dimanche 15 janvier 2012

L'odeur des hôpitaux et la confiture de coings

Suite à un conversation avec DocMamz que je remercie au passage :

Dans mon esprit, la diarrhée et la confiture sont les deux faces d'une même pièce. Je m'explique : 

Tous mes amis non-médecins me l'ont dit un jour ou l'autre : comment fais-tu pour supporter l'odeur des hôpitaux ?

Après une très longue période passée à hanter les murs des établissements de santé, j'avais oublié mais c'est vrai : les hôpitaux ont une odeur, et même chacun possède la sienne. Je ne comprenais pas que les gens n'aiment pas l'odeur des hôpitaux parce que moi, j'aimais bien : c'est l'odeur de l'endroit où je me sens utile !
J'aimais particulièrement l'odeur des urgences : un mélange de sang, de plâtre et de Bétadine. Je ne comprenais pas les patients qui disaient : "j'aime pas les hôpitaux". Alors j'ai essayé de me rappeler, c'était comment avant ?

Avant médecine, est-ce que j'ai fréquenté les hôpitaux ? pas beaucoup : une fracture, un décès, une naissance. La vie, quoi. Mais si je me remet dans la tête de l'enfant de 4 ou 5 ans que j'étais, je me rappelle de ce mélange de javel et d'inconnu. On entre par des portes automatiques dans une espèce de grosse machine étrange dont on ne connaît pas les rouages, ni le fonctionnement, ni à quoi ça sert.

Je comprenais juste que c'était une machine à gens : certains y entrent et n'en sortent jamais (le décès de ma grand-mère) et d'autre en sortent sans jamais y être entrés (la naissance de mon frère). L'odeur de cette machine était un peu oppressante parce qu'inaccessible et mystérieuse. Alors c'est ça l'odeur des hôpitaux pour les non-médicaux : l'incertitude et l'angoisse avec un soupçon de douleur et de larmes. 

Si je fais vraiment un effort de mémoire, lors de mon tout premier stage infirmier (cf ici), je percevais encore cette odeur mais très vite, les impressions qui y étaient associées se sont muées en plaisir.

Encore un exemple, quand j'étais enfant, j'aimais pas l'automne : la fin des vacances, la rentrée des classes, le froid qui arrive...Mais à cette période, mon père faisait le tour de la région pour récupérer des coings. Dans la cave, toute la famille, on épluchait ces fruits jaunes, informes, durs, velus (ou plutôt duveteux) et c'était vraiment pas facile à éplucher. Et en plus on ne peut même pas grignoter : crus, c'est infect, amer, grumeleux et ça colle aux doigts. 

Une fois qu'on avait tout épluché, on mettait tout dans une marmite avec du sucre et il fallait remuer longtemps, longtemps avec la plus grande spatule que j'ai jamais vu. Mon père touillait patiemment dans le froid de la cave et je ne comprenais pas comment il pouvait aimer faire ça. Et puis, au bout d'un certain temps, depuis la cave s'élevait un petit filet, un peu doux, sentant à la fois la pomme, la feuille morte et le caramel mais avec son parfum particulier : l'odeur de la confiture de coings.

Cette odeur m'a réconcilié à jamais avec l'automne. J'aime cette odeur plus que tout au monde. J'aimerais qu'il existe des bouteilles magiques, vides, transparentes avec une étiquette dessus. On soulèverait le couvercle et une odeur s'en échapperait pour nous rappeler instantanément tous les souvenirs associés.

OK, l’hôpital sent aussi les larmes, la merde, la pisse et le vomi. Un peu. Ce qui fait les souvenirs associés au parfum d'hôpital sont mitigés. Mais ça a été ma maison pendant 10 ans et j'y ai vécu du bon comme du mauvais. Mais tout ce que j'y ai vécu de pénible a été supporté parce qu'en rentrant chez moi, je m'ouvrais un pot de confiture de coings.

2 commentaires:

  1. Le petit bocal à enfermer les odeurs, ça fait longtemps que j'en rêve! Capturer l'odeur de la châtaigne grillée, de la lavande d'été, du gâteau qui sort du four...

    RépondreSupprimer
  2. comme vous j'ai le vague souvenir de l'odeur de l'hôpital avant d'y rentrer comme étudiant en médecine. j'ai l'impression que dès que j'ai été externe je n'ai plus réussi à sentir cette odeur si particulière . Pour ce qui est de la gelée de coings c'est tout un art : nous en avions fait une petite quantité : un délice nous avons recommencé en doublant les proportions : raté ...pas bien compris pourquoi

    RépondreSupprimer