samedi 31 décembre 2011

Les "chirurgiens" 2

Bon ok, tous les chirurgiens n'incarnent pas le stéréotype de "chirurgiens". D'ailleurs, les personnes les plus humaines que j'ai rencontré étaient deux chirurgiens, admirables. Ils avaient toutes les qualités qu'on pouvait espérer chez un médecin, un vrai.

J'étaits en première 4° année, celle où je voulais abandonner. Mon premier stage, en pédiatrie m'avait apporté plus de confusion que de réconfort dans la profession vers laquelle je m'engageais. Arrive le deuxième stage : chirurgie cancérologique.

Déjà, ça partait mal. La personne qui nous a reçu nous a dit de venir à 8h30 mais que le bloc commençait à 7h30. Vous voulez pas nous voir pendant 1h ? je ne comprenais pas. En plus, il n'avaient besoin que de 2 externes par matinée, plus un 3° externe de secours au cas où l'un serait malade. On était une armée d'externes, 12 ou 14, à se répartir 3 par matin. Ce qui fait que tout le monde a eu beaucoup de vacances pendant ce stage.
Et les "chirurgiens" nous disaient : "Vous venez ou vous ne venez pas, c'est pareil. Nous on a juste besoin de 2 personnes le matin pour tenir les écarteurs". Ça encourage vachement à coopérer.

J'ai assisté la première semaine à des reconstruction mammaires, les internes disaient que ça rapportait beaucoup d'argent. J'ai vu des chirurgies du désespoir de cancers très étendu chez des patients pour qu'on opérait pour dire qu'on faisait quelque chose et pas rien. J'ai entendu toutes les vannes entre anesthésistes et chirurgiens. J'ai surtout rencontré des chirurgiens exécrables de caractère (pas de compétence quand même). C'est à partir de là que mon dégout des "chirurgiens" est né.

Par chance, je suis tombé sur deux personnes extraordinaires, 2 chirurgiens que j'ai suivi à tour de rôle.  On a opéré une patiente qui avait un cancer du sein. Il m'a tout expliqué : comment on lui avait diagnostiqué, ce que son médecin lui avait dit, qui l'avait fait paniquer forcément, lui qui la reçoit en consultation 3 mois plus tard effondrée, la rassure, lui explique comment ça va se passer et la suite. Tout ça pendant qu'il opérait et moi qui tenait les bords de l'ouverture.
Il m'expliquait ce qu'il était en train de faire pour que je comprenne que le petit truc jaune clair au milieu de l'amas jaune foncé, c'était un vaisseau lymphatique, le petit truc bleu-un-peu-jaune une veine, le petit truc jaune-un-peu-gris un nerf. Ça ne ressemble pas du tout aux cahiers d'anatomie de première année, mais soudain, sous son regard, ça prend du sens, du corps, ça devient réel, concret.

Je l'ai suivi pendant 1 semaine entière, de 7h30 jusqu'à 14h pour qu'il me raconte un maximum de choses. C'était passionnant, alors que j'avais horreur de la chirurgie, je commençais même à aimer ça. Il m'a parlé de sa formation, celle d'un chirurgien généraliste (je ne pensais pas qu'on pouvait coller les 2 mots ensemble), que les personnes qui lui avait enseigné leur savoir étaient des mecs qui savaient tout opérer.
"Maintenant, les chirurgiens sont spécialisés, ce qui est mieux pour leur savoir faire, leur expertise, il y a moins d'erreurs mais on ne considère plus le patient dans son ensemble. A cause de ce fractionnement, on ne prend plus la personne humaine que comme un bout de viande et c'est préjudiciable. Autant pour le patient que pour soi même ! Comment veux-tu avoir une certaine estime de toi si tu te vois comme un tas de bidoche ! C'est pour ça, sans doute que beaucoup de chirurgiens se prennent pour des dieux, ils veulent sublimer la matière. Ils se considèrent comme des esprits au delà de la chair. Pour ne pas affronter la réalité, leur vision des choses. "

J'ai continué à le suivre, lui et son collègue, hors du bloc. Je veux dire en consultation. Ils m'ont appris à entendre la détresse des gens, leurs angoisse et surtout leur ignorance par rapport à des mots barbares tels que ACR2, spiculé, micro-calcifications...j'en passe et des pires.

