jeudi 25 octobre 2018

Epilogue saison 2 : une course de fou 3 - partie 2

Il fait nuit noire. Une couverture nuageuse s'étend sur le firmament. Pas d'étoiles pour me guider. Forcément, je ne vois pas leur couleur, je ne peux pas savoir si le ciel annonce de la pluie ou pas. Il est trop tard pour checker la météo sur mon téléphone. Pfff tu aurais pu le faire avant le départ quand même. On dirait que je fais tout pour me nuire.
Les 2000 pieds qui m'entourent frappent le sol d'une foulée légère mais suffisante pour le faire trembler. La montagne vrombit, les encouragements des supportaires résonnent contre les falaises de basalt. Je suis entouré d'une masse informe de multiples gens, recouvert par le bruit des pas et des cris, et pourtant, au lieu de vivre l'instant présent, de ressentir toutes ces vibrations passer à travers moi comme des ondes gravitationnelles, je me recroqueville, je m'enferme et je me retrouve tout seul dans ma tête.

A chaque fois que je cours, ça me sert de méditation. Je me concentre sur moi, mon état corporel autant que spirituel et je fais le point. Alors, que viens-tu faire ici, ce soir, Georges ? que viens-tu y chercher ? la gloire ?
Oulah non. J'ai refusé la promesse d'un poste de PU-PH, souvent synonyme de gloire. On ne peut pas dire que je coure après une couronne, non. J'ai quitté ce boulot parce que je n'avais plus la satisfaction d'un travail bien fait. Et je viens chercher dans cette course la satisfaction d'accomplir un truc dont je me sens capable mais dont je ne suis pas sûr d'y arriver.

C'est ça, je viens y chercher la foi.

Je n'ai aucune preuve de pouvoir finir cette course en bon état, mais je m'en sens capable. Je n'ai aucune preuve mais je sais que je peux y arriver. J'ai foi en moi. Ce genre de course me donne confiance en moi. Même si j'échoue. Il peux très bien arriver des événements indépendants de ma volonté faisant en sorte que je ne finisse pas la course mais je garde ma dignité.
C'est ça. La vie n'est pas un concours mais ce sont une succession d'obstacles mettant à l'épreuve notre foi en soi. C'est sans doute pour ça que j'ai toujours détesté les compétitions. On ne mesure pas sa foi en soi par rapport aux autres. Chacun se fixe des objectifs différents, chacun à sa mesure. Et le fait d'y arriver ou pas n'est pas une mesure de sa propre valeur. On peut perdre aux yeux des autres et pourtant gagner.

Ça doit être pour ça que j'aime autant Rocky, le premier opus. Spoiler : il perd à la fin. Mais il a mesuré sa dignité à l'aune de lui-même. Il se bat pour lui, contre des obstacles qu'il s'est mis tout seul. Et de ce point de vue là, il a gagné à la fin du match. Il a remporté le combat mené pour sa dignité.

Alors ? ce sont quoi mes auto-obstacles ?

Mon complexe d'infériorité d'abord. Oui, c'est évident que je ne m'estime pas mériter une première place. Elle ne me revient pas parce que je n'ai rien accompli pour ça. C'est faux bien sûr. J'ai travaillé pour avoir ma place en médecine mais vu que j'ai toujours perdu à tous les concours se mesurant à d'autres personnes...je n'ai jamais fini premier d'une course, je n'ai jamais été premier de la classe, c'est logique qu'un victoire me semble inaccessible. Je m'estime comme étant moyen, banal, égal à la moyenne. C'est certainement pour ça que je me suis situé au milieu du peloton.

C'est idiot je vous l'accorde. Au fil du temps, j'ai réussi à surmonter mon complexe d'infériorité pour un autre : celui de l'imposteur. Par la force des choses, j'ai du me rendre compte qu'il y a certaines choses que je réussissais. A commencer par le concours de première année de médecine. Donc oui, je remporte des trophées. Mais le mérite-je vraiment ? pourvu que les autres ne se rendent pas compte que je n'ai pas la valeur requise.
Alors j'ai travaillé, dur, plus dur que tout le monde peut-être, je ne sais pas, je me suis toujours éloigné de mes confrères de peur d'être repéré comme incompétent. Petit à petit, j'ai bien du constater que je n'étais pas plus mauvais qu'un autre, voire parfois même, si j'osais, peut-être davantage compétent ?

A propos des autres, où en suis-je dans ma course ? Nous sommes devenu une chenille incandescente. A flanc de montagne, nos lampes frontales allumées, les premiers sont devant, plus haut et se suivent à la queue-leu-leu. C'est beau. Je suis toujours au milieu ? je me retourne brièvement et estime le nombre de lumières. A vu de pif dans le noir, de dos, en courant, je pense que je me suis fait doubler. Forcément, à force de rêvasser, tu ne te concentres pas sur la course. C'était obligé. Bah, ce n'est pas grave. Économise-toi. Si tu voulais finir dans les premiers, ça aurait été important mais là, tu veux juste finir en bon état. Alors relax et enjoy the ride. De retour à mes réflexions.

