dimanche 19 février 2012

Thèse 7


Previously on "Thèse" : episodes 1, 2, 3, 4, 5 and 6.

(bah dis donc ! ça commence à en faire des épisodes !)
Je n'en suis encore qu'au recueil de données, il reste encore les statistiques, l'analyse des résultats, la rédaction, l'impression, la soutenance, et ce qui se passe après la soutenance. Sans compter les histoires extra-ordinaires qui me sont arrivées entretemps. 

J'ai tellement de choses à vous raconter, si vous saviez... C'est bien pour moi d'avoir cette trame, ce fil conducteur de la thèse, pour vous amener avec moi vers la conclusion de cette histoire (qui n'est pas terminée à l'heure actuelle). Mais revenons à nos moutons électroniques (un cadeau pour celui qui comprend la référence).



Il y a certains moments dans l'internat où, malgré le désir presque viscéral de venir en aide aux malades, de les soulager, éventuellement de les sauver et de les guérir, il arrive par moment que j'ai envie de buter l'humanité toute entière. 

Alors ça commence doucement par quelques contrariétés, puis ça s'enchaine avec d'autres frustrations, des rancœurs et au bout de quelque temps, ça finit en dégout profond pour tout ce qui a deux jambes, un cœur et un cerveau. 

D'abord Pr A qui me rajoute 380 dossiers. Je lis un dossier qui me rappelle bizarrement un dossier précédent. C'est bizarre. Je compare les deux : identiques. Même les 2 patientes ont le même prénom...attends...et oui. Évidemment. C'est bien la même patiente. Le premier dossier avec son nom d'épouse, le deuxième avec son nom de jeune fille. L'informatique ça aide, mais c'est parfois désarmant de logique implacable. Et surtout, je me pose la question : combien ai-je de doublons comme ça dans ma base données ? ça me donne des frissons dans le dos.

Dans ces moments là, je commence à écouter Radiohead, histoire de s'enfoncer doucement dans la déprime sans se l'avouer et je ressors "l'insoutenable légèreté de l'être" de Milan Kundera. 

Après ça, les patients. Dans la même semaine, j'ai croisé une diabétique qui ne voulait pas d'insuline, mais alors pas du tout, jamais, et c'est même pas la peine d'insister docteur. Suivie d'un psychotique qui ne voulait pas plus prendre son traitement. 
"Mais c'est pas grave docteur. Il ne faut pas avoir peur des extra-terrestres, ils sont gentils avec moi. Ils me guérissent de ma maladie par la pensée et vos médicaments me coupent de leur contact. Et dès que je serai mort, je monterai dans leur soucoupe avec eux."

Dans ces cas là, j'imagine de laisser sortir tous mes patients, de les laisser gambader dans un parc et de devenir médecin-sniper, avec un fusil longue portée et une lunette de visée. Avec mes petites aiguilles hypodermiques à pompons rose fluo pour l'insuline et jaune fluo pour les neuroleptiques, je leur viserais le cou et je leur administrerais leur traitement quotidiennement, sans demander leur avis et en me faisant plaisir en même temps. 

Dans ces cas là, je ressors le "black album" de Metallica et je lis "la nuit des temps" de Réné Barjavel.

Pour ne pas sombrer définitivement et pour pas qu'il me pousse des envies d'acheter un fauteuil noir pivotant avec un chat blanc sur l'accoudoir (comme les méchants docteurs de cinéma) je me sors les doigts du ... de la poche de pantalon et j'appelle une amie : 

"Milène, faut qu'on se voit. 
_ Ok, j'arrive. 
...
_ Qu'est-ce qui se passe ? 
_ Il y a tout qui me soule en ce moment, c'est la cata : la thèse n'avance pas, elle recule. Les patients me font chier et mon chef me sort par les trous de nez. Je fais quoi ? 
_ Changes toi les idées, sors, va au cinéma...je sais pas, mais rencontre des gens. 
_ T'as raison, il y a une soirée internat vendredi. 
_ Voilà ! bonne idée."

Je m'arme de ma plus belle parure et mon sourire ravageur. J'ai laissé tomber le jean moulant contre un pantalon plus ample aux entournures sans pour autant altérer mon trait de caractère le plus convexe. J'arrive à l'internat et qui vois-je ? 
Liselotte en train de danser sublimement. On dirait un ange possédée par le démon de la luxure. Elle me voit, se dirige vers moi, m'enserre de ses bras et commence à onduler verticalement. Je l'accompagne, d'abord doucement, puis fermement. Je la retourne contre moi, son dos contre mon ventre, lui caresse la taille en remontant doucement, respirant son parfum...quand elle dit : 

"Ah, il faut que je te présente mon mec."