"Bonjour Madame et Monsieur. Que puis-je faire pour vous ?
_ C'est mon médecin traitant qui m'a dit de venir. Voilà : ma cousine est morte d'un cancer du sein l'année dernière, j'étais très inquiète alors j'ai demandé à refaire une mammographie. Alors je suis venu vous voir avec les résultats parce que mon médecin généraliste est inquiet.
_ Voyons voir ça...mmm...Je comprends qu'il soit inquiet : le compte-rendu du radiologue n'est pas clair. Mais les images ne sont pas alarmantes.
_ Ça va dire que je n'ai pas de cancer ?
_ Les images sont rassurantes mais c'est vrai qu'il subsiste un doute, c'est ce que le radiologue dit dans son compte-rendu et c'est pour ça que votre médecin traitant est inquiet. Il a peur que vous ayez un cancer du sein.
_ Ah d'accord.
_ Maintenant, moi, les doutes, je n'aime pas en avoir, je ne sais pas pour vous, mais moi, on me dirait que j'ai une boule douteuse dans le sein, j'aimerais savoir ce que c'est.
_ Oui, moi aussi, dit-elle en souriant.
_ Maintenant pour être sûr, il y a 2 choses à faire : d'abord je vais vous examiner et après, dans quelque temps, on va faire une biopsie, c'est à dire que sous anesthésie locale, on va plonger une petite aiguille dans la boule de votre sein, on va en extraire une petite partie et on va l'analyser.
_ Mais vous pensez que c'est grave ?
_ Je ne peux rien dire avec certitude tant que je n'ai pas les résultats. Honnêtement, il y a de fortes chances pour que ce soit bénin, mais il reste un doute, je ne veux pas avoir de doute. Vous non plus je suppose.
_ Non, moi non plus, dit-elle en souriant encore.
_ Avec les résultats de la biopsie on sera fixé : si c'est bénin, tant mieux, vous rentrez chez vous et vous continuez vos mammographies. Si c'est un cancer, ça veut dire qu'on s'en est occupé tôt et on sera le mieux placé pour vous donner le meilleur traitement. D'accord ? est-ce que vous avez des questions ?
_ Non, Docteur, c'était très clair, merci. "

Il l'a examiné et pris rendez-vous pour la biopsie. Il avait réussi un tour de force : il a annoncé à la patiente qu'elle avait "peut-être" un cancer, elle lui a souris, 2 fois et lui a dit merci. Je n'en revenais pas. Nous avons analysé ensemble les images, il m'a dit les arguments en faveur de bénignité, ceux en défaveur, qu'à ce stade on ne pouvait encore rien dire et que ça ne servait à rien de faire paniquer la patiente.

"Le plus difficile, c'est d'être à la fois honnête et rassurant. Il ne faut pas mentir au patient soit disant pour leur bien. Ils sont capables de comprendre."

La patiente suivante par contre, vu les images, il n'y avait pas de doute. Il a pris le temps, nous avons passé presque 45mn avec elle et son époux à répondre à leurs questions. Il a su choisir les mots pour qu'ils ne soient pas complètement effondrés mais qu'il puissent saisir le problème dans toute sa réalité. Pas facile, pénible, pas drôle du tout.

"Certaines études de cancérologie montrent qu'un patient optimiste a de meilleurs chances de survie après cancer du sein. Nous n'avons pas le droit de les priver d'espoir. Même si concrètement, c'est mal engagé."

La patiente suivante, plutôt jeune, il l'avait opéré l'année dernière, un cancer du sein relativement étendu, elle venait pour une visite de contrôle. Elle avait un sein en moins, une cicatrice à la place, elle avait les cheveux courts mais elle était bronzée et souriante. Le chirurgien m'avait expliqué tout son dossier avant qu'elle ne rentre.

"Bonjour Docteur, je viens pour la visite de contrôle. Vous vous rappelez de moi ?
_ Bien sûr que je me rappelle. Comment allez-vous ?
_ Très bien, j'ai pris quelque vacances avec mon mari.
_ Je vois ça. Tant mieux, vous avez bonne mine.
_ Merci. Je viens vous voir surtout parce que l'année dernière vous disiez que si tout allait bien, on pourrait envisager une reconstruction mammaire l'année suivante. Et voilà, l'année est passée et tous les examens sont bons. J'aimerais me sentir à nouveau entière."

Depuis, j'ai de l'admiration pour les chirurgiens, ceux qui sont encore humains et médecins, ceux qui savent lire et parler, des soignants.


P.S. : pour ceux qui veulent se faire une idée sur l'optimisme et le pronostic des cancers. Voilà le pour :
http://www.ncbi.nlm.nih.gov/pmc/articles/PMC2661422/?tool=pubmed

et voilà le contre :
http://onlinelibrary.wiley.com/doi/10.1002/cncr.24671/abstract

vendredi 30 décembre 2011

Les "chirurgiens"

Je n'ai absolument rien contre cette catégorie professionnelle. Non, ceux contre qui j'ai une dent de la taille d'une défense de mammouth, ce sont les individus qui incarnent parfaitement le stéréotype. Vous voyez ? le col relevé, le regard de James Bond et le tonitruant "Bougez pas, j'arrive, je suis chirurgien" quand ils entrent dans une pièce, comme s'ils sauvaient des vies à tour de bras tous les jours (ce qui n'est quand même pas souvent le cas, faut le reconnaître). C'est ce genre d'individus que je regroupe sous l'archétype "chirurgien" (notez bien les guillemets).

Pourquoi je ne les aime pas ? attention ! j'ai certains de mes plus proches ami(e)s qui sont chirurgiens. Ceux que je ne peux pas blairer, ceux qui ne sont pas mes amis, ce sont ceux avec qui il est impossible de travailler. Je relate :

C'était au CHU. Oui parce qu'au CHU il y un phénomène d'émulation entre "chirurgiens" : ils ont tous la grosse tête alors forcément, il y a de la concurrence. Leur jeu préféré c'est de montrer celui qui aura la plus grosse (au sens pas tout à fait figuré). J'étais dans mon service à traîner mes chaînes et mon boulot jusqu'à me rendre compte que le boulet, c'était moi-même, mais nous y reviendrons.

Mon patient, M. Camembert, avait 2 infections, une sur chaque gros orteil de chaque pied. Une à gauche et une à droite (je précise, ça aura son importance plus tard). Celle de gauche avait touché l'os, elle était super profonde et donc potentiellement grave. Celle de droite, c'était une grosse poche de pus bien moche et qui sent le fromage, superficielle, pas très grave.