Oui, j'ai choisi une spécialité et oui, je me trouve compétent dans mon domaine. Ça a pris du temps mais j'y suis arrivé. J'ai aussi conscience d'avoir perdu en compétences dans d'autres domaines et c'est normal. Mais il m'arrive parfois de perdre cette humilité. Je deviens arrogant et j'ai horreur de ça. Comment est-ce que j'ai pu me laisser aller comme ça à me faire flatter ? parce que j'étais malheureux et perdu. Tout simplement. Ah bon ? c'était aussi simple que ça ? Simple. C'est le maître mot. Il m'a semblé simple de suivre cette voie parce qu'elle était toute tracée, rassurante. J'avais besoin de ça à ce moment, parce que...parce que...peut-être parce que je n'avais plus envie de rien. C'était une façon de se suicider par procuration. De continuer à vivre tout n'en étant plus vraiment vivant. C'est honteux.

Déjà que le suicide peut être une façon de dire "j'abandonne" face à l'adversité, me regarder mourir à petit feu à travers mes propres yeux aurait été d'une lâcheté absolue. Merde ! J'ai décidé volontairement de mettre mon libre arbitre aux oubliettes et de laisser les rênes de ma vie à quelqu'un d'autre. C'est un double abandon ! Oh putain ! comment j'ai bien fait de me sortir de ce puits !

Tiens, à propose de puits, j'ai soif. J'aspire une gorgée de la gourde située dans mon sac à dos, à travers la paille géante proche de mon épaule droite. Où suis-je ? tout le monde ralentit. Ah, premier check point. Quel classement ? 800ième. Ah zut. Bon faut que je m'investisse dans cette course un peu quand même. Ça serait dommage que j'aie fait tout ce chemin pour rien.

Allez Georges ! reprend quelques forces, mange un bout au stand et tu repars d'un bon pas. C'est reparti. Je respire un coup. Déjà 10km, en 2 heures. C'est pas mal. Je me fixe 24h pour finir la course, soit une arrivée estimée à 4h du matin dans la nuit de samedi à dimanche. Pour garder le rythme, il faudrait que je coure en 3 et 4km par heure. Tout à fait faisable étant donné que je cours sur du plat à 12km par heure et 6km/h en montées. Oui mais, sur de plus courtes périodes. Oh c'est bon ! ne te décourage pas ! ce n'est que le début. Persévère !

C'est comme mes études. Ça a été davantage de la persévérance que de la performance. La moitié du temps je n'avais pas envie d'y être et l'autre je ne savais pas ce que j'y foutais. Non, c'est très exagéré. C'est vrai que j'ai pu ne pas me sentir à ma place à certains moments. Mais j'ai croisé sur la route des gens formidables qui m'ont aidé, remotivé, stimulé. Qui ont vu en moi un potentiel et m'ont aidé à ne pas lâcher l'affaire même si j'avais l'air d'un gros mauvais.
A mon crédit, je bosse dur. J'ai souvent été à côté de la plaque, mais j'ai toujours rattrapé mon retard de connaissance par le travail acharné.
Au final, j'ai connu de bon moments. J'ai pu aider certaines personnes en retour sur leur propre chemin. J'ai accompagné des patients, soulagé des douleurs, relâché des angoisses, parfois juste écouté et posé des mains. J'ai fait de beaux diagnostiques et ai pu aider à guérir. Ça valait le coup.

J'ai toujours détesté la phrase "rien n'arrive par hasard". C'est très con. C'est un argument "post hoc ergo propter hoc". Ce n'est qu'après que les événements de sa vie se soient passés qu'on peut se pencher dessus et dérouler le film avec le recul nécessaire. Il est alors facile d'interpréter nos choix à la lumière de tout ce qu'il avait avant et après puisqu'on se situe à postériori de tout cela. Mais ça efface les arguments au moment de la prise de décision et ça occulte le fait qu'au moment où on prend une décision, personne n'en connait les conséquences.

C'est après, 3, 4 ou 5 "élément déclencheur - décision - conséquence" et ainsi de suite qu'on peut dire "Ah oui, mais alors ma première décision a eu pour conséquence de me retrouver ici aujourd'hui". Non, ça n'a rien à voir. C'est comme dire "Si les événements s'étaient passés différemment, les choses actuelles ne seraient pas pareil". Euh...oui, c'est même très probable.
Non, ça n'a aucun sens que j'en ai chié hier "parce que" je suis devenu un bon médecin aujourd'hui. Ça a juste été chiant pendant et j'ai eu la présence d'esprit de persévérer. Oui, donc je dois mon diplôme plus à de l'entêtement qu'à de la réussite. J'étais encore sur les bancs de la fac au bout de 12 ans alors ils m'ont filé mon doctorat en remerciement de mon acte de présence. Non, je viens de dire que j'ai beaucoup travaillé. Oulala ! si je n'arrive plus à suivre le fil de mes propres pensées, c'est que je dois être en hypoglycémie.

Où en suis-je ? Deuxième check point, toujours 800ième. Je mange un coup et je repars en trottinant puis en marchant. Nous arrivons à un petit chemin de montagne, large comme un seul pied. Impossible de doubler. Nous nous suivons à la que-leu-leu en marchant, impossible d'aller plus vite.

Du coup, tout le monde tape la discut. On s'encourage, se félicite, ça fait combien de temps que tu coures ? Ah super ! félicitations ! Allez on ne lâche rien les gars, et les filles aussi ! Je ne vois pas le temps passer. Le soleil est en train de se lever. L'aurore éclaire les nuages en train de se dissiper de reflets d'or mêlés d'argent. A travers les nuées perce un ciel d'azur prometteur.