Là, subitement, je n'ai plus du tout de problème de taille de pantalon. Elle me prend la main et nous nous dirigeons vers l'extérieur. Elle tapote l'épaule d'un interne, qui se retourne. C'est Clément. LE "chirurgien" archétypal. Celui qui m'avait foutu des cornes d'auroch (hop, une autre référence, qui va trouver ?) deux années auparavant (cf ici).

Nous nous serrons la main, très fort et très longtemps, avec un grand sourire hypocrite mutuel, chacun ne sachant pas ce que l'autre sait mais ne voulant pas courir le risque de se dévoiler. On échange des politesses et Liselotte retourne danser avec lui, à faire baver d'envie n'importe quel être humain, homme ou femme. Le pire, c'est qu'ils sont beaux tous les deux, ensemble.

Alors là, j'écoute "Rage against the Machine" en boucle et je lis "la guerre des mondes" où l'Angleterre se fait raser en moins de 3 jours. Bien fait pour leurs sales gueules à tous ces humains !!!

Maintenant que je suis bien au fond du trou, il est temps de rebondir. 

Je m'achète des chaussures de course et un capteur à brancher sur mon lecteur mp3. Comme ça j'ai de la musique et en même temps ma vitesse, la distance parcourue et le temps de course. 

Je m'attaque à mon tableur : j'élimine tous les doublons (un peu plus de 50) et les dossiers qui n'ont rien à foutre là (environ 80). Il me reste encore 200 dossiers à lire, les stats, la rédaction et tout le reste à faire pour la fin de mon internat qui arrive dans...4 mois. Je prends rendez-vous avec Pr A. : 

"_ Professeur, faut qu'on parle. Il est impossible que je finisse ma thèse pour octobre, même décembre, c'est illusoire. Alors voilà ce que je vous propose : je finis le recueil de données en octobre et à partir de novembre on voit ensemble pour les stats, en janvier ou février on analyse les résultats, en mars/avril je commence la rédaction, on corrige, en septembre la thèse est bouclée, imprimée et en novembre je la soutiens. 
_ Ça me semble envisageable. Ok. 
_ Est-ce que vous avez un statisticien à me conseiller. 
_ Alors, oui, je pourrais t'orienter vers un statisticien. Mais ça serait une perte de temps. 
_ Pourquoi ?
_ Et bien, parce qu'il ne travaille pas gratuitement, il faut le rémunérer et le service n'a plus d'argent pour payer un statisticien. 
_ Bon, ok. Est-ce que vous avez un logiciel de statistiques à me conseiller, je me débrouillerai et j'apprendrai sur le tas. 
_ Alors, oui, j'ai bien un logiciel de statistiques mais la licence a expiré le mois dernier. Je ne peux pas te le filer. 
_ Donc vous n'avez rien à me proposer. 
_ Je pourrais bien te proposer le poste de chef de clinique en novembre mais il faut être thésé pour ça. Sinon, on te prend comme Faisant Fonction d'Assistant. 
_ Ah ? et c'est mieux payé qu'interne ? 
_ Non, moins bien, et le travail est plus intense. 
_ Non merci alors. On se voit en janvier avec ma base de données remplie. 
_ Attends ! j'ai d'autres patients à inclure. 
_ Non merci. Il y aura toujours des patients à rajouter. Je finis les 500 que vous m'avez donnés et on verra en janvier. Au revoir Professeur."

Je quitte le bureau jaune avec un petit sentiment de victoire : c'est moi qui mène la danse désormais. 

Peu de temps après cet entretient, je vois se profiler l'année sabbatique : pas de boulot rémunéré et une thèse à taper. J'appelle différentes cliniques : 
"Vous ne chercheriez pas par hasard un spécialiste remplaçant ?
_ Ah si ! bien sûr ! dès la première semaine de novembre. Payé 1000 euros. 
_ Par mois ? 
_ Non, par semaine."

Je recommence à retrouver le sourire. Ça sera la meilleure année de ma vie, mais c'est une autre histoire. To be continued...

La suite ici. Et .

6 commentaires:

  1. La référence... à Philippe K. Dick? :P

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    1. Philip, d'ailleurs, oups :P

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    2. Bravo ! bien trouvé ! et la deuxième référence ?

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  2. Bien aimé le soin à coups de fusil pour fléchettes hypodermiques. Une envie de devenir véto?
    Pour la seconde référence, je dirais Brassens non?
    En tout cas j'ai hate de lire la suite

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    1. Oui, j'ai fait un stage de 24h chez un copain vétérinaire, c'était génial ! (j'en parlerai une autre fois)
      et oui, la deuxième référence est de Brassens (mais Jaddo avait trouvé avant)

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    2. Mince, Jaddo est passée avant moi :( . Elle est trop forte. Par contre j'attends maintenant et thèse 8 et l'article sur ton stage en véto!!!

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