La première, on n'arrivait pas à récupérer de bactéries dans les prélèvements. La deuxième, il n'y avait qu'à se baisser et appuyer sur l'orteil tout rouge pour en recueillir. La première (celle de gauche je le répète) ne pouvait être traitée que par amputation de l'orteil. La deuxième (celle de droite, vous devez commencez à voir où je veux en venir) nécessitait juste des antibiotiques (à condition de ne pas se tromper) et des soins locaux.

Pour savoir quel antibiotique mettre, nous avons eu droit à un cours de sémiologie olfactive par le Professeur :
"Vous sentez ? si ça sent le fromage, c'est un germe de la peau, donc sensible à tel spectre d'antibiotiques. Si ça sent les ordures, c'est un germe anaérobie, donc d'autres types d'antibiotiques. Mais là, pour le cas du patient ici présent, ça sent plutôt la merde. C'est donc un Escherichia coli".

Bon, dans le cas du patient, c'était pas aussi simple parce qu'il avait 2 pieds, 2 infections, donc potentiellement 2 germes différents (parce qu'en vrai, dans sa chambre, ça sentait le fromage, les ordures et la merde). Il ne nous restait donc qu'une seule solution : amputer l'orteil et l'envoyer en bactériologie pour analyse.

J'ai donc rédigé un courrier avec toutes les informations du patient, ses antécédents, ses traitements, le fait qu'on soit embêté avec ses 2 pieds, tout ça, tous les détails, avec à la fin, s'il vous plaît, en gras souligné, d'envoyer l'orteil GAUCHE (pas le droit, hein ? le gauche) en bactériologie. Et surtout, pas besoin d'opérer le pied droit. J'ai même noté mon numéro sur le courrier pour qu'on m'appelle si soucis.

Ce que je ne savais pas, c'est que les "chirurgiens", eux, ils ne savent plus lire ! Mon patient est revenu 3 jours plus tard, sans son orteil droit. J'étais furax. Évidemment, je me suis fait engueuler par le Professeur Saint-Nectaire disant que j'étais responsable mais je lui ai répondu que non, que j'avais fait un courrier détaillé, que je l'avais même photocopié et mis dans son dossier.
"Et tu l'as appelé le chirurgien avant qu'il opère ton patient ?
_ Euh...non.
_ Et voilà. Donc, oui, c'est TOI qui est responsable. TU vas rappeler le chirurgien en lui disant que TU avais fait une erreur et qu'il faut lui amputer d'URGENCE son autre orteil.
_ Oui mais leur service est complet et ils n'ont plus de place pour les 10 prochains jours, arguais-je tout penaud. 
_ Tu te démerdes."

J'ai du aussi expliquer au patient pourquoi on lui avait enlevé un orteil qu'on ne devait pas lui enlever. Super top crédibilité. Il a insisté pour que ce soit un autre chirurgien qui l'opère (ça peut se comprendre).

J'ai donc retéléphoné dans le service pour avoir une place dès que possible, le cadre de santé de chirurgie me dit pour lundi 13. Ok, je rappelle le chirurgien, un autre, je lui explique tout, il a compris, je vérifie qu'il ait bien compris :
"Bah oui, quand même je suis pas con". Je me retiens de lui faire part de mes doutes. Je refais un courrier mais cette fois-ci de 5 lignes avec écrit en majuscules rouges et passées au fluo : ENVOYER L'ORTEIL GAUCHE EN BACTÉRIO.

J'adresse le patient le lundi à 9h pour qu'il soit opéré dans l'après-midi, tout va bien. Je peux souffler et sourire.

A 10h je reçoit un coup de fil du chirurgien :
"Qui est le con qui envoie les patients quand il n'y a pas de place ?!?!?!
_ Je m'excuse mais votre cadre m'a dis que pour lundi 13 il y avait une place réservée pour le patient.
_ Regardes ton calendrier ducon ! c'est lundi 12 ou mardi 13. Y a pas de lundi 13."

Le patient est revenu dans le service à 11h, il était encore plus perdu que la première fois, on ne lui avait rien expliqué en chirurgien. Je suis allé m'excuser auprès de lui, lui dire que cette fois, c'est moi qui avait fait une boulette. Bizarrement, il ne m'a pas engueulé, il a compris que je me démenais pour lui depuis le début et que c'était pas facile.

Le lendemain il a été re-transféré (pour la 3° fois en une semaine) et opéré. J'ai appelé la bactério. Ils n'ont jamais reçu son orteil...

mercredi 28 décembre 2011

les lendemains de garde difficiles

C'était en stage de CHU, celui où n'avait pas trop trop le droit de prendre nos repos sinon on foutait la misère à sa co-interne préférée et ça, je ne voulais pas. Donc, j'ai commencé la journée à 8h, grosse journée et j'ai enchaîné à 18h30 sur la garde d'étage avec le téléphone dans la poche de la blouse.

A 20h, pendant la contre-visite (oui, les chefs de cliniques aussi avaient une vie de merde), le téléphone sonne :
"C'est la gastro, c'est pour vous dire que l'interne s'en va.
_ Il a bien de la chance.
_ Oui, non mais c'est surtout pour vous dire qu'il attend un résultat.
_ Il ne peut pas rester pour l'attendre ?
_ Bah c'est surtout qu'il l'attend depuis 14h son résultat.
_ Mouais. Mais il ne pouvait pas m'appeler pour m'expliquer ou au moins venir m'en parler ?"

Juste à ce moment, je vois débarquer l'interne de gastro, on interrompt la CV (contre-visite, suivez un peu) pour qu'il m'explique le cas.
"Oui, effectivement, une kaliémie à 6, il vaut la recontrôler, ça vaut mieux. ECG normal ?
_ Oui, ECG normal.
_ T'as pas appelé le labo pour avoir le résultat directement ?
_ Ça répondait pas ou ça sonnait occupé.
_ Comme d'hab. On réessaye, on tombera sûrement sur l'interne de garde au labo."

Effectivement, nous avons eu l'interne du labo qui nous a donné le résultat par téléphone. Nous finissons la CV et là, ça n'a pas arrêté.

Le téléphone a sonné toute la nuit, toutes les 30mn. A peine avais-je le temps de gérer un truc qu'on m'appelait pour autre chose. J'ai mangé à 1h du matin. Pendant le repas, l'infirmière de nuit de gastro me rappelle :
"C'est pour vous donner le résultat de kaliémie de Mme Pruneau.
_ Oui je l'ai déjà, c'est normal." (avec 12h de retard mais passons).

J'arrive enfin à calmer le téléphone pendant 1h d'affilée et je vais dans la chambre de garde à 4h du matin. Si vous ne connaissez pas les chambres de garde, imaginez le pire hôtel où vous ayez dormi, Afrique comprise : il y a des toiles d'araignées aux coins et pas que les coins du plafond, les coins du sol aussi. Le chauffage est ... extrême : soit il y en a et il faut 38° dans la chambre, soit il n'y en a pas et il faut pareil que dehors. En plus, c'est souvent situé à côté du chauffage central de l'hôpital, avec ses turbines, ventilateurs, appareils divers et variés qui font du bruit, toute la nuit forcément.

C'est toujours au fond d'une cave ou au dernier étage, au bout d'un couloir peu éclairé, genre "the Shining" sauf que les internes ne se déplacent pas en tricycle (ça pourrait être sympa). Le lit est un ancien lit de patient qu'ils ont trop honte de garder parce que quand même ça serait pas correct, mais il faut le garder quand même pour faire des économies alors on le met dans la chambre de garde. De toute manière, les internes de nuit ne dorment pas (c'est pas complètement faux).

A 4h15 du matin, j'enlève ma blouse, j'hésite à enlever mes vêtements au cas où on m'appellerai, mais bon, j'ai bien bossé, non stop, je mérite un petit somme. Alors je m'installe tout nu sous les draps (je rappelle qu'il fait une chaleur tropicale en plein hiver) et 15 minute après que j'ai posé ma tête sur l'oreiller, le téléphone sonne :
"C'est pour vous dire que Mme Findevie est décédée en neuro.
_ Ah mince. C'est une surprise ou c'était attendu ?
_ Non, c'était attendu.
_ Bon, donc les papiers sont rédigés, je n'ai plus qu'à les signer.
_ Ah non, rien n'est prêt, il faudra tout faire et appeler la famille. Ah oui ! il faudra retirer son pacemaker aussi."

Je raccroche et je monte en neuro. Il y a plusieurs choses que je ne comprend pas : pourquoi est-ce que la signature du certificat de décès est une urgence qui nécessite sa réalisation dans le quart d'heure ? Pourquoi devrais-je appeler la famille, la réveiller à 5h du matin pour leur annoncer une mauvaise nouvelle ? En plus, je ne connais pas du tout la patiente, je réponds quoi si on me demande de quoi elle est morte ? de vieillesse ?

Je pose toutes ces questions à l'infirmière :
"_ Je ne sais pas mais on a toujours fait comme ça ici.
_ Ok, mais le pacemaker, il faut l'enlever d'accord mais ça peut pas attendre demain ?
_ Bah non ! si l'interne passe une demi-heure à l'enlever, il sera en retard pour faire son boulot dans le service. Et puis, si la famille arrive, on va pas les faire patienter en dehors de la chambre le temps qu'on lui enlève son pacemaker."

Là, elle marque un point. J'ouvre le dossier de la patiente pour savoir de quoi elle est morte. L'observation est rédigée par un externe de 4° année, un bébé doc, comme moi il y a encore quelque temps : autant dire qu'il y a tout et n'importe quoi dans l'observation mais pas ce qui m'intéresse. Elle a tellement d'antécédents que je peux juste dire qu'elle n'est pas décédée de la typhoïde (et encore...).
Je ne sais pas pourquoi elle a été hospitalisée et je ne sais pas ce qui a été décidé et fait depuis qu'elle est entrée. Je ne sais encore moins ce qui a été dit à la famille.

Heureusement, dans le dossier infirmier, il y avait un peu plus d'infos. Je vais voir la patiente dans sa chambre, je confirme le décès (non, elle ne fait pas semblant pour déconner) et je me prépare à enlever le pacemaker. J'enfile mes gants et avant de commencer l'incision, j'ai la tête à 20cm de son visage et je ne me penser qu'à une seule chose : elle sourit. Elle est jolie, comme si elle dormait paisiblement.