Arrivés en haut de la crête de montagne, le chemin s'élargit, tout le monde double tout le monde dès qu'il en a la possibilité. On dirait un lâché de lapins dans un pré. Un joyeux bordel. Puis tout le monde reprend son petit rythme de course, chacun espacé de quelques enjambées de son prédécesseur et de son successeur. La redescente est presque aussi raide mais le chemin moins casse-gueule. Un peu plus bas, ça devient une véritable route de terre à travers les bois. Ça sent la rosée. Je me sens bien.

Troisième check-point. 700°. Il a du y avoir quelques abandons devant moi. Il ne me semblait pas avoir doublé beaucoup de gens. 25km, plus d'un quart du chemin a été parcouru. Il est 10h du matin. Je suis parfaitement dans le timing que je m'étais fixé.

Maintenant que nous sommes descendus dans la vallée, il faut remonter. Nous sommes sur le flanc exposé aux rayons du soleil. Je me sens me faire réchauffer depuis mes os jusqu'à ma peau, comme si j'étais une carafe et qu'on me remplissait d'une eau claire, limpide, lumineuse, scintillante et douce.
Je me sens à ma place, exactement là où j'ai envie d'être et ça faisait longtemps que je n'avais pas ressenti ça.

Je ne me suis jamais senti à ma place, ni à la fac, ni à l'hôpital. Pour différentes raisons. A la fac de médecine à cause de mon syndrome de l'imposteur, au CHU à cause des injonctions contradictoires. Prenez le temps avec les patients mais vite. Traitez-les avec humanité mais ne perdez pas de vue les statistiques de remplissage des lits. Les patients sont des individus mais ils doivent rapporter de l'argent à la structure de soin. Beurk. Non, vraiment, j'ai bien fait de me barrer. Au cas où j'en doutais encore. Je ne pensais pas que l'idée d'être au chômage me réjouirait autant et pourtant.

En 15 ans dans le monde médical, pendant mon externat, je suis parti en Afrique pour donner une dernière chance à mes études, si ça ne me plaisait pas, je démissionnais. Puis 1 an avant la fin de mes études, j'ai commis le luxe de prendre une année sabbatique pour quitter la vie d'interne qui était en train de me tuer à petit feu. Et là, ça y est, mes études sont finies, ma thèse est passée, je viens de passer un an d'assistanat et je démissionne à nouveau.

Je me lance dans l'à peu près inconnu, sans filet, mais je n'ai pas peur. Pas parce que là d'où je viens, c'est pire. Mais parce que j'ai foi en moi. Je sais que là vers où je me dirige, je serai heureux. Et ça me suffit. Je ne dis pas que ce sera facile mais au moins j'aurai une certaine maitrise des événements.

C'est sans doute ça la clé. J'ai cédé à la facilité dans mon travail en acceptant la promesse d'un service et d'un titre de Professeur. Pas par facilité professionnelle (c'est dur d'être professeur quand même, faut pas déconner) mais facilité émotionnelle. Je n'avais plus envie de prendre de décision. Un peu comme dans "la nausée" de JP Sartre. Le personnage principal a la gerbe à chaque fois qu'il doit prendre une décision dans sa vie, il en suit qu'il n'en prend aucune et laisse la vie le porter. C'est plus facile pour lui comme ça.

Hey ! mais ça doit être pour ça que je me suis laissé embarquer dans une relation à sens unique avec Emilie ! Parce que bon, posé sur le papier, à froid, je m'étais accroché à l'idée qu'elle pouvait éventuellement être amoureuse de moi alors que je n'ai jamais eu d'éléments clairs sur lesquels me baser. J'ai juste interprété chacune de ses réactions comme une tentative de me dire des choses sans les affirmer. Alors qu'en fait, non. C'est juste moi qui ai suivi un mirage. Pourquoi ? par facilité ! je viens de vous le dire, suivez-un peu.
Il est plus facile de suivre aveuglément quelqu'un qui mène la danse de la séduction (même si en l'occurrence il n'y en avait pas de sa part) plutôt que de se saisir de son destin amoureux. Parce que ça comporte des risques, des inconnues. On risque se tromper et se faire mal, mais c'est le jeu. Et j'ai renoncé à ça ! Bordel, je devais vraiment être malheureux ou perdu pour refuser de tenir le gouvernail de mon cœur sur les eaux tumultueuses de l'amour. Ça a l'air tellement plus intéressant raconté comme ça.

"Journal de bord du capitaine de mon cœur. Nous approchons d'une ile touffue habitée de naïades étranges dont nous allons faire la connaissance."

Je me marre tout seul en grimpant la montagne. Il me semble avoir parlé tout haut. J'espère que les autres coureurs sont loin. Oui, ça a l'air. Je n'ai croisé personne depuis un moment. A moins que si, mais je suis tellement perdu dans mes réflexions que je ne vois presque pas ce qui se passe autour de nous.

Et pourtant, c'est grandiose.

Je viens d'arriver au col. Je me retourne et d'un regard, j'embrasse presque la moitié de l'ile. Je contemple toute cette immensité baignée de lumière...euh non, pardon, tout le chemin parcouru et un sentiment de fierté m'envahit, suivi immédiatement d'humilité dans cet immense paysage. Il y a aussi de la satisfaction, du contentement, de la paix; pas de condescendance ni de honte sur mes erreurs passées mais au contraire de la gratitude car elles m'ont menées jusqu'ici.

