lundi 17 septembre 2018

Masse nuageuse en approche

C'est horrible, je suis un monstre mais je dois être honnête : le sexe de rupture, c'est... C'est un chardon au chocolat, une praline au piment.

Fenouil m'a lâché les cheveux, s'est assise sur le lit, baissé le regard, en silence.

Que faire ? la consoler ? c'est moi qui suis responsable de ses larmes (pleure-t-elle ?). Partir ? je serais le pire des goujats. Ne pas bouger, ne rien dire ? je ne sais pas, c'est peut-être le moins pire à faire. Alors je patiente, nu, toujours à genou au bord du lit.

"_ Je dois reconnaître que tu es honnête. C'est rare. J'apprécie. Mais je ne peux pas dire que ça me plait.
Je me lève pour lui caresser la joue, m'excuser, lui parler en face à face. Je pose un genou sur le bord du lit, elle toujours la tête baissée, mon sexe à moitié en train de dégonfler passe par inadvertance sur ses cheveux. Elle l'attrape au vol à pleine main et le serre fort.
_ Par contre, je t'interdis de débander. Tu n'étais pas obligé de dire la vérité, tu l'as fait, c'est un choix courageux mais je ne devrais pas en payer le prix. Viens là.

D'une main ferme derrière le genou, elle me déséquilibre, je tombe sur le dos contre le lit. Elle serre fort, très fort, à la limite entre le plaisir et la douleur, l'engloutit presque jusqu'à la garde et aspire, avidement, comme un sucre d'orge précieux à qui elle ne laisse aucune échappatoire.
_ Tu partiras quand je te le dirai. Mais avant...
Elle me pompe farouchement, en même temps qu'elle fait des montées et descentes avec sa main droite, celle qui ne m'a toujours pas lâché, elle me regarde droit dans les yeux. Son regard a changé : j'ai effectivement en face de moi une lionne et je ne sais pas si je suis son lion ou sa proie.

Tout en m'astiquant (notez le "m" apostrophe, heureusement qu'il est là) elle libère sa bouche, glisse une main vers sa table de chevet, m'enfile une protection et d'un mouvement fluide, expert, monte à califourchon au dessus de moi, toujours mon sexe en main, m'introduit en elle et me chuchote à l'oreille :
_ Là aussi, tu ne pars pas avant moi. Je réclame un orgasme, tu me dois bien ça."

Pendant l'introduction, sa tête bascule en arrière, libérant sa crinière sauvage qui se balance de haut en bas, en mesure avec ses coups de bassin. Je pose mes mains sur ses cuisses et l'aide dans ses mouvements, imprimant par ci par là une petite impulsion délicate. Mais rapidement, je me rends compte que ce n'est plus de la délicatesses qu'elle veut. Elle m'attrape les mains, les remonte vers ses hanches tandis qu'elle augmente la cadence pelvienne.

Je n'en peux plus d'être allongé, je me redresse, juste le torse. Elle en profite pour relever les jambes et les placer autour de moi tandis que je m'assieds en tailleur. Ses mains sur mes fesses, les miennes sur les siennes, elle a toute latitude pour imprimer tous les mouvements au rythme et l'amplitude qu'elle désire.
Ses saccades sont vives et musclées, elle transpire à grosses gouttes, je sens la pression monter en moi tandis que je sens son intimité se resserrer tout doucement puis palpiter. C'est le moment que je choisis pour la plaquer plus fort contre moi et à mon tour cadencer plus fort. Nous unissons nos cris à défaut de nos coeurs, ou plutôt j'émets un petit râle tandis qu'elle rugit en me griffant le dos, des larmes ruisselant sur ses joues.

Ses mouvement ralentissent, ses pulsations internes aussi, elle dépose sa tête contre mon épaule, ses cheveux cascadant sur mon dos, sa respiration haletante se mue petit à petit en sanglots. Je tente un baiser dans le cou et des bras réconfortants autour d'elle. Elle me rejette fermement, toujours en pleurant, me murmure de me casser.

Je n'ose rien dire, je file la queue entre les jambes, je me sens honteux, piteux, nul. Pire ! négatif, moins que zéro. Etait-ce absolument indispensable de lui révéler que c'est le bordel dans mon coeur ? N'eusse-t-il pas été plus judicieux, que dis-je! plus respectueux, de ne carrément pas venir avant d'avoir laissé décanter mon trouble sentimental ?
Mais non, Georges a réfléchi avec sa bite, sa queue, son appendice, sa gaule, son gourdin, sa biroute. Et Georges a eu ce qu'il a voulu : du sexe. Mais avec les plaisir de la chair, des larmes, du chagrin, en somme, du stupre.

Je ne suis pas fier de moi, et c'est peu dire.

De retour dans mon ile, la mine piteuse (et non pas la pine miteuse) Lola tente tant bien que mal de me remonter le moral :
"_ Non, c'est clair, tu n'as pas été un parfait gentleman.
_ Merci Lola, vraiment ça m'aide, dis-je avec toute l'ironie possible dans ma voix.
_ Non mais ok, faut reconnaître que tu as merdé mais ... en même temps, t'as de quoi être fier.
_ Hein ? je lui ai brisé le coeur, elle a fondu en larmes dans mes bras et m'a chassé comme un mal propre, ce que j'ai entièrement mérité. Et par la même occasion, elle en a sûrement parlé à sa soeur, Milène, et il y a de fortes chances pour qu'elle non plus ne me parle plus jamais. Je ne vois pas quel positif je peux retirer de tout ça.
_ Attend ! le mec, il est capable de donner un orgasme sur commande, quoi ! allo ! Ca aurait été moi, le mec, je l'aurais gardé tout le weekend histoire de bien passer ma frustration dans le sexe, changer les larmes en sueur et se quitter bons amis, épuisés mais ravis.
_ Fallait-il que l'on s'aime et qu'on aime la vie ?
_ C'est ça mon petit Charles !
_ Non et puis le plus ridicule, c'est qu'elle m'a viré de sa chambre en pleine nuit, que je n'avais nulle part où dormir et que je me suis démerdé comme un con pour trouver un transport et me ramener à l'aéroport, changer mon billet et rentrer plus tôt que prévu.
_ Ouais mais ça mon petit père, tu l'as bien mérité.
_ Tu as entièrement raison, je l'ai bien cherché.
_ Bon, si on retournait à cette visite ?"