J'appelle la famille :
"Excusez-moi de vous réveiller, je suis l'interne de nuit de l'hôpital Machin, vous vouliez être tenu au courant de l'état de santé de Mme Findevie. Vous êtes ?
_ Son fils, je vous écoute. Elle est morte c'est ça ?
_ Oui, je suis monté la voir à 5h du matin, elle était décédée. Elle n'a pas souffert.
_ Bon, merci docteur".

J'ai pas l'impression de le mériter ce "merci docteur". D'une part parce que je ne suis pas encore Docteur, je ne suis qu'interne et la thèse c'est pas gagné (j'en parlerai plus tard). D'autre part parce que je n'ai rien fait pour la dame, rien. J'ai même refait du travail qui avait déjà été fait pour que ça ne serve à rien. Le seul truc d'utile c'était d'avoir vu son visage tranquille pour pouvoir dire avec assurance que son départ s'est passé sans douleur.

Impossible de me rendormir, j'ai commencé mon tour dans le service à 7h du matin et je me suis avancé autant que possible. J'ai réussi à finir tout mon boulot à 14h et comme je n'avais pas d'entrée de prévue cet après-midi (4 la veille quand même, ça devrait suffire) je me suis évaporé du service. Je venais d'enchaîner 30 heures de boulot d'affilée, en ayant dormi 15 minutes, pour être payé le mois prochain 120 euros bruts, soit 4 euros de l'heure, moitié moins que le SMIC. Si c'est pas de l'esclavage, c'est quoi ?

Je ne pensais qu'à une chose : mon lit. Ça m'a fait me souvenir qu'il ne me restait que des vieux draps moches et qu'au bout d'un moment il faudrait peut-être en changer, même s'il n'y avait personne pour les partager ses draps. Je me suis rendu dans un magasin de literie, avec autant de vivacité qu'un zombie, j'ai pris le premier ensemble que j'ai vu pas trop moche, j'ai réglé avec ma carte bleue sans entendre le prix et je me suis dirigé vers chez moi.
Je me souviens précisément que la vendeuse m'a dit : "N'oubliez pas ! il faut les passer une fois en machine à 40° et après seulement vous pourrez les utiliser". Zut, je ne vais pas pouvoir siester dans des draps tout neufs.
En les mettant dans la machine, je me suis dis qu'ils étaient vachement doux quand même ces draps. On dirait de la soie. Non...c'est pas de la soie...euh...combien elle a dit que ça faisait ? je récupère le reçu : 300 euros.
Je regarde l'étiquette  : satin.

Trop tard pour les rendre, la machine est déjà en train de tourner. Je me dis qu'il me faudra encore 2 gardes pour pouvoir rentabiliser ces draps et que mes co-internes vont me charrier TRÈS FORT dès qu'elle vont apprendre ça.

samedi 24 décembre 2011

Ca tient à peu de choses

J'étais en 4° année, ou plutôt, je redoublais ma DCEM2 après des oraux mémorables (cf ici). Je me posais beaucoup de questions. Pour plusieurs raison :
D'abord : est-ce que j'ai vraiment ma place en médecine, sachant que j'avais réussi les examens de justesse (cf ici encore).
Ensuite : est-ce que ça me plait vraiment ? parce que pour être franc, je ne voyais pas bien le rapport direct entre les cours de sémiologie (où les Professeurs ne se pointaient pas), les stages de sémiologies où finalement, on apprenait à interroger un patient sans rien pouvoir en tirer derrière, et la pratique réelle.

Je connaissais par cœur certains cours, notamment ceux de sémiologie digestive parce que ça faisait beaucoup marrer mes potes non-carabins quand je leur racontais les différentes variétés de caca et de vomi. Par conséquent, je savais comment palper un ventre mais je n'avais idée de ce que l'information recueillie pouvait m'apporter pour un quelconque diagnostic.

C'est assez frustrant d'avoir la tête pleine d'un savoir inutile.

Ma première quatrième année ne m'avait pas apporté grand chose (à part un stage que je raconterai une prochaine fois) surtout parce que j'étais passé en chirurgie. Et le cours de D2 étaient complètement différents des précédentes années. C'était comme si on nous demandait en début d'année de connaître tout le programme des 3 prochaines années. Beaucoup de travail et frustrant de voir qu'il manque encore une foule de connaissance pour avoir le niveau de base.

J'aborde donc ce redoublement comme la dernière chance : si ce stage ne me plait pas, j'arrête médecine. Je suis tombé dans un hôpital militaire (je rappelle qu'à ce stade, j'avais les cheveux longs et la barbe).

Je me suis retrouvé avec un maître de stage qui est devenu un maître tout court. Il prenait le temps (la visite avait toujours du retard) non seulement d'expliquer aux patients mais aussi à nous les externes. Il demandait la permission de nous faire écouter des souffles, interpréter des signes cliniques.

"Madame Omi, qui vient pour une maladie de ...
_ Non, dis-moi d'abord de quoi elle se plaint.
_ Euh...d'oedèmes des membres inférieurs.
_ Voilà ! depuis quand ?
_ Euh...2 mois.
_ Les oedèmes, c'est signe de quoi ?
_ Ça peut être de l'insuffisance cardiaque droite.
_ Bien. Pour étayer ton hypothèse, il y a quoi d'autre comme signes d'insuffisance cardiaque droite ?
_ Euh, l'hépatomégalie, la turgescence jugulaire et le reflux hépato-jugulaire.
_ Très bien. Mais surtout, il faut vérifier quoi ?
_ Qu'il n'y ait pas d'insuffisance cardiaque gauche ?
_ Oui, et ça se manifeste comment ?
_ Par un œdème pulmonaire ?
_ Oui ! donc Madame Omi, vous permettez qu'on vous examine et qu'on vous ausculte ? On va vous regarder le foie, le cou et les poumons.
_ Avec plaisir."

C'est surtout ça qui m'a réconcilié avec la médecine : le patient présente un ensemble de signes qu'on peut regrouper en syndrome, ces syndromes ont plusieurs étiologies et le but du médecin sera de faire le diagnostic étiologique pour soulager le patient de ses signes. "On ne traite pas des chiffres."

J'ai enfin compris à quoi servait de travailler, ce que représentaient les maladies aux noms barbares. J'ai pu faire le tri dans tout le bordel de données accumulées dans la tête et pu ranger les suivantes dans les tiroirs idoines.

En dehors de la chambre, on rediscutait des étiologies possibles, du pronostic, du traitement, du suivi. On comprenait le patient dans sa globalité, son ensemble. C'était une personne à part entière et pas le porteur d'une maladie.

Si vous aussi dans votre entourage, il y a eu des gens qui ont provoqué un déclic chez vous, remerciez-les et envoyez leur au moins une petite carte de vœux.

Joyeux Noël à tous =)

vendredi 23 décembre 2011

Une petite histoire de Noël

J'étais interne au CHU et je reçoit un charmant monsieur de 80 ans pesant bien ses 100kg, M. Quintal.
"Bonjour monsieur, comment allez-vous ?
_ Beaucoup mieux merci. Et vous même ?
_ Je manque de sommeil mais ça va. Est-ce que vous savez pourquoi vous êtes ici ?
_ Oui, parce que j'ai fais un infarctus la veille de Noël.
_ Ah oui, c'est vrai que ce n'était pas le meilleur moment mais on ne choisit pas.
_ Oui, mais c'était surtout pas le meilleur endroit. Et puis j'ai causé beaucoup de soucis à madame mon épouse.
_ C'est à dire ?
_ Je vous explique : elle m'avait préparé un bon petit repas avec magret de canard tout ça mais à un moment, je ne me suis pas senti bien, j'ai essayé de me lever mais j'ai fait un malaise et je suis tombé par terre.
_ Vous avez fait peur à votre femme, je comprends.
_ Non, je l'ai mise en colère.
_ Pardon ?
_ Oui, parce que quand j'ai fait mon malaise, je suis tombé par terre, enfin, pas tout à fait. Je suis tombé sur Kiki, son chien, un petit teckel. La pauvre bête est morte sur le coup."

J'imaginais ce monsieur de plus de 100kg s'étaler de toute sa masse sur un animal de 10kg tout mouillé. Je me suis mordu les lèvres pour ne pas rire.

"Mon épouse a hésité à appeler le vétérinaire ou notre médecin traitant en premier et finalement elle a appelé le médecin qui nous a dit de nous rendre aux urgences cardiologiques.
_ Oui, votre épouse vous a sauvé la vie en appelant d'abord le médecin.
_ C'est vrai, mais le pauvre Kiki n'a pas survécu.
_ Il fallait faire un choix : soit vous soit le chien.
_ Pendant quelques secondes j'ai eu peur qu'elle choisisse le chien, mais j'en suis content. Ça prouve qu'elle m'aime davantage. Quand je sortirai d'ici, je lui en offrirai un autre, un gros cette fois, un peu moins fragile."

Allez, parce que c'est vous, une deuxième pour la route. A peu près au même moment, soit le même jour soit la veille, nous avons reçu une petite dame diabétique de type 1 depuis l'enfance, qui vient pour hypoglycémies à répétition.
"Oh lala ! j'espère que vous allez résoudre mon problème d'hypoglycémies parce que ça me pose un gros soucis avec mes bottes.
_ Euh...avec vos bottes ? je ne comprends pas bien.
_ C'est évident, non ? quand je suis en hypoglycémie, je fais un malaise et il faut que je me resucre, si je me resucre, je grossis et si je grossis, je ne peux plus enfiler mes bottes !"

Oui, c'est l'évidence même.

En vous souhaitant à tous de joyeuses fêtes de fin d'année.

jeudi 22 décembre 2011

Ma vie sentimentale a été quasi-inexistente

Pendant les stages en CHU, je n'avais quasiment pas de vie tout court. Je me levait entre 6h et 6h30, en fonction du courage que j'avais à ces heures matinales (autant dire très peu), je me pointais au boulot à 8h, je suais bien fort à faire le taf de 2 internes à moi tout seul (oui, 15 patients lourds tout seul, c'est épuisant) et je sortais à 22h en moyenne. En moyenne, ça veut dire que les jours de chance, j'arrivais à m'enfuir à 20h et les jours de pas de chance, à minuit.

Ça veut dire une arrivée à la maison une heure plus tard (45mn aller, 45mn retour et entre 15 et 30mn pour trouver une place pour se garer), manger un peu, dormir et recommencer. Le weekend, lessive, course, rattraper le sommeil en retard. Le dimanche, essayer de lire les dernières publications.

Le vendredi était très très dur parce que le matin, on avait une séance de lecture d'articles avec tous les médecins du service. Ça durait une heure, donc il fallait super bien résumer l'article, montrer qu'on avait bien compris les tenants et aboutissants de la publication et répondre aux questions. Sauf que, l'article en question, on n'avait pas eu le temps de le travailler dans la semaine, donc on le lisait en catastrophe le jeudi soir jusqu'à 2h du matin. Le soir, on faisait les transmission de nos 15 patients à l'interne qui allait devoir rester d'astreinte pour le weekend. Autant vous dire que 4mn par patient, ça fait déjà une heure de passée dessus. Sauf qu'on avait des patients lourds, je me répète mais faut bien comprendre. Généralement, à 21h ou 22h, quand la journée était finie, qu'on n'avait presque pas dormi la veille et qu'on voyait qu'on allait encore passer 2h sur des transmissions, on pleurait.

Là bas, dans ce service, le weekend, c'était comme une journée normale pour un interne normal dans un service normal. Pour nous, c'était presque des vacances : arrivée à 9h, départ à 18h30, avec seulement une à 2 entrées par jour (oui, même le dimanche). Parfois même, miracle, pas d'entrée de tout le weekend.

Tout ça pour dire qu'en dehors du travail, on n'avait pas vraiment de latitude pour avoir une vie sentimentale, même pas pour trouver l'âme sœur, non (faut pas trop croire au Père Noël non plus) mais ne serait-ce qu'avoir une personne avec qui passer une peu de temps, avec qui parler d'autre chose que le boulot.

Au bout de 3 mois, il ne se passait tellement rien dans nos vie à tous les 3co-internes, Pilar, Micheline et moi, que la moindre petite éventualité de possibilité de moitié de bisou nous enflammait en un quart de seconde. Si par exemple le fils d'une patiente était moyennement beau ou un peu bien habillé et qu'il faisait un sourire à Micheline, on avait droit à un debriefing immédiat (à 21h) autour d'un thé et d'un Pepito.

Un jour dans le service a débarqué une étudiante diététicienne brésilienne, Yolanda. De grands yeux verts, des cils immenses...parce que le reste, je n'avais pas trop la possibilité de voir avec la blouse blanche informe qui la recouvrait. Un jour, je l'ai bousculé un peu sans le faire exprès (si, en vrai, c'était complètement fais exprès), ça l'a surprise et amusée en même temps. Avant de partir (vers 17h, c'est écœurant) elle est venue me voir, en civil (j'en ai profité pour admirer tout ce qui était caché par l'uniforme), m'a demandé mon nom et je lui ai proposé de lui faire visiter la région étant donné qu'elle venait d'un pays lointain et qu'elle ne devait pas connaître. OK, rendez-vous samedi à 10h.

Je cours voir Pilar pour la supplier d'échanger le weekend pour que je puisse avoir une vie de dehors l'hôpital pitié-pitié-pitié et je te promet de te raconter tous les détails lundi matin première heure. Elle a accepté avec comme taxe, une boîte de Pepito.

J'ai emmené la belle Yolanda en bord de mer, marcher sur le sable (oui, en hiver, c'est moyen), en plus, il faisait tout gris et il s'est mis à pleuvoir. Mais en la raccompagnant chez elle, j'ai pensé à la chanson de Brassens "le parapluie". C'est vrai qu'elle avait quelque chose d'un ange et j'ai elle m'a offert un petit coin de paradis, le temps d'une après-midi.

"J'espère que la journée t'a plut, malgré le temps.
_ Oui, c'était très bien (je ne vous parle même pas de son accent charmeur). Mais pour être honnête, je connaissais déjà.
_ Ah bon ?
_ Oui, je suis née en France, ici même, c'est pour ça que je parle aussi bien.
_ Pourquoi tu as accepté mon invitation alors ? (oui j'étais très naïf à l'époque et je n'ai pas tellement changé depuis)
_ Pour pouvoir passer l'après-midi avec toi bien sûr."
Elle m'a souris et m'a embrassée. J'ai souris bêtement, j'ai lutté pour ne pas rester planté devant chez elle comme un benêt sous mon parapluie et je suis rentré chez moi.

Lundi matin, c'était l'Afghanistan : tous les patients ont décompensé en même temps pendant la nuit et il a fallu leur faire une tonne d'exploration à tous dans la matinée. Pilar nous a promis qu'elle n'était pas responsable et qu'ils étaient tous en pleine forme la veille au soir. Du coup, nous avons repoussé le debriefing au repas du midi (ou plutôt 14h). Je raconte l'après-midi et j'en viens au passage juste avant le pas de la porte. Mes 2co-internes étaient pendues à mes lèvres :
"Alors alors alors ?!?! Ensuite ! il s'est passé quoi ? tu l'as embrassée ??? m'ont-elles demandé avec de grands yeux qui pétillent.
_ Non, répondis-je, et on pouvais lire dans leurs yeux toute la déception de 2 mois de frustration sentimentale sentimentale. Il faut comprendre qu'à ce moment du stage, je représente leur plus grand espoir de vivre une histoire par procuration, il ne fallait pas que je les abandonne, j'étais leur feuilleton. J'ai poursuivi :
_ Non, je ne l'ai pas embrassée. C'est elle qui m'a embrassé."
_ AAAAAAAHHHH TROP BIEEEEEEEEEEN !!! se sont-elles exclamé et applaudi en même temps.

On était dans le self de l'hôpital (où on mange la même chose dégueu que les patients), il devait y avoir une centaine de médecins qui mangeaient en retard comme nous et ils se sont TOUS retournés vers notre table pour connaître la raison de cette clameur : un mec seul à table entouré de 2 filles qui l'applaudissent...plutôt sans équivoque.

Heureusement, les diététiciennes mangeaient à des heures décentes et n'ont pas eu vent de cette histoire. J'ai eu à la fois ma plus grande honte et ma plus grande fierté, simultanément.

mardi 20 décembre 2011

une demi-molle d'AX

Une mole est la quantité d'atomes (ou de molécules) qu'il y a dans 12 grammes de carbone12. Une demi-mole, c'est la moitié soit environ 0,5 fois 10 puissance 23. Mais là, ça n'a rien à voir. Une demi-molle, c'est aussi une moitié d'érection. Pas assez pour des festivités mais suffisamment pour savoir qu'une personne ne nous laisse pas indifférent.

Pour être complètement honnête, je dois avouer que mon sentiment positif à l'égard des réanimateurs est lié à une voiture, une AX, verte, avec des taches de rouille. Ou plutôt, sa propriétaire : Nadine.

Elle était interne de réa, petite, de grands yeux verts, la peau chocolat au lait, des lèvres pulpeuses, un rire cristallin avec les dents du bonheur. Pas celles de Yannick Noah, où on pourrait y ranger une dent supplémentaire, non. Elle avait ce soupçon d'espace entre les 2 incisives du haut, comme un grain de beauté au coin du regard, sauf que c'était dans les dents. Enfin, moi, j'aime.

Elle avait ce petit truc en plus, cette affection immédiate qu'on lui porte dès qu'on la rencontre. Ça et un autre détail d'importance. Je ne sais pas si c'était parce qu'elle portait toujours des Tshirt taille 14 ans en dehors du boulot, ou si elle avait tout le temps froid (en été?) ou si elle était contente de me voir, mais elle avait toujours les tétons qui disaient bonjour. Si bien que je ne savais jamais où donner du regard : ses yeux, ses dents, ses seins, un peu des trois. AH !!! bref, elle était très belle.

Lors d'une soirée internat, on dansait ensemble, au début à distance respectable, puis de plus en plus proches. Les mecs derrière son dos, des internes d'orthopédie, me regardaient en pointant leurs pouces vers le haut en me faisant des clins d’œil. Une manière très subtile de me signaler qu'ils appréciaient la tournure des événements entre ma partenaire et moi. Ces mêmes internes sont ensuite allés danser sur le comptoir du bar.
Il faut savoir que ces soirées sont open-bar et que, forcément, en se promenant avec son verre au milieu de ceux qui dansent, l'intérieur du verre fini par se répandre sur les épaules de tout le monde. Donc, pendant la soirée, pendant que je dansais avec Nadine, je sens du liquide m'asperger l'épaule. Mais ça ne sentait pas l'alcool et c'était tiède. Bizarre. Je me retourne et je vois 3 internes, les même qui me félicitaient de danser avec Nadine, qui avait le pantalon aux genoux et qui pissaient sur la foule.

On s'est embrassé au milieu de la piste de danse (malgré les circonstances) et m'a demandé de la raccompagner à sa voiture : une AX verte avec des traces de rouille sur le capot.

Elle me dit qu'elle a passé une très agréable soirée (encore une fois, malgré les hommes-fontaines) et qu'elle me rappelle demain. Je reste un tout petit peu décontenancé sur le parking...

Le lendemain, elle m'écrit qu'elle est désolée, qu'elle était bourré, qu'elle ne sait pas ce qui lui a pris, que c'était une erreur et qu'elle ne recommencerai plus. Je lui ai répondu que c'était une erreur très agréable et qu'elle pouvait recommencer quand elle voulait.

La soirée suivante, elle portait une espèce de tout petit haut, sans bretelle, ce qui fait qu'on pouvait contempler ses épaules et son nombril. Elle avait un peu bu avant que j'arrive et quand elle m'a vu, elle a levé les bras au ciel (avec son verre plein). Mais la rapidité de son mouvement a eu raison de son vêtement, qui est resté au même emplacement que la seconde précédente. J'ai eu le droit de contempler autre chose : ces deux seins magnifiques ont fait une excursion simultanée en dehors de son haut. Au même moment, le contenu de son verre plein, qui avait été projeté en l'air par son lever de bras, a eu le temps de décrire sa parabole et de retomber sur sa tête.
Pendant sa stupeur, elle ne s'est pas rendu compte de sa semi-nudité et du fait que sa meilleure amie lui remontait ce qui lui faisait office de soutient-gorge (cachez donc ces seins que je n'ai su que trop bien voir).

Là dessus, on a dansé ensemble, elle a continué à boire. Elle m'a demandé de la raccompagner chez elle, sa meilleure amie nous a suivis. Elle m'a embrassé (Nadine, pas la meilleure amie), l'a faite s'assoir côté passager de son AX verte et a démarré. 10 mètres plus loin, la voiture s'arrête, la porte passager s'ouvre. Peut-être Nadine va-t-elle sortir pour m'embrasser de nouveau et me proposer de la border ?
Non, elle s'est penchée et a vomi.
 
Depuis, à chaque fois que je croise une AX verte, j'ai une moitié d'érection, surtout si elle a des traces de rouille.