J'adresse une prosternation envers mon parcours et je m'engage dans un cirque.

Oui alors, forcément, raconté comme ça, oui, ça peut faire rire. Mais non. Je ne vais pas m'accrocher un nez rouge. Je descends dans un cirque de montagne, une vallée circulaire entourée de remparts hauts d'un demi kilomètre, sans aucune route. Uniquement des chemins pédestres. Ça veut dire que si je me casse une jambe c'est hélicoptère direct, pas d'ambulance. Ça veut aussi dire que je vais passer les 30 prochains kilomètres isolé du monde et que ce n'est pas le moment d'abandonner. Il n'y a pas de demi-tour. Soit je traverse le cirque de bout en bout vers la sortie, soit j'y reste coincé.

La perspective de devenir ermite au milieu des montagnes ne me contrarie pas spécialement mais elle n'est pas prévue dans mes plans. Je m'enfonce donc dans le cercle de pierre et de verdure pour descendre progressivement 1000m de dénivelé et remonter 1000m raides à la sortie. Le chemin le plus difficile que je connaisse. C'était là dessus que je m'étais cassé les poumons lors de ma première course.

Tu es prêt Georges ? Oui. Plus que jamais. Sans hésiter.

4ième check point. 400ième. Pardon ? vous êtes sûr ? J'aurais remonté de 300 places dans mon classement ? oh la vache ! je ne pensais pas que c'était possible. J'ai doublé autant de gens que ça ? ou alors il y a eu une flopée d'abandons. Je demande aux organisateurs. Non non, très peu d'abandons. Une cinquantaine tout au plus. En même temps nous ne sommes qu'à la moitié de la course. Il est 16h. J'ai fait 45km. J'hallucine un tout petit peu des progrès que j'ai fait en si peu de temps.

Allez hop hop, ce n'est plus le temps de s’appesantir. Le soleil se couche dans 2 ou 3 heures et il te reste un gros morceau à franchir.

Je suis dans l'ombre de la montagne et des fougères arborescentes. Et comme j'ai bien transpiré au soleil, mon haut est trempé malgré la technologie d'évaporation accélérée et je commence à avoir un peu froid. Pas suffisamment pour mettre une couche supplémentaire cependant. Allez Georges, active toi, réchauffe-toi. Trouve le volcan qui est en toi.

C'est vrai ça. Qu'est-ce que j'ai en moi ? quel est la chaleur qui m'anime ?

Première chose qui m'assaille : qu'est-ce qui me meut ? évidemment je pense à une vache. Donc oui, ce qui me réchauffe le cœur, c'est de rire, me faire plaisir, me marrer, autant que possible. Je n'envisage pas ma vie sans humour.
Quoi d'autre ? manger. J'adore manger. Je veux une cuisine dans ma future maison.
Encore ? oui, faire du sport. Pas pour pavaner avec mes abdos mais pour moi, pour mon équilibre. Je vois bien en ce moment même que le sport remplace aisément une psychanalyse, des antidépresseurs et une séance de méditation. Trois en un.
Et avec ceci ? être libre et heureux.

Franchement, je pense être en train d'emprunter la bonne voie. Je pense avoir fait les bons choix dernièrement. Oui mais...

A la fin de "Into the wild" (attention spoiler alert) le personnage principal écrit "l'amour ne vaut que s'il est partagé". A quoi ça sert que je sois heureux tout seul avec ma future cuisine et des fessiers en béton ? C'est déjà pas mal, non ?
Non. Je me connais. Oui, je sais qu'un (ou une) autre n'est pas là pour combler ses lacunes et qu'il faut avant tout se construire soi pour aider l'autre à se construire et...bah non. Mon raisonnement tombe à plat. Si le fait d'être heureux permet à d'autres d'aider à se construire, ça veut forcément dire par ce biais là que les autres me construisent en retour, donc que je ne suis pas autosuffisant.

J'ai envie d'avoir quelqu'un dans ma vie, qui à la fois m'aime comme je suis et qui m'aide à me construire, à devenir davantage que ce que je suis en cet instant. Et j'aimerais que la réciproque soit valable pour cette autre personne qui partagerait ma vie.

Ah, et alors tu vois ça comment, la croissance conjointe de deux individus ? J'imagine que si tout roule, tu n'apprends pas grand chose. Enfin si, tu apprends à connaître l'autre, son histoire, ses sentiments...mais je pense que ce n'est qu'à travers les difficultés que tu grandis réellement. Du coup, grandir à deux, ça veut dire traverser des épreuves ensemble.

Ah super. Tu as envie de te mettre en couple avec une personne et tu lui proposes quoi ? d'en chier ?! super ton programme.

Oui mais non. Ce n'est pas comme ça qu'il faut voir les choses. Je veux dire, bien sûr que je préfère les bons moments, évidemment. Mais si je dois traverser des épreuves dans la vie, je préfère le faire accompagné d'une personne avec qui je pourrais me marrer, manger, picoler, parler, philosopher, courir...bref, une amie.

Aaaah ! (de soulagement) Nous arrivons quelque part après toutes ces réflexions.