Depuis mon retour, les autres médecins du service ont profité de mon absence de congés pour les 6 prochains mois pour eux-mêmes poser leur congés en étant sûr que j'allais assurer la continuité de soins. Bon, en théorie, c'est bien de leur part de penser aux patients et de ne se barrer que quand un des leurs reste. En pratique, je dois gérer un aile entière d'hospitalisation à temps plein, plus les avis dans les services, plus les explorations à mi temps. Ca fait un temps plein et demi.
Comme les explorations sont fermées la moitié du temps, Lola vient prêter main forte à l'équipe infirmière quand elle n'y est plus. En vrai, c'est quand même beaucoup plus sympa de bosser avec elle, et réciproquement, même si c'est 60 heures par semaine.

Nous voilà donc tous les deux, à faire notre visite pseudo-professorale, de chambre en chambre, d'abord la pré-visite dans le bureau, à discuter de tous les dossiers puis directement dans les chambres. J'ai toujours eu horreur des discussions de dossiers dans les couloirs, je trouve ça extrêmement irrespectueux, comme si savoir ce qu'on a retrouvé dans l'anus de Monsieur Machin était une information divulgable au grès du vent et discutable entouré des voisins du patient. C'est ce qui s'appelle avoir la raie publique.

Par contre, dans le bureau, ça ne nous empêche pas de parler caca autour d'un café, ça, ça va. Nous parlons aussi du turn over. Alors ça, qu'est-ce ? c'est très simple. Les patients ont 2 moyens de rentrer à l'hôpital : soit directement sur rendez-vous (via le médecin traitant) soit via les urgences qui cherchent désespérément à caser l'afflux massif qu'ils reçoivent. Parce que le problème vient de là : comme il n'y a plus que des services de spécialité et plus aucune hospitalisation de médecine générale (ou alors c'est une perle rare), les médecins spécialistes ne veulent recevoir en hospitalisation que des cas qui les intéressent, c'est à dire des cas de leur spécialité. Certains médecins s'arrangent pour avoir un flux continu de rendez-vous d'hospitalisation et n'avoir aucun intervalle libre qui laisserait de la place à l'improvisation des urgences et donc potentiellement à des cas qui ne les intéresseraient pas.

Leur argument, c'est que, comme ce n'est pas leur spécialité, ils risquent mal s'en occuper et que ce serait au détriment du patient.

Du coup, les urgences se retrouvent confrontés à ces services surbookés 1 mois à l'avance et n'ont plus de places pour hospitaliser ne serait-ce qu'une nuit. Ayant fait des gardes aux urgences, je connais bien le phénomène. Quand je gère une aile du service, je me débrouille pour laisser des places pour les urgences.
Sauf que, les pauvres, voyant que des places se libèrent, ils casent les patients les plus lourds, les pathologies les plus pourries. Moi j'aime bien, ça me permet de ne pas perdre ma formation généraliste. Par contre, pour les équipes soignantes, se retrouver avec des patients agités, des plaies qui prennent 1h30, ou des patients qui puent parce qu'ils se sont vomi, pissé et chié dessus dans un caniveau avant de se faire asperger de bière par les copains, pissé dessus par un chien errant, ramassé par les pompiers pendant leur coma éthylique... ça les enchante moins. Donc, on les fait partir vite, donc ils sont remplacés par d'autres patients venant des urgences, pas forcément mieux lotis.

Ce cycle infernal de renouvellement de patients, c'est ça le turn over. Mon rôle est de garder un équilibre subtil entre les patients programmés et les patients surprises.

"_ George, la cadre des urgences appelle pour faire le point des lits, me signale Lola, une main calée sur le combiné téléphonique.
_ Nous avons 1 sortie ce matin et 2 cet après-midi, 2 entrées programmées, soit une place libre pour les urgences, réponds-je à la cadre, via Lola.
_ Il nous reste une place libre. Répond-elle promptement. Puis elle cale encore sa main sur le téléphone. Elle me demande si c'est une place d'homme ou de femme.
_ Ca dépend de l'équipe. Si les aides soignantes sont prêtes à refaire les chambres et faire déménager le patient de la chambre 404 dans la chambre seule, on peut faire 1 place indifférente. Mais ça va leur rajouter du travail.
_ Oui, on peut aussi, libérer la chambre 404 et leur dire qu'on ne prend plus personne.
_ Et leur dire que nous avons fait une erreur et qu'il n'y a plus de place à cette adresse ?
_ Oui, c'est ce qu'on appelle dans le jargon "l'erreur 404".
_ Oh joli, subtil, cultivé, référence geek, j'aime beaucoup !
_ Merci merci. Du coup, je leur dit quoi ?
_ Dis leur que nous aurons une place en milieu d’après-midi et que nous pourrons leur donner le sexe quand les patients entrants auront pris place, pas avant. Ça ne surchargera pas l'équipe inutilement.
_ Ça roule, chef !"

J'aime beaucoup travailler avec Lola, on se comprend, on se complète, ça coule de source, ça avance tout seul, c'est fluide. J'ai l'impression de faire de la bonne médecine, nos arguments et contre-arguments se renvoient la balle dans un match de gala où le vainqueur n'a pas d'importance, juste la beauté de nos joutes et par conséquent la santé du patient. C'est jouissif. Ca fait passer la pilule de devoir bosser pour les autres.

"_ Pour la sortie de Madame Michu à la 402, tu as bien fait tous les papiers de sortie ? me checklist-elle.
_ Oui, ordonnance de médicaments faite, ordonnance pour les IDE à domicile faite, bon de transport signé. Courrier dicté en attente de signature.
_ Tu as pensé à rajouter un pilulier et à prescrire aux IDE "aide à la prise médicamenteuse" ?
_ Pas con ! non je n'y avais pas pensé, en effet, je le rajoute.
_ Et sa prise de sang dans 1 semaine à domicile ?
_ En effet, encore un oubli. Que ferais-je sans toi ?
_ De la merde.
_ Ah non ! j'ai pensé à ses bas de contention, tu vois ! Ah ! rajoutais-je d'un air narquois.
_ Très bien Docteur ! et tu as évidemment prescris aux IDE à domicile d'aider la patiente à les mettre tous les matins. N'est-ce pas ?
_ Euh...et bien...euh, je le rajoute de ce pas !
_ Mouais.
_ Sans déconner, comment tu fais pour penser à tout ça ?
_ D'abord, les infirmières ne sont pas les pense-bêtes des médecins mais il ne faut pas oublier qu'ils ont un afflux de sang trop important dans leur ego ce qui provoque un déficit d'irrigation du cortex. En tout cas j'ai été formée comme ça. D'autre part, j'ai fait des remplacements en libéral et si l'ordonnance n'est pas bien faite, l'infirmière travaille bénévolement. Alors il faut harceler les médecins traitants pour refaire l'ordonnance de l'hôpital et ils rechignent souvent à le faire. Et quand ils le font, ils râlent. Alors éviter de faire suer l'IDE à domicile et le médecin traitant, il vaut mieux que je te fasse suer toi.
_ Bien vu.
_ Et puis ça la fout mal quand les ordonnances de sortie d'hôpital sont incomplètes.
_ Tu as carrément raison.
_ Oui, je sais.
_ Tu fais quoi cet aprem ?
_ Plage. Je bosse depuis 6h du matin. Et toi, tu ne bosses pas ?
_ Ah merde, si ! j'avais oublié. J'ai tellement pas l'impression de bosser avec toi. Si, je bosse. Pfiou, ça va être long sans toi. 3 entrées, y compris la surprise des urgences, les courriers en retard, les PMSI, la contre-visite...Heureusement que je ne suis pas de garde ce soir.
_ Bon alors on se retrouve à la plage quand tu sors du boulot ?
_ Ca roule, chef !"

Après une longue demi-journée, en effet, ça fait plaisir de pouvoir se prélasser sur le sable chaud. Hélas, passé 18h, le soleil est déjà couché. Le seul inconvénient des tropiques. Heureusement, le sable reste chaud. Je retrouve Lola à notre QG, "notre" plage, celle où nous nous réunissons quand nous ne travaillons pas ensemble.
Je n'ai pas de serviette. Je m'assieds à côté de la sienne. Elle est belle, un bronzage légèrement pailleté d'or, un paréo bleu entoure ses fesses galbées et sa poitrine parfaite. 4 livres de 300 pages nous séparent.

"_ Tu lis quoi ?
_ Hyperion, de Dan Simmons.
_ Non, tu es sérieuse ? c'est mon livre préféré !
_ Sans déconner ! je le relis tous les ans.
_ Arrête tes conneries ! moi aussi je le relis tous les ans !
_ Non mais c'est dingue. Faut que je tombe sur LE médecin qui a les même gouts que moi. Le seul qui ne soit pas insupportable au quotidien.
_ C'est clair que c'est très atypique. En général, je ne traine pas avec les collègues de boulot en dehors des heures de travail.
_ Moi non plus, j'aime bien rester seule. A force de prendre soin des autres, j'ai besoin de me ressourcer et prendre soin de moi.
_ Tu as bien raison. Moi je vais courir.
_ Moi je lis en bord de plage. Tu en es où ?
_ J'en suis au passage où Het Masteen s'est fait déchiqueter par le Gritch.
_ Non, je te parle de ta vie sentimentale.
_ Ah ! ça t'intéresse ?
_ Grave ! c'est un véritable feuilleton ! Bon, aux dernières nouvelles tu as lamentablement plaqué une blonde torride et sauvage parce que tu es amoureux d'une brune mystérieuse.
_ Oui alors bon, forcément, résumé comme ça, ça fait très série télé.
_ (prenant une voix d'annonceur télé) précédemment, dans "Urgences, gloire et beauté du Dr Georges, homme médecin", Brenda et Pamela rivalisent de séduction pour remporter le cœur du docteur. Qui choisira-t-il ? vous le saurez au prochain épisode !
_ Oh, le choix est vite fait. Pamela...euh pardon, Fenouil n'a probablement pas l'intention de me revoir de sitôt et Emilie...je ne sais pas. Elle me semble si ... inaccessible.
_ Pourquoi inaccessible ?
_ J'ai l'impression d'être si loin d'elle et de ne pas arriver à la cerner. C'est une brume qui file dès que j'essaye de l'attraper entre mes doigts.
_ Tu dis ça parce que tu ne sais pas ce que tu ressens et puis, toi qui fait de la rando en montagne, tu sais bien qu'aucun sommet n'est inaccessible. Il l'est tant que personne n'y est allé. Emilie, tu ne sauras qu'elle est inaccessible qu'une fois que tu lui auras parlé.
_ Mais...mais tu as tellement raison ! j'ai le sentiment qu'elle s'évade uniquement parce que moi-même j'élude de lui poser la vrai question !
_ Exactement ! et du coup, c'est quoi la question que tu veux lui poser ?
_ Est-ce qu'elle m'aime ?
_ Non, enfin. Ne me dis pas que tu veux attendre de connaître ses sentiment à ton égard avant de lui déclarer les tiens ! T'as peur ?
_ Oui, un peu.
_ Peur de quoi ? d'être rejeté ?
_ Bah oui ! Il y a de quoi, non ?
_ Non, on ne rejette pas quelqu'un parce qu'il a le courage d'avouer ses sentiments. Ça serait nul. Si elle fait ça, honnêtement, tu ne perds rien.
_ Ce que j'aime chez toi, c'est que tu arrives à démystifier une situation qui me semble inextricable avec facilité.
_ Je te remercie.
_ Sur ces bonnes paroles, je te laisse, je vais faire crisser ma plus belle plume et envoyer une missive d'une passion enflammée vers le cœur de ma dulcinée.
_ Fais gaffe quand même. N'envoies pas ta lettre par pigeon voyageur, tu risques te faire chier dessus.
_ Ah merci, c'est encourageant, dis-je en m'éloignant.
_ C'est pour t'aider à démystifier ! crie-t-elle, les mains en cornet autour de la bouche."

De retour à mon logis, je suis face à mon ordinateur. Que dire ? quels mots ? Lola a raison. Est-ce que je suis amoureux d'elle parce que je pense qu'elle l'est de moi ? non, parce que sinon, je serais resté avec Fenouil qui visiblement avait de forts sentiments pour moi. C'est quoi alors qui m'attire chez elle ? c'est parce que je me sens utile à essayer de la rendre heureuse ? super. Donc c'est le docteur qui essaye de soigner sa patiente. Bravo pour le cliché.
C'est quoi alors ? qu'est-ce qui me rend fou d'elle ? ce sont tous ces moments à se tourner autour probablement.

Exemples. Je vous avais raconté la fois où elle m'avait rembarré de façon extrêmement fine, rappelez-vous j'en ai parlé ici (répétez cette phrase avec la voix de Jean-Claude Ameisen). Et bien il y a encore bien des choses que je ne vous ai pas narrées.

Peu de temps après mon éconduction, nous avions gardé contact de loin. On se croisait de temps en temps dans les couloirs de l'hôpital. Un soir, j'ai su qu'elle allait à une soirée internat. Elle n'est pas le genre à aller à ce genre de soirée et ça m'a surpris. Je me suis donc arrangé pour m'y rendre également. En général, je me fais royalement chier parce que je m'emmerde : soit les gens sont beurrés comme des tartines bretonnes, soit ils sont là pour se montrer, paraître, pavaner et cette fausseté me débecte.
Je vais donc à cette soirée, pour la première fois avec le pas guilleret, dans l'espoir de l'y trouver. Elle y était en effet, accompagnée de sa cousine. En fait, sa cousine était curieuse des soirées médecine, toutes les légendes grivoises qui circulent et avait insisté pour y aller. Rapidement, nous nous sommes retrouvés tous les trois, à papoter jusqu'aux petites heures du matin. Sa cousine disait : "Tu vois, ce n'est pas si mal, ces soirées."
Emilie avait de grands yeux éclatants, rivés dans les miens, buvant mes paroles. Je ne me rappelle absolument pas de l'amoncellement de conneries que j'ai du dire ce soir, mais je me rappelle très bien de ses yeux. Et déjà, je ne savais pas s'il fallait y lire de la gratitude de faire passer un bon moment à sa cousine ou de l'affection à mon égard.  

Voilà, je pourrais commencer par là. "Chère Emilie, rappelle-toi il y a 3 ans 5 mois et 2 jours, cette soirée où tu me regardais, que fallait-il lire dans ton regard ?"
Ah oui, pas flippant du tout ! Et puis je ne fais que réagir : j'attends de connaître ses sentiments avant d'avouer les miens. Ça ne va pas, ça !

Encore un peu de temps après ça, elle m'a recontacté et m'a proposé qu'on aille manger ensemble. Elle me donna rendez-vous chez moi. Atypique, j'ai accepté. Alors, je m'habille, je me prépare, elle sonne à ma porte, j'ouvre et ... elle traverse le pas de la porte à toute vitesse en disant "Pousse toi, c'est chaud." Particulièrement intrigué, je me retourne : elle avait apporté à manger, cuisiné par ses bons soins, un plat chilien.
"J'ai pensé te faire plaisir en te faisant un plat typique de chez toi.
_ Euh c'est très gentil, mais...
_ Zafran, c'est pas chilien ?
_ Euh non, je ne crois pas.
_ Ah merde !
_ Et toi, tu as des origines chiliennes ?
_ Non, pas du tout !"
Nous éclatâmes de rire, ce qui rameuta mes deux colocs. Elles ont fini le plat, nous de notre côté, nous nous mangions du regard. A cause des mes incrusteuses, je n'ai pas pu converser correctement.
"_ Il se fait tard, tu ne veux pas que je t'aide à rapporter ton plat chez toi ? proposai-je.
_ C'est une excellente idée. Tu me raccompagnes ? dit-elle l'air ravi.
_ Avec plaisir. J'attrape mon manteau et lance une perche.
_ Et il n'y a personne qui t'attends à ton appartement ? un chat ? un amant ?
_ Non, il n'y a personne. L'appartement est vide. Je n'ai pas de chat. Et ce soir, même si j'ai 5 amants, aucun ne m'attend à la maison."
Là dessus, j'ai ressenti comme une douche froide. Je l'ai raccompagnée à ma porte et l'ai refermée doucement, elle côté rue, moi côté couloir d'entrée. Il était hors de question que je fasse partie d'une ribambelle de conquêtes qui cohabitent. En amour, je préfère avoir l'exclusivité.

Je n'ai appris que bien plus tard qu'elle avait fait un lapsus. Elle n'avait pas 5 amants en même temps mais 5 prétendants, elle avait voulu me faire un compliment en sous entendant que malgré 5 hommes qui lui tournaient autour, c'est moi qu'elle avait choisi pour la raccompagner.

Le choix des mots est important.

Tu ne crois pas si bien dire. Quels mots choisir ? J'ai l'impression que c'est "je te suis, tu me fuis et je te fuis, tu me fuis." ou "suis". Oh je ne sais plus. Vous, vous me suivez ? Est-ce que c'est vraiment ça ou est-ce que je me fourvoie ? Lola a encore raison : il faut tout de même dissiper cette brume.

L'ordi est toujours allumé devant moi. Page blanche. Je vais sur la page d'Air Tropiques et en suivant, j'écris à Emilie :

"Tu fais quoi samedi matin ? je prends l'avion, j'arrive."

Quitte ou double.




To be continued...




lundi 10 septembre 2018

La lionne

Fenouil me présente avec fierté son nouveau fief.

"_ Tu te rappelles ? la dernière fois qu'on s'était vus ?
_ Oui, je me rappelle bien.
_ Je t'avais dis que mon boulot ne me plaisait pas et que je voulais changer d'horizon. Je suis tombé par hasard sur une annonce : recherche vétérinaire, avec expérience bovine, pour gérer une épidémie sur un cheptel de buffles en Afrique. Je me suis dit, je connais les vaches, ce boulot est fait pour moi. Et en effet, c'est passionnant, je soigne des super vaches de presque 1 tonne, je contrôle leur épidémie de mouches et c'est super ! Tu savais que le problème, c'est l'homme ?
_ Comme souvent, non ?
_ Oui, mais là, ils ont pulvérisé des insecticides pour éliminer les moustiques dans les zones urbaines, ça s'est répandu à la campagne évidemment, décimé les moustiques alors forcément, les mouches piqueuses ont pris leur place. Du coup, les buffles se font piquer, ça les rend agressifs et ça diminue le tourisme. Ca fait donc moins d'argent pour sauver les espèces menacées. Tout est lié !
_ C'est vrai que ça a l'air passionnant !
_ Du coup, tu sais ce que j'ai proposé ? réintroduire des moustiques ! et ça marche !
_ Bravo, je suis fier de toi.
_ Et puis il n'y a pas que ça ! entre deux observations, je m'occupe aussi des autres animaux malades, les éléphants, les lions, les zèbres...je suis hyper contente. L'autre jour par exemple...

Je la regardais, enflammée, marchant d'un pas vif et sûr sous un soleil de plomb, déambulant au milieu de la clinique, heureuse de sa nouvelle vie, ou heureuse de me revoir, ou bien les deux, je ne sais pas. Mais c'était si bon de la voir rayonnante, crinière au vent. Elle me fait entrer dans un bâtiment à l'écart et dans le couloir d'entrée, il y a une baie vitrée, épaisse, sur ma gauche. Derrière la glace, je vois une lionne à moitié endormie, avec un bandage autour du cou et une collerette de la honte, comme le chien de "La Haut".

Elle m'observe, le regard intense, happant toutes mes émotions. Moi, je ne vois rien, à part les 3 lionceaux dans la cage. J'ai 4 ans, je redeviens enfant.
"_ Oh regarde ! des bébés lions ! ils sont trop mignons !
_ Tu veux les caresser ?
_ Non, sans déconner, je peux ?
_ Bien sûr ! j'ai opéré leur mère ce matin, je t'ai dis tout à l'heure. Elle va encore dormir jusqu'en fin de journée. Je t'attendais pour leur donner le biberon.
_ Oh c'est hyper adorable ! Merci !"

Nous rentrons dans la cage, et mes testicules dans mon abdomen, avec la lionne ensuquée à moins de 2 mètres de nous. Elle attrape un lionceau, me le pose délicatement dans les bras et en attrape deux autres.
Nous changeons de pièce, un genre de nurserie, où son aide avait déjà préparé 3 biberons. Elle tend un lionceau qui se réveille doucement de la sieste à son aide et, chacun le sien, nous donnons le biberon à nos bébés poilus.
Le miens baille et empoigne son repas entre ses grosses pattes déjà bien griffues et je jubile. J'en ai les larmes aux yeux.

"_ Fais gaffe, hier, il y en a un qui m'a mordu un sein.
_ Oh merde, ça doit faire mal.
_ Un peu oui. J'ai dû mettre ma main dans sa gueule pour qu'il me lâche. Mais ça va, pas besoin de ponts de suture.
_ Mais comment...tout ça...toi...les bébés lions...
_ En fait, comme je t'ai dis, on a trouvé la lionne l'autre soir près de la frontière du parc. Des braconniers l'avaient endormie et voulaient l'emporter avec eux. Ils avaient attaché une corde autour de son cou et tiraient comme des brutes. Elle était enceinte et ils voulaient vendre les lionceaux. La patrouille de nuit les a vu, ils ont fui et m'ont rapporté la lionne. Je l'ai accouchée dans la nuit, opérée en suivant et j'ai refait le pansement ce matin. C'est pour ça qu'elle est endormie.
_ Oui, je comprends que tu kiffe ton job. C'est génial !
_ Oui c'est vrai, je suis bien plus heureuse qu'avant."

Au bout d'un moment, après de multiples papouilles dans ses petites peluches vivantes, il a bien fallu les déposer avant que la mère ne se réveille. Nous sommes sortis de la clinique, elle a pris le volant d'une Jeep et nous avons poursuivi notre route vers son gite.

Sur la route, je voyais sa chevelure blonde virevolter dans les airs, une crinière de lionne en liberté, heureuse d'être ce qu'elle est, enfin autonome, maîtresse de son destin. C'est beau à voir. Cette image m'a ramené à un autre tableau. Dans l'appartement d'Emilie, il y avait plusieurs toiles, dont une, "La lionne" de Gericault. J'aime la peinture, depuis longtemps. Depuis que j'ai vu "la Pie" de Monet, depuis que j'ai été subjugué de voir qu'avec peu de couleurs, le peintre arrive à retranscrire le froid, la nature, la liberté...comme si on les regardait à travers la fenêtre, bien au chaud au coin du feu. C'est un tableau qui me donne chaud et me donne envie de me blottir confortablement avec un thé.

Emilie avait "La Lionne" dans son petit salon.
"_ Tu vois ce regard intense et profond ? tu peux lire la détermination dans ses yeux, ce petit côté qui prévient que si tu marches sur son territoire elle te bouffe. J'aime ce tableau. Il me rappelle comment je dois me comporter dans un milieu aussi rude que l'hôpital."
Je connaissais ce tableau avant, mais le voir à travers les yeux d'Emilie m'en a donné une toute nouvelle dimension, davantage de profondeur.

Perdu dans mes pensées, je n'ai pas remarqué que nous étions presque arrivés. J'ai juste eu le temps de voir le soleil couchant rougeoyer, se reflétant dans un petit lac en contrebas où s'abreuvaient les gnous. Le crépuscule embrasait sa crinière et donnait un éclat de braise à ses joues.

Nous sommes rentrés dans son lodge, en terre, bois et paille. Pas de clim mais un ventilateur géant au plafond de l'unique pièce. La déco était...comment dire...pittoresque. Probablement faite pour ne pas dérouter les fantasmes du touriste. De fausses peaux de zèbres aux murs, de vrais tapis de paille tressée au sol, du bois, encore du bois, des draps marrons et un couvre-lit léopard en nylon.

J'ai posé mes bagages, elle a déposé ses clés, posé ses poings sur les hanches, m'a regardé avidement.
"_ Je ne serais pas contre une douche. Et toi ?
_ C'est pas de refus."

Nous nous sommes déshabillés l'un en face de l'autre, lentement, ne nous lâchant pas du regard une seconde, même au risque de tomber en s'emmêlant dans mon pantalon. Puis direction la salle de bain. Elle est rentrée la première, a agrippé le pommeau et m'a aspergé d'eau froide. S'en est suivie une petite bataille d'eau froide, juste le temps que l'eau tiédisse puis on ne laisse qu'un filet, quelques gouttes, une petite pluie.
J'ai attrapé le carré de savon de Marseille et j'ai délicatement commencé à le frotter contre ses épaules, descendant progressivement vers son dos, je passe vers l'avant, sur son nombril et elle me l'attrape des mains, le frotte jusqu'à ce que ça mousse bien. Pendant ce temps, je caresse le creux de ses reins de la main gauche, ma main droite monte, passe l'épaule, redescend, attrape le sein droit, le fais mousser, doucement, passant délicatement le téton entre mes phalanges, sans serrer, juste ce qu'il faut de pression.
Elle, de ses mains glissantes, m'attrape les fesses, les plaque contre elle, apprécie leur rotondité (la course, faut bien que ça serve à quelque chose). Moi, ma main gauche passe sur sa hanche gauche, ma droite sur la hanche droite, je continue de faire mousser, de l'intérieur des cuisses jusqu'à la base des seins. Ce n'est qu'à ce moment qu'elle tourne la tête, seulement la tête, pour m'embrasser, gardant son dos plaqué contre mon ventre. Sa main droite me caresse la joue tandis que sa main gauche empoigne ma virilité, fermement, juste ce qu'il faut.
J'en profite pour savonner sa cuisse droite, qui s'ouvre comme on tourne la page d'un livre, m'offrant son intimité. Mais je n'y vais pas. J'attrape son genou pour le lever vers moi, je passe ma main sur l'intérieur des cuisses jusqu'à la naissance de la jambe et ... je remonte vers le nombril, le sein.

Ce revirement de direction l'a fait me serrer plus fort, commençant des va et vient, frottant mon gland contre sa fesse gauche. Ce changement d'intensité m'a fait raffermir ma prise sur sa cuisse, serrant fort la chair contre moi, l'ouvrant davantage (elle est souple !). Je rince ma main sur le filet d'eau s'égouttant du pommeau et je commence à passer mes doigts juste à la surface de sa petite toison coupée court. Je la sens se cambrer. Elle doit apprécier.

Je fais faire des petits pas avec mes doigts, descendant du nombril vers sa toison, tout doucement, l'index marchant doucement sur son ventre, puis le majeur, puis l'index, pour finalement poser délicatement mon majeur sur son clitoris, je fais de petits ronds, avec mon index et mon majeur, j'étreins les petites lèvres, les capturant entre mes phalanges, puis je remonte, je redescends, je remonte...enfin vous voyez. Elle pendant ce temps, elle s'active sur moi, me serre fort mais point trop n'en faut, capture la naissance de mon gland entre son pouce et son index et joue avec.
De mon côté, mon majeur s'aventure plus impudiquement pour se diriger vers un endroit plus moite encore que l'eau qui nous enlace. En le courbant comme un crochet, j'effleure un endroit cartographié par le Dr Graffenberg, enflé, sensible, pulsant.

Elle se retourne, me regarde droit dans les yeux, m'embrasse le torse, puis le nombril, toujours en me fixant. Elle n'a toujours pas lâché mon membre de la main et maintenant, elle l'embrasse à son tour, toujours en me sondant de ses yeux bleus. Puis sa langue passe délicatement sur mon frein, c'est doux, c'est bon, ses lèvres déposent un baiser délicat sur la pointe du gland, en fait le tour avec sa langue et elle l'engage dans sa bouche jusqu'à sa main. Mon sexe repose sur sa langue qu'il caresse doucement avant de remonter et recommencer. Elle ferme les yeux. Je lève les miens au ciel et gémis. C'est bon.

Subitement, elle arrête son étreinte, un petit sourire malicieux au coin des lèvres en m'annonçant : "On va manger ? j'ai faim."

Il me faut un moment pour revenir à moi. Je ne me rappelle même pas ce qu'on a mangé. En vrai, je suis un peu perdu : j'ai une femme magnifique à ma table, elle est heureuse, pleine de vie et je repense au mois qui s'est écoulé.

Depuis mon séjour chez Emilie, depuis que je lui ai remonté le moral, on s'est écrit, beaucoup, fréquemment, presque tous les jours. Ca a commencé de façon anodine...

"_ J'espère que tu vas mieux depuis mon séjour chez toi. Je voulais te dire que tu comptes beaucoup pour moi et que ça me fait de la peine de te voir triste. Alors, pour te remonter le moral, voici une chanson. "

Peu de temps après, elle me répondit :
"Oh c'est trop chou ! merci de me remonter le moral. Je n'ai pas d'ami comme toi."

J'ai répondu : "You're my best friend"

Alors elle a répondu : "Si tu me lances sur les classiques alors ...voilà, prends ça ! Battle de chansons !"

Du coup, forcément, j'ai répondu "La guerre est ouverte ! Wouhou ! Tu sais, j'ai passé un jour parfait avec toi et j'aimerais que tu sois là."

Elle a renvoyé : "Tu me fais chialer, sincèrement. J'ai tant besoin de toi."

Forcément, j'ai renvoyé : "Je n'arrête pas de penser à toi."

Evidemment, la réponse a été : "Je te veux, près de moi."

J'ai noté la virgule, je me suis enflammé. Du coup, obligatoirement, ma réponse a été : "Il n'y a pas de montagne assez grande pour me séparer de toi".

Elle répondit : "Il y a tellement de choses que j'aimerais faire si tu étais là avec moi. Je ne saurais faire de liste. Heureusement, il y en a d'autres qui l'ont fait pour moi."

Bon, on est d'accord. C'est une chanson d'amour. Genre, elle n'ose pas me le dire, mais elle éprouve des sentiments pour moi, là c'est clair. Sans équivoque.

Du coup, par voie de conséquence : "Bouge pas, je cours vers toi." J'avoue, j'ai un peu hésité à lui envoyer ça, mais bon...

Cordialement, elle répondis : "Ouh, tu envoies du lourd niveau kitsch. Supporteras-tu ça ?"

J'ai failli en tomber de ma chaise. Non seulement elle m'envoie du gros pâté de bouse intergalactique, mais en plus, elle m'avoue à demi-mot qu'elle sait que je l'aime en secret. C'est énorme !!! Alors j'ai essayé de calmer le jeu parce que bon, à distance, ça ne sert à rien de s'enflammer les sous-vêtement par chanson interposée.

"Ne t'inquiètes pas, on trouvera l'amour, tous les deux, faut juste être un peu patient. "

Et là, je n'ai pas compris : "Désolé, je ne supporte pas le disco."

Oh la vache, la douche froide. Mais comment faut-il que je le comprenne ? est-ce qu'elle me dit qu'elle, en retour, ne m'aime pas ? et que veulent dire toutes ces chansons avec du "Je te veux" par ci et du "j'ai besoin de toi" par là ? ou alors a-t-elle des goûts musicaux absolument intransigeants ? moi j'aime bien écouter de la merde de temps en temps. Sommes-nous compatibles musicalement, c'est important pour moi. Et puis le disco, c'est pas tant de la merde que ça !
Du coup, je fais quoi ? je pense quoi ? je ressens quoi ? Ca m'obsède.

J'ai laissé un peu d'eau couler sous les ponts et je suis revenu en catimini, toujours par email :

"Alors ? comment ça va ?

"Beaucoup mieux, en grande partie grâce à toi. Je ne sais pas comment je pourrai un jour te remercier."

"Va mieux, déjà, ça sera bien."

"Merci, ça me touche beaucoup. Tu sais, je pense que mon coeur est guéri et que je suis prête à rencontrer quelqu'un."

Je crois que c'est cette phrase qui m'a marqué. La dernière fois qu'on s'était vu, elle m'avait dit que quand son coeur irait mieux, elle aimerait tomber amoureuse de quelqu'un comme moi. Forcément, ça me va droit au coeur, et j'aimerais être le chanceux qui pourra entrer dans son coeur.

Et là, j'ai la petite voix de Lola qui me glisse : "Tu es sûr que ce n'est pas plutôt dans sa culotte que tu veux entrer ?". J'ai gloussé comme un petit dindon.

"_ Qu'est-ce qui te fait rire comme ça ? me demande Fenouil avec un éclat de malice au coin de l'oeil.
Mince alors, ça fait au moins un quart d'heure que j'ai perdu le fil de la conversation.
_ C'est toi ! je suis tellement heureux pour toi, ta vie a complètement changé, tu es épanouie, tu aimes ce que tu fais, c'est beau. Alors je ris parce ça me réjouis. Hop là, pas vu, pas pris. 
_ Oui c'est vrai. Tu peux aussi me dire qu'avec le voyage et le décalage horaire tu es un peu fatigué.
_ C'est pas faux.
_ Alors retournons dans la chambre, d'accord ?"

En introduisant sa clé dans la serrure de la chambre, je commence à passer ma main droite sur son épaule, elle soupire de plaisir, tend la tête vers le haut, ferme les yeux. Je glisse ma main gauche sur son cou, d'abord juste au dessus du sternum puis je remonte vers son menton et l'oblige délicatement à tourner sa tête vers moi, je passe mon menton rêche dans ses cheveux, respire son parfum un peu musqué et je l'embrasse sur la bouche, langoureusement, chaleureusement.

Elle ouvre la porte de sa chambre, sans casser mon baiser, nos lèvres restent collées, elle se retourne et me saisit par le col, m'entraîne vers elle. Tout en m'embrassant, elle attrape ses grosses chaussures de brousse et ses socquettes et les envoie valdinguer de ci de là. Puis elle arrache littéralement ma chemise, un ou deux boutons volent à travers la pièce. Je fais de même avec sa chemise, des bouton-pressions, c'est plus pratique. J'en profite pour enlever mes chaussures d'un coup d'orteil bien placé sur les talons. Tout ça, sans me casser la gueule. Je passe mes mains sur sa peau douce, juste au dessus de la taille, fais glisser sa chemise en caressant ses épaules et je redescends vers son soutien-gorge. Il se dégrafe en un claquement de doigts, je n'ai jamais été aussi dextre.

Elle enlève frénétiquement les boutons de mon pantalon (je n'aime pas les fermetures éclairs). Et alors, je ne sais pas pourquoi mais j'ai commencé à lui demander, toujours en l'embrassant :
"_ Est-ce que ... tu sais... pourquoi ... il y a ... écrit ... Y ...KK... sur ...les ... braguettes ?
_ ...Rien ... à... foutre !"
Et, de rage, descend tout mon pantalon sans défaire plus que les deux premiers boutons.

Elle s'allonge sur le couvre lit en faux léopard, je l'attrape par la taille, embrasse son nombril, puis un peu en dessous et encore en dessous, tout en retirant tout doucement son pantalon, histoire de l'enrager. Ca fonctionne. Ses yeux s'embrasent, elle se mord la lèvre et rugissant. Je récidive avec sa culotte, elle halète. J'embrasse son triangle de Scarpa (pour les anatomistes), je la sens pulser sous mes lèvres, de plus en plus vite, de plus en plus fort.

Une fois les sous-vêtements évincés, j'embrasse son mont de Venus, je descends vers la jonction des grandes lèvres puis celle des petites, et je laisse dépasser un tout petit bout de langue, juste à peine, et je commence à laper, comme un petit chat, le petit bouton que je sens poindre sous ma légère pression. Je vois naître une petite oasis d'humidité au milieu de cette savane, je viens m'y abreuver. C'est le genre de source où plus on y pose les lèvres et plus elle abonde. Une sorte de corne d'abondance qui remercie la générosité de son buveur.

Je n'ai jamais compris les égoïstes qui pensent uniquement à leur propre plaisir. Le summum de l'hédonisme c'est au contraire de donner la priorité à la jouissance de son ou sa partenaire.

Enfin bon, plus prosaïquement, j'adore le cunnilingus. Sentir vibrer le corps de ma partenaire simplement via ma bouche et éventuellement ma main, ce n'est pas de la soumission, c'est un pouvoir immense ! Et à grand pouvoir, grandes responsabilités. Ne devrais-je pas être honnête avec elle ?

"_ Mmm, c'est bon ce que tu me fais.
_ Merci, j'aime te le faire tu sais.
_ Oui mais tout le monde ne le fais, je te le garantis.
_ Ah mais je réserve ça aux personnes qui comptent vraiment pour moi, celles pour qui j'ai des sentiments forts.
_ Ah ? tu es amoureux ? dit-elle en me lançant un clin d'oeil.
_ C'est encore un peu tôt pour se prononcer, tu ne crois pas ? Ca fait quoi, 6 mois qu'on se connaît ? et on n'a passé que 2 weekends ensemble.
_ C'est vrai. Tu as largement eu le temps de rencontrer d'autres personnes.
_ Oui, c'est vrai, mais non.
_ Ah bon, ça fait 6 mois que tu n'as couché avec personne ?
_ Absolument, dis-je en retournant entre ses cuisses.
Elle halète mais ne perd pas sa concentration.
_ Si je comprends...bien...tu n'as couché avec ... personne mais ... tu as rencontré ... d'autres personnes.
_ Si c'est important ... de savoir ça ?
_ Non non juste ... je suis curieuse. Ca serait con que ... depuis le temps ... tu sois tombé ... amoureux d'une autre.
_ Ah ah ah.

Je ne sais pas, je n'ai pas du faire exprès, mais il devait y avoir un soupçon de doute ou d'hésitation dans ma voix et ça n'a pas échappé à cette clinicienne hors pair.

_ Non, sans déconner, regarde moi.
Elle m'attrape par les cheveux et me foudroie du regard. Elle repose la question :
_ Dis moi la vérité. Est-ce que tu es amoureux d'une autre ?

Ces secondes en suspend sont horribles. Pas que pour moi, j'en ai conscience. Je dois me triturer la tête dans tous les sens. Si je lui dis la vérité, ça va juste lui faire terriblement mal. Si je mens, elle le saura. Mais bon, si je mens vraiment avec conviction, il y aura peut-être moyen que ... Non mais c'est horrible de penser comme ça !!! Georges ! enfin ! tu n'as pas honte ! Négocier avec la vérité juste pour baiser !!!
Mais la vérité, quelle est-elle ? En ce moment, je suis perdu. J'ai probablement Emilie qui est amoureuse de moi sans me l'avouer directement. Son coeur guéri m'attend peut-être et je la connais depuis beaucoup plus longtemps que Fenouil. J'ai passé tellement plus de moment avec elle et tellement bons. Avec Fenouil, c'est seulement la deuxième fois qu'on se voit, ça se présente bien mais suis-je prêt à sauter le pas ? que dis-je ? à faire le bond de géant de se lancer vers l'inconnu dans une relation à distance.
Et puis c'est la soeur de Milène, ma meilleure amie. Si je lui fais une crasse, je perds à la fois une petite amie et une amie très chère ! Suis-je prêt à ça si je dévoile que ... que quoi au juste ? que j'ai peut-être quelqu'un qui m'attends ailleurs ? Ce n'est pas ça la question. Est-ce que je suis réellement amoureux d'Emilie ?
Toutes ces réflexions en un quart de seconde dans ma tête et mon coeur.

_ REPONDS !

Ah mince, ça devait faire plus qu'un quart de secondes.

_ Est-ce que tu es amoureux d'une autre ? oui ou non ?

Je tremble de tout mon corps. La réponse que je vais donner va déterminer le déroulement des 6 prochains mois, je le pressens. Je fais quoi ? quelle direction je veux faire prendre à ma vie ?

_ Oui ou non !

Allez, on respire, c'est comme un sparadrap à retirer.

_ Oui."



To be continued... 








mardi 4 septembre 2018

L'Afrique est bonne hôtesse

Je pose les pieds sur le sol africain. C'est ridicule de simplifier un continent entier à un seul mot "Afrique". Comme si un américain en foulant le Danemark pouvaient dire "J'ai visité l'Europe". C'est vrai, mais c'est réducteur.
C'est la troisième fois que je pose les pieds en Afrique, à 3 endroits complètements différents et à des moments différents de ma vie. J'avais déjà raconté mon voyage au Maