sais pas ce qu’il te faut ! il y a une flopée d’internes dans cet hôpital. Tu ne vas pas me dire qu’il n’y en a aucune qui t’intéresse.
_ Bah non, aucune ne m’accroche vraiment.
_ Tu veux dire que qu’il n’y a rien de rien de rien dans ta vie sentimentale ?
_ Non, je ne dirais pas ça.
 _ Aaaaaah ! raconte ! faut vraiment t’arracher les vers du nez.
_ J’ai eu quelques histoires, surtout des ratés, des « il aurait pu se passer quelque chose » mais jamais de véritable relation de longue durée malheureusement.
_ Pourquoi ? t’as enchainé les plans culs ?
_ Non non, parce que l’occasion ne s’est jamais présenté, parce qu’à chaque fois, la distance, les circonstances…je n’ai jamais pu faire durer une relation au delà de 6 mois.
_ Sans déconner !
_ C’est la vérité.
_ Bon, je vais te remettre en selle. Avant la fin de semaine, je te case avec quelqu’un.
_ Non ! je ne peux pas, j’ai une course à faire dans 10 jours, faut que je m’entraine.
_ Il ne te faut que 10 jours pour préparer une course ? te fous pas de ma gueule ! ne trouve pas d’excuses bidons pour ne pas aller chasser la petite interne.
_ C’est pas une excuse ! faut que je me couche tôt, que je coure 3 fois par semaine, que je mange plein de pâtes et de riz, que je ne boive pas d’alcool…
_ Oui ok, pendant 10 jours tu vas être pas drôle. C’est pas le meilleur moment pour draguer en effet.
_ Merci.
_ Mais après tu t’y remets ! d’accord ?
_ Chef oui chef !
_ Bon, finit ton café et va retourner bosser. »

Le lendemain matin, 7h, je chausse mes chaussures de sport, je branche mon capteur, je sélectionne la playlist de mon lecteur, j’enfile mon sac à dos qui contient une gourde et je sors de chez moi en courant. Je suis la route qui longe la mer en écoutant Norman Greenbaum et je me rappelle tous les conseils que j’ai eu au fil des ans. Suis ton propre rythme, ne te calque pas sur le rythme des autres. Ne te fatigue pas, ménage toi, économise toi pour les moments où il faudra donner un coup de bourre, les montées par exemple. Respire régulièrement, de grandes inspirations, de grandes expirations. Boit toutes les 5 minutes, de petites gorgées.
Dans les montées, respire fort et vite. Le repos après l’effort fait toujours partie de l’effort, il faut continuer à respirer fort jusqu’à ce que le rythme cardiaque redescende. Mais surtout ! fais-toi plaisir.
Sens la brise contre ton visage, écoute les vagues se briser contre les rochers, sens les embruns contre ta peau luisante et l’odeur d’iode qui se mêle à celle de ta sueur.  Ressens tes muscles, tous tes muscles se contracter, se détendre, deviens une machine bien huilée.
Passées les 20 premières minutes, passé le premier coup de fatigue, les endorphines se libèrent, l’euphorie monte. Passé une demi-heure, je me sens en pleine forme. A 45 minutes, la douleur revient, le cerveau prouve sa supériorité. A 1 heure, courir devient une drogue. Au delà, le corps n’existe plus.

Aujourd’hui, je ne cours que 30 minutes. Je courrai 1 heure ce weekend. Je pense à bien m’étirer, je bois un demi-litre d’eau plate et un demi-litre d’eau pétillante. La boucle est finie, de retour chez moi, une bonne douche. Sentir l’eau froide sur mon corps encore échauffé par l’effort est un bonheur extrême. J’en profite pour faire un gommage.

Le petit déjeuner pris après ma petite séance de sport est le meilleur du monde. Il a trois fois plus de goût et il est dix fois plus nourrissant. Je commence par 2 fruits de la passion, suivi d’un tiers de baguette avec beurre et confiture de coings et je finis par mon fameux riz au lait canelle-orange (je vous donnerai la recette si vous êtes sages) tout ça dilué dans un bon petit thé vert Sensha fumant. La journée peut commencer sereinement.
C’était sans compter sur Pr A.

« Cher Georges.
Oui, c’est une bonne idée d’avancer dans la rédaction. J’attends toujours les résultats que doivent me renvoyer les cabinets de radiologie. Je te les envoie dès que je les reçois.
Pour l’instant, tu peux en effet m’envoyer un premier draft du futur article la semaine prochaine. En anglais, of course. »

Ni merci, ni merde. Super. J’ai une semaine pour rédiger la moitié d’un article médical dans la langue de Shakespeare, soit environ 1500 mots sans erreur, avec les bonnes références d’articles et les bonnes formulations.

Tant pis, il va se gratter, j’ai d’autres priorités. Je lui pose un lapin épistolaire et je me concentre sur ma course, on verra l’article plus tard.

Le jour fatidique arrive.

Ce sera une course de 35 km avec 2000m de dénivelé positif. La moitié du chemin se fera sur des gros galets. Pourvu qu’il n’ait pas plu dans la nuit sinon ça risque être casse-gueule.
Je me lève tôt, 2h du matin, 1h de route, 1h de préparation, départ à 5h du matin. 800 coureurs.

Lors de ma dernière course j’avais parcouru 90km en 30 heures, soit 3km par heure. Étant donné que je me suis entrainé, j’espère que mon niveau s’est amélioré. Normalement, je devrais être passé à une moyenne de 5km/h. Je devrais donc finir la course en 7h. L’enregistrement se finit à 13h, donc après 8h de temps de course.
L’objectif est de finir dans les temps, pas de courir comme un dératé. Je suis large, j'ai une heure de marge.

L’excitation avant course est unique. Ce n’est pas celle qui nous prend à l’estomac avant un examen. Ce n’est pas non plus celle avant de monter sur des montagnes russes, ni ce moment de flottement entre l’habillement complet et la nudité totale qui précède la fusion de deux corps. C’est une espèce de moment de vigilance extrême, de conscience totale de chaque muscle de son corps, un sentiment d’être entièrement prêt.

A ce moment là, je me sens comme Tony Stark lorsqu’il enfile pour la première fois son armure et qu’il essaye de faire bouger toutes les pièces mobiles.
J’ai tout dans mon sac à dos : 2L d’eau, des raisins secs, des barres de céréales, de la vaseline pour les zones de frottement (un peu comme si Ironman se mettait de l’huile dans les jointure pour éviter que ça grince), un Kway, mon dossard sur le torse et une lampe frontale sur la tête.

Le départ est sonné. Je vois tout le monde me dépasser, tout le monde se précipite vers la ligne d’arrivée qui est si loin. Mais pourquoi ? je continue à mon rythme, je garde mes œillères, comme un cheval de course de fond.
Au bout de 3km, je suis conforté dans mon attitude : je dépasse tous ceux qui m’avaient doublé au départ, ils ont ralenti, certains se tâtent le flan, certainement un point de côté.

Premier check point : je suis 700ième. Correct. Pour l’instant, c’était du plat, la première montée commence. Les rochers sont secs. Ouf. Premier sommet, je fais une pause pour admirer la vue.
Dans la première vallée, un ruisseau a débordé : il a plu dans la nuit. Impossible de faire autrement que de mettre les chaussures dans l’eau. Les rochers, même secs, sont désormais glissant. Et entre les rochers, il y a la boue répandue par tous les coureurs précédents. Super. Une patinoire de terre et de pierre.

Chaque pas est donc mesuré, pesé, réfléchi. Si je ne me cale pas bien, je glisse. Si je pousse trop fort sur ma foulée, je glisse. Si mes enjambées sont trop longues, je glisse. Ce n’est pas très fatiguant pour les pieds mais bien pour le cerveau. Allez, plus que 3 montées et descentes et après, je retrouve le plancher des vaches, normal, de l’herbe toute bête et après, du goudron, et ensuite, de la forêt pour finir sur de la piste. Le plus dur c’est maintenant, après ce sera facile. Reste calme, économise toi.

C’est au moment où je suis le plus concentré qu’un concurrent me claque la main dans le dos et me lance :
« Salut Georges, je ne savais pas que tu faisais du sport.
_ Salut Clément.
_ Ça fait plaisir de te voir ici, Georges. Que le meilleur gagne !
_ Oui bonne chance.
_ Oh il n’y a pas de chance là-dedans : je m’entraîne tous les jours. »
Et le voilà déguerpir, voltigeant comme un cabri sur les cailloux traitres.

Respire, reste calme, ne fais pas de folie dans ce relief, tu risque le regretter. Fais abstraction du fait qu’il t’ait piqué ta copine. C’est un connard, ne l’écoute pas, il te provoque sciemment. Ne te fais pas prendre. C’est qu’un connard, c’est vrai, il t’a collé des cornes de cocu mais c’est du passé. De l’eau est passé sous les ponts et sur les cailloux aussi. Non, c’est rien qu’un connard. Il va perdre parce que c’est rien qu’un connard de chirurgien. Mais pour qui il se prend ce connard ! Je ne vais pas me faire battre par un connard ! Merde !!!

Alors on est d’accord, ce que j’ai dans les jambes ne reflète pas du tout ce que j’ai dans le cœur ni dans le cerveau. Je dirais même que Clément part gagnant de ce point de vue là : il a toujours été sportif, pas moi, et l’esprit de compétition est inhérent à la profession de chirurgien. Soit. Et surtout, son comportement sexuel n’a rien à voir avec ses qualités de sportif. Autrement dit, un bon coureur de jupon n’est pas toujours un bon coureur de fond. 
D’ailleurs, la course de montagne n’est pas une compétition mais une course contre soi-même, un dépassement de soi et pas de l’autre. Le battre à la course ne servira pas à montrer une quelconque reflet chevaleresque de mon cœur face à sa goujaterie grasse.

Mais là, sur le coup, je n’en ai rien à foutre. Je vais lui foutre sa branlée, un point c’est tout ! Pour quelle raison ? aucune ! pour le plaisir de le battre à la course. Et je vous emmerde !

Pendant un bon kilomètre, nous faisons la course côte à côte. A l’ascension suivante, il prend un peu d’avance. Zut ! dans la descente, je prends des risques inconsidérés pour le dépasser. Cette fois c’est moi qui ai de l’avance.
Il me rattrape dans la vallée et reprend l’avantage dans la montée. Qu’à cela ne tienne. Je renforce ma respiration, j’augmente mes foulées, je le rattrape au sommet et je prends encore plus de risques : au lieu de marcher vite sur les pierres pour éviter de glisser, je coure carrément, je calcule à la vitesse de l’éclair où poser mon pied gauche avant même d’avoir posé le droit, et ainsi de suite. Je file, je m’envole, je prends le large.

Dernière montée : pas de signe de vie, je l’ai séché. Mais pas question de se reposer sur mes lauriers. La partie goudronnée arrive, j’ai l’intention de faire valoir mes heures d’entraînement en ville. Je passe dans ma tête The eye of the tiger, je fais de grandes enjambées, je balance les bras, je respire profondément et je prends mon rythme de croisière. Deuxième check point : 600ième. C’est bien, continue comme ça.

Au bout de 5km, la pression redescend, la motivation baisse. Il me faut un autre combat, l’ascension dans la forêt arrive et j’ai besoin d’avoir la gnake. Je cherche mais non, personne ne m’énerve en ce moment. Le sport a la faculté de me faire tout relativiser, de m’apaiser, de me permettre de faire le tri entre l’essentiel et le superflu.
Par exemple, je suis un peu attristé de m’être éloigné géographiquement de ma meilleure amie Milène. Mais en parallèle, je suis heureux de gagner une nouvelle amitié avec Lola.
D’ailleurs elle a raison. Qui me fais vibrer le cœur en ce moment ? personne. Il faudrait que je me trouve quelqu’un tout de même. Oui mais qui. Personne ne me fait palpiter ici. Alors qui me faisait palpiter en métropole dernièrement ? Fenouil. Oui, ça serait une bonne idée que je la recontacte. Allez, la prochaine fois que je vais en métropole…bah d’ailleurs, ça devrait pas tarder avec Pr A. tel que je le connais il va me demander une entrevue en tête à tête pour discuter des résultats et de l’article.

Mais pourquoi est-ce qu’il m’emmerde autant avec ses objectifs à court terme ? A quoi ça lui sert d’avoir le premier jet de l’article dans 1 semaine alors que le temps que sa partie et celle des radiologues soient rédigées, le temps que ce soit soutenu et accepté, il se passera au moins un an. Quel est l’intérêt de me mettre la pression aussi tôt ? Et pourquoi est-ce qu’il a essayé de m’humilier comme ça pendant ma soutenance de thèse ?

Et pourquoi est-ce qu’il tenait absolument à avoir ma base de données maintenant alors que pendant toute ma thèse il n’y a pas jeté un seul regard ?

Non mais quelle espèce de connard en fait !!! ça y est ! j’ai envie de lui casser la gueule ! c’est bien ça. Je cours plus vite mais j’ai perdu ma concentration : mes pas me fatiguent et ma respiration est saccadée.

Respire, reprends-toi. Calme toi. C’est un professeur, il doit avoir de l’expérience dans la rédaction d’articles et il sait certainement mieux que toi comment faire. S’il te demande de prendre de l’avance c’est certainement pour une raison.
Quant à ta base de données, elle est très importante, ultra riche, pleine d’informations qui valent de l’or ! il y a moyen de faire plusieurs articles médicaux avec. C’est normal qu’il s’y intéresse.

Oui mais non justement. Mon travail vaut de l’or et oui, il y a moyen de rédiger au moins 3 articles avec. Il est hors de question que je la lui cède comme ça. Il me semble indispensable d’avoir la garanti que si je lui donne mes tableaux et qu’il s’en servira dans des publications, il faut qu’il me promette d’inscrire mon nom comme co-auteur de l’article.

D’ailleurs, quels sont mes droits en matière de publication médicale ? c’est mon travail mais c’est issu de dossiers de patients de son service à lui. Est-ce que les données appartiennent aux patients ? Est-ce qu’en étant hospitalisé dans un CHU, on accepte automatiquement que notre dossier fasse partie d’une étude médicale ? et si non, est-ce que toute ma thèse a été rédigée sans l’accord des patients. Merde, je me sens mal à l’aise d’un coup. Il faut que je me renseigne.

Donc, dès que je finis cette course, je rappelle Fenouil, j’appelle un juriste et je rédige mon article en anglais. Ça y est, la détermination revient. Je me sens fort à nouveau, je reprends le contrôle de moi-même. Je peux aborder la fin de la course en toute sérénité.

Ça s’est d’ailleurs très bien passé. Une bonne foulée, bonne respiration. Troisième check point : 500ième. Ok, maintenir le rythme, ne pas faiblir, ne pas regarder la montre, ce n’est pas le but. Le classement, on s’en fout, il faut juste finir la course en bon état, contrairement à la dernière fois.

Je continue donc à courir sans me prendre la tête, juste pour le plaisir de courir, le paysage, la boue, la sueur, le vent, la brise, le soleil qui commence à taper, il doit être aux alentours de midi, je suis dans le rythme que je m’étais fixé, tout va bien.

A l’arrivée, j’ai eu plusieurs surprises. D’abord, je n’étais pas cassé comme je m’attendais à l’être, ni tant fatigué que ça. J’ai bien pris le temps de m’étirer, tranquillement. Par contre, j’avais faim, très faim. Je me suis dirigé vers le centre de ravitaillement où ils servaient des pâtes bolo, parfait.
En face de moi vint s’asseoir Clément.

« Alors ça s’est bien passé pour toi ? moi je suis arrivé il y a à peine un quart d’heure. Et toi ?
_ Je ne sais pas, j’ai pas regardé ma montre.
_ Ah bon ?! ça ne t’intéresse pas ton classement ? 
_ Pas vraiment, je voulais juste finir la course, c’est tout.
_ Ok, bon si ça t’intéresse, j’ai fini en 4h40, classement 440°, facile à retenir.
_ Merci. Félicitations. A la prochaine.
_ A plus. »
Il est parti avec fière allure. Tant mieux pour lui, toute la rancune s’est effacée pendant la course. Il m’est indifférent désormais.

Après avoir bien bu, je suis allé au guichet chercher ma récompense : un tshirt « finisher » et une médaille pour les 500 premiers. Ah ? c’est agréable. C’est surprenant surtout. Allons voir ça, je dois être antépénultième pour recevoir cette récompense, soit 498° à tous le coups.

401ième. Arrivé en 4h15. Heing ? O_o

Ça veut dire que j’ai quasiment doublé ma vitesse de course ? en 1 an ? Ça, ça fait vraiment mais alors VRAIMENT plaisir ! c’est au delà de tout ! ça répare toutes les blessures narcissiques que j’ai pu avoir dans tout mon cursus ! c’est énorme ! je suis trop fier de moi là !
Bon, allez, redescendons sur terre, c’était une petite course, même pas un marathon. Pour la prochaine, il faudra voir ton niveau. Objectif : plus de 45km.

D’ailleurs, il y en a une dans 3 mois, 65km, 3500m de dénivelé positif…

To be continued...