Ah! (le constat)

Et merde.

Ça y est ? t'as compris ? il t'a fallu 14 heures à te peler dans la montagne, à transpirer et te niquer les pieds pour réaliser qu'il y avait un trésor à ton point de départ. Bravo ! ce n'est pas l'Alchimiste, c'est l'usine à gaz !

Mais putain que j'ai été con !!! j'étais trop obnubilé par mes histoires de cœur et de cul que je n'ai pas vu qu'une histoire d'amour était en train de se tisser sous mon nez.

Euh...amour ? tu en es sûr ? c'est de ça qu'on parle ? je n'en sais rien moi ! Non, mais non ! je ne suis pas amoureux, ce n'est pas possible. Tout ce que je constate c'est que si je dois traverser le reste de ma vie seul, ça serait d'une tristesse sans fond et que si je devais choisir une partenaire pour parcourir l'existence, je ne voudrais envisager personne d'autre que Lola.

Est-ce que ça veut dire que je l'aime ? est-ce qu'il n'est pas un peu trop tôt pour le dire ? Si, carrément. Et puis, mon cerveau vient de me souffler que si l'amour n'est pas réciproque, ce n'est même pas la peine de se faire chier.

Mais alors, après toutes mes heures de cogitations et toutes les réponses que j'ai pu trouver à ma vie, mon univers et le reste, c'est une nouvelle question : est-ce qu'elle m'aime ?

Non pas que de la réponse va dépendre mes sentiments. Non. Je ne souhaite passer ma vie avec nulle autre qu'elle. C'est un fait établi. J'ai mis suffisamment longtemps à pondre cet état de fait, je ne vais pas le bousculer d'un revers de la main. Non. Mais de la réponse va dépendre un comportement de ma part. Si la réponse est oui, c'est le bonheur. Si la réponse est non, je n'ai qu'à fouiller dans le reste du monde pour y trouver une autre perle rare, même si ça doit me prendre 30 ans de plus.

Sauf que les humains ne sont pas des ordinateurs, la réponse peut tout aussi bien être "ni oui ni non". Toi même, tu dis que tu ne sais pas si tu es amoureux d'elle, parce que ... ? Euh...et bien...parce que...bien sûr...c'est que...Quand mon cerveau aura fini de chercher une excuse bidon à moi-même, on pourra peut-être reprendre le débat, non ?
Je résume : tu passes tout ton temps libre avec elle. Quand tu n'es pas avec elle, elle te manque. Quand tu es avec elle, tu es heureux et plus rien n'existe en dehors de sa proximité. Ne cherche pas, tu es amoureux, un point c'est tout.
Mais je croyais qu'on était juste amis ! et ni l'un ni l'autre n'avons envie que ça n'aille plus loin.
C'est trop tard, c'est déjà fait. En tout cas pour toi. Pour elle...

C'est vrai ça ! elle aussi, elle semble heureuse à mon contact. Moi aussi je lui manque quand je ne suis pas près d'elle. Et visiblement, même quand on discute jusqu'au petit matin, elle aurait pu avoir mille occasions de me mettre à la porte si elle le souhaitait. Si ce n'est pas le cas, c'est bien qu'elle apprécie ma compagnie et qu'elle voudrait qu'elle dure encore et encore, non ?

Oulah ! c'est le tourbillon dans ma tête. Je m'arrête brièvement, m'appuie contre un arbre et reprends mon souffle. J'ai des vertiges, j'ai froid, j'ai faim. Je ne sais pas l'heure qu'il est, je suis perdu. Heureusement, le chemin est balisé, je n'ai qu'à continuer tout droit et je trouverai bien. En effet, peu de temps après, je me retrouve face au check-point de sortie du cirque.

Il est 20h. 350°. Oh purée ! je ne me sens pas du tout fatigué, par contre, j'ai très faim. Il y a un stand avec une grosse marmite réservée aux coureurs et au staff, des bancs, des tables, de l'eau. Je me pose un peu et je redémarre. On me sert une grosse assiette de riz avec des saucisses et des lentilles. Si je mange tout ça je ne vais jamais me relever mais je commence à sentir mes réserves s'amenuiser.

Faisons le point.

Je suis parti 1000°, j'ai remonté 650 places, parcouru 65km en 16h soit à la louche 4km/h en moyenne, pile mon objectif. Il me reste 8h pour parcourir 30km environ, c'est à dire garder le même rythme à peu de chose près. Je me sens à peine fatigué et pourtant je n'ai presque pas dormi la nuit dernière. Je pourrais très bien m'arrêter ici, avec honneur, sans rougir de ma performance. Je n'ai rien à prouver à personne. Je peux aussi tenter de continuer, braver la fatigue et l'obscurité (la nuit est tombée) pour arriver au bout de cette course, chose que j'ai déjà faite par le passé. Encore une fois, je n'ai rien à prouver à personne à part moi-même. Suis-je capable de le faire ? oui. Est-ce que je me sens capable de le faire maintenant ? oui.

Allez, c'est parti. Je me lève de mon banc, finis mon verre, range mes couverts, jette mon assiette, renfile mon sac à dos et c'est parti. J'ai déjà fait les deux tiers. Il ne me reste que la moitié de ce que j'ai déjà couru.

En trottinant vers le nord de l'ile, vers ma destination, il me semble avoir oublié un truc. Je fouille dans mes poches, non, tout y est. Je tâte ma gourde par le bas du sac, oui, elle est pleine. Je n'ai pas ouvert mon sac, donc rien n'a pu en sortir. Ma lampe frontale peut-être ? non, elle est déjà sur ma tête, je l'allume d'ailleurs. Mais qu'est-ce que j'ai bien pu oublier ? allez, il faut que j'arrête de me perdre dans mes pensées, que je me concentre pour finir ma course. Il faut surtout que je fasse gaffe où je mets les pieds, nous sommes à côté d'un ruisseau et il y a de l'eau, là.

De l'eau, là.

Oh bordel. Lola !

Mais pourquoi je repense à elle maintenant ! Sérieusement ! il faut que ce soit maintenant ? Faut-il vraiment que je sache ce qu'elle éprouve pour moi tout de suite ?

Oui.

Je m'arrête. Ce n'est plus mon cerveau qui a parlé. Ça venait de plus profond. C'est Moi. Mon Moi tout entier, et pas seulement mon esprit. Il s'agit de toutes les pièces du puzzle qui me constitue, qui se sont assemblées et unies en une seule voix. Ferme. Il n'y a plus de contre-argumentation possible.

C'est pour cela que Je cours. Georges n'est pas un amas de muscles et d'esprit maitrisant son corps. Qu'est-ce que 30 petit kilomètres vont apporter à ta légende personnelle ? l'histoire que Je vais conter aux anges quand je ne serai plus, quand Ils pèseront mon cœur pour savoir s'il est aussi léger qu'une plume.
Georges est un Tout, qui court après son bonheur, indissociable du bonheur de son entourage. Il y a une femme qui rend Georges heureux. Georges veut la rendre heureuse à son tour. Elle est là, la gloire.


Je tremble de tout mon être. Je me remets petit à petit de mes émotions et j'avance. J'ai le besoin impérieux de la voir le plus vite possible. Mes pieds me semblent léger, mes cuisses agiles, je bondis sur les pierres du bord du ruisseau vers ma destination. Si je garde le même rythme, j'arriverai à 4h du matin dans le nord de l'ile. Puis, il faudra que je retraverse toute l'ile en bus. Sachant qu'ils ne partiront pas avant 6h du matin, je ne serai pas arrivé chez Lola avant...au moins 7h du matin. C'est à dire dans 11h. Ce délai me semble intolérable.

Non, c'est couillon, je suis en plein milieu de l'ile, je ne vais pas la traverser dans un sens pour la retraverser dans l'autre, il doit bien y avoir un moyen plus logique, zut !

Juste après le ruisseau indiquant la sortie du cirque, le chemin bifurque. A droite, les escaliers de 1000m de haut, direction le nord et la fin de la course. A gauche, le centre médical. Il y a de nombreux coureurs bandés, aux chevilles, aux genoux, même un à la tête. J'imagine que pour les blessés plus graves, ils ont prévu un rapatriement par ambulance ? bingo ! elle était cachée derrière les tentes. Je me dirige vers le chauffeur.

"Bonjour, vous êtes arrivé comment ?
_ Par la route, là, qui longe la rivière.
_ Ah génial ! et elle mène où cette route ?
_ Au port, vous ne pouvez pas le rater, c'est toujours tout droit.
_ Merci. Et au port, vous savez s'il y aura des bus ?
_ Oui bien sûr ! avec tous ces coureurs, les curieux viennent de toute l'ile. Les autorités ont ouvert les navettes entre les différentes villes et étendu l'heure de fermeture jusqu'à 22h30.
_ Super ! et là tout de suite, il est quelle heure s'il vous plait ?
_ 20h30.
_ Merci. Il est à combien de kilomètres le port ?
_ 8km pile.
_ Merci beaucoup !"

C'est parti. 8km en 2h, c'est tout à fait dans mes cordes. Par contre, il faut que je prenne en considération que la gare des bus n'est peut-être pas tout pile à l'entrée de la ville par là d'où je viens. Il va falloir chercher. Disons 30mn. Ok, j'ai 1h30 pour faire 8km. Sur du plat, ça devrait aller. Ah, et puis, il faudra le temps de sortir mon argent de mon sac à dos, sachant qu'il est bien planqué tout au fond. Ok, j'accélère le pas.
Ah, non nonobstant le temps de trajet entre le port (à l'ouest) et le sud de l'ile. Mettons, 30 à 45mn. Donc, je ne suis pas arrivé chez elle avant 23h, si tant est que j'attrape le dernier bus et qu'elle ne soit pas partie se coucher. Mouais, autant l'appeler directement et la prévenir que j'arrive.

Et je vais lui dire quoi ? que je me suis fait une entorse et que je rentre plus tôt ? super, commencer la relation avec la future femme de ta vie par un mensonge. Top classe !
Non, je suis obligé de lui dire la vérité. Quelle vérité ? que je suis sûr d'être amoureux d'elle, que je ne suis pas certain de ses sentiments et que, dans le doute, je préférais passer pour en avoir le cœur net, c'est à peu près ça ?
Ah oui, forcément, présenté comme ça...

Je pourrais lui réciter la tirade de Romain Duris à la fin de l'Arnacoeur, je la connais en entier. Non, c'est nul, je vais me sentir comme un moins que rien. Bah tiens, je n'ai qu'à commencer par là, lui faire l'inventaire de tous mes défauts comme à la fin de "Certains l'aiment chaud". C'est parfait !
Voilà Lola, je fais parti de la caste des connards de médecins, donc j'ai tendance à être très imbu de moi-même. En parallèle, j'ai un complexe de l'imposteur donc je doute de moi en permanence. Cela veut dire qu'à la fois je m'adore et je me déteste. Si j'arrive autant à faire le grand écart avec mes émotions, au moins, ça traduit une certaine souplesse et si toi aussi tu arrives à faire le grand écart entre le fait d’abhorrer ma profession et de m'aimer en tant qu'individu, et bien, on pourrait peut-être se rejoindre au milieu.
Ah oui, grandiose. Et il y a quoi au milieu de deux grands écarts ? deux trous du culs.

Il faut que je trouve autre chose. L'heure tourne. Je cours aussi vite que possible, plus rapide que tout ce que j'ai couru dans les 17 précédentes heures. Je cours à travers le monde après mon destin comme un ... Ah oui, je comprends mieux. Oh non, je ne peux pas lui citer du Dirty Dancing, quand même. Et je ne peux certainement pas l'appeler "bébé". Non, pitié !

Allez ! il faut que je trouve quelque chose. Il n'y a pas un film où les deux protagonistes sont amis et tombent amoureux ? si forcément, mais rien ne me vient à l'esprit. Sauf une chanson évidemment. "Something stupid like I love you", fort à propos je trouve. Je la choisis comme soundtrack de mes derniers kilomètres vers mon carrosse. Oui, je suis en train de faire le truc le plus stupide que je n'ai jamais fait. J'abandonne une course à laquelle je me prépare depuis plus d'un an pour aller vers une femme que je pense aimer, peut-être, je ne sais pas, mais dont l'attraction est tellement forte que je ne supporterais pas de ne pas passer le reste de mes jours à ses côtés, sauf que je ne sais pas ce qu'elle ressent et je ne sais absolument pas comment le lui annoncer.

J'arrive enfin à la gare des bus, je monte, je redescends, je demande bien au chauffeur s'il va bien dans le sud de l'ile, m'impatiente, revérifie le numéro du bus, l'horaire de départ sur l'affichage, peste contre la lenteur du temps qui passe, me précipite dans le bus au moment où le chauffeur allume le moteur, me cale dans mon siège et j'attends, encore, que le moteur soit bien chaud et que nous ayons bien attendu tout éventuel retardataire, aucun bien sûr, mais DÉPÊCHE-TOI D'AVANCER CONNARD !!!

Ouf, heureusement ce n'était que dans ma tête. La demi-heure de trajet va être longue. Je suis éreinté, je ne sais pas si je vais pouvoir remarcher un jour. Il est hors de question de dormir, je suis surexcité, je palpite autant que lors de mes ascensions montagnardes. Ah merde, je ne me suis pas étiré, zut !

Arrivé à la gare du sud, il faut encore que j'aille chez elle. En courant tiens, pour changer. A ce rythme là, j'aurais eu plus vite fait d'apprendre à voler.

Je vois sa maison.

Je sonne à la porte.

Je ne sais pas pourquoi j'angoisse, il ne peut rien se passer de mal. Au pire, elle me dit que j'ai sans doute pété un plomb au milieu de tous ces fous.

Elle ouvre la porte, sa  tenue consiste en un pyjama d'une pièce à l'effigie d'un panda.
"_ Hey ! salut Georges ! tu as déjà fini ? wow, tu as fait super vite !

J'ai eu beau chercher, travailler, ressasser, me creuser la tête en quête d'une tirade digne de Cyrano mais encore mieux, je n'ai rien trouvé.

_ Il faut que je te dise un truc. C'est important, avouai-je avec peine.

Putain je stresse à mort, je transpire davantage que tout à l'heure en plein cagnard, il me semble que c'était dans une autre vie tellement ça me semble loin. C'est pire que pour ma soutenance de thèse.

_ Bah, dit-elle surprise. Tu aurais pu m'appeler, dit-elle innocemment.

Oh putain que je suis con !!! mais bien sûr que j'aurais pu l'appeler ! j'étais tellement obnubilé par le fait de lui dire mon discours en face que j'ai occulté cette possibilité. A tel point que je cherchais l'inspiration avec téléphone pendant le trajet en bus. Il est même encore dans ma main gauche. Je le sors de ma poche, le regarde bêtement, elle aussi, je le range.

_ Non, ce sont des choses qui se disent en face.
_ Qu'est-ce qui se passe, tu me fais peur.
_ Moi aussi, je me fais peur.
_ Hein !? je ne comprends rien, ça commence à me stresser. C'est grave ?
_ Je ne sais pas si c'est grave ou pas, mais ça peut avoir un impact profond sur ma vie en tout cas.
_ Qu'est-ce qui se passe, tu as un cancer ?
_ Non.
_ Quoi alors ?
_ Lola. Je n'ai jamais rencontré quelqu'un comme toi, qui me fasse autant me sentir vivant.
_ C'est vrai ? Oh, c'est gentil, merci. Moi aussi j'aime beaucoup ta compagnie.
_ Justement. J'aimerais que ça dure.
_ Ok, je pense qu'on s'entend effectivement super bien et nous allons tout faire pour que notre amitié dure.
_ Non, mais tu le fais exprès ou bien ? nous passons tout notre temps libre ensemble, à rire, manger, lire, regarder des films l'un contre l'autre. Nous ne pouvons pas nous empêcher de nous chambrer et de garder un contact physique ou oculaire en permanence. Je suis venu te voir pour savoir s'il n'y a que moi qui le vois ou si toi aussi.
Je la vois blêmir discrètement et rougir vivement.
_ Voir quoi ?
_ Lola. Nous sommes amoureux. Maintenant que je peux te voir dans les yeux, je le sais.
Elle rougit davantage, cette fois jusqu'à la pointe des oreilles.
_ Mais non...non, ce n'est pas possible enfin. Regarde nous, regarde toi ! un médecin ! moi une infirmière ! non, encore non. Re non. C'est trop cliché.
_ Ton seul contre-argument c'est que ça ferait trop cliché ?
_ Oui enfin non...et puis aussi...tu es mon meilleur pote et...
_ Et ?
_ Et puis non, ça me tombe comme ça, sur le coin de la gueule alors que je n'ai pas demandé à être amoureuse !
_ Ah donc, je n'ai pas rêvé ! c'est bien réciproque !
_ Oui mais non. Il ne faut pas !
_ Je ne comprends pas, tu es amoureuse de moi et moi de toi et pourtant, il ne faudrait pas qu'on soit ensemble ?
_ De base, nous passons tout notre temps ensemble, donc oui, on est ensemble, depuis longtemps, mais non, nous ne sommes pas un couple.
_ Plait-il ?
_ Bah oui, il me font gerber tous ces couples à se donner la béquée à table, à s'habiller pareil, à ...
_ A finir les phrases de l'autre ?
_ Précisément ! voilà pourquoi nous ne sommes pas un couple !
_ Si je résume : nous adorons tous les deux passer du temps l'un avec l'autre, nous pourrions continuer comme ça éternellement, mais on ne sera jamais un couple parce que c'est trop cliché et parce que nous sommes déjà potes ?
_ C'est ça !
_ Mais tu viens d'avouer que tu étais amoureuse et moi aussi.
_ Euh...je crois.
_ Que nous avons toutes les caractéristiques d'un couple mais tu ne veux pas y accoler cette étiquette. Je me trompe ?
_ Non, tu as bien résumé les choses.
_ Qu'est-ce qui te fait peur dans ce mot "couple" ?
_ Je n'ai pas envie d'être le même genre de couple que j'étais précédemment avec mon ex-mari. Je n'ai pas envie de ressembler aux autres couples qui me débectent. J'ai peur que ça foire entre nous, j'ai peur que nous ne nous supportions plus et que nous restions ensemble par obligation.
_ Ok, alors essayes-moi !
_ Pardon ?
_ Je te propose une période d'essai, sans obligation d'achat. Tu vois si je te convenir en tant que...je ne sais quoi utiliser comme mot sans faire référence à "couple". Partenaire ? non. Compagnon ? non. Euh...
_ Truc. Tu seras mon truc. Voilà. Je t'essayes en tant que truc pour voir si tu me conviens et si ça ne marche pas, nous pouvons revenir à l'état antérieur, sans faire de mal à personne, sans contrainte.
_ Ça ne risque pas gâcher notre amitié ?
_ Je pense que nous somme suffisamment intelligents pour que ça n'arrive pas. Non ?
_ Tu es trop précieuse pour moi pour faire quoi que ce soit qui pourrait nuire à notre complicité. Les termes du contrat me satisfont.
_ Ok, alors ce que je te propose, c'est que tu rentres, hein, que tu t'asseyes, que nous prenions une bière et puis qu'on voit ensemble jusqu'où nous pouvons aller sans être un couple. Ça te convient ?
_ Parfaitement. Il n'y a qu'avec toi que j'ai envie d'être ensemble sans être en couple.
_ Allez entre, mais d'abord ...
_ Oui ?
_ D'abord une bonne douche, parce que je ne veux pas de vexer, hein, j'adore le Roi Lion, mais là, franchement, tu sens le phacochère."




The End









Il y a maintenant 7 ans, j'ai commencé ce blog par le mot "yaourt", je suis très fier de le finir par "phacochère".

Le point sur le yaourt :
Après dégustation du blog à zéro pourcents, que puis-je dire ?
La personne qui a inspiré 95% du personnage de Lola est devenu ma femme. J'ai gagné notre pari. J'ai réussi à la faire vomir en premier : nous avons de beaux enfants et je la remercie chaque jour de partager ma vie.

Le point sur le phacochère :
La personne qui a inspiré 95% du personnage de Georges est votre narrateur. J'ai bien ouvert un cabinet libéral et j'en suis très heureux.
Je n'ai pas relaté 95% des choses qui nous sont arrivées depuis, la réalité est parfois trop incroyable pour être racontée de façon crédible.

La scène de fin de "Some like it hot", en VO, c'est mieux, ici : https://www.youtube.com/watch?v=qWS2NVX6VP0 et en français : https://www.youtube.com/watch?v=eyZEuL4anQI

Il y aurait encore tellement de choses à relater, mais bon, personne n'est parfait. A bientôt chers lecteurs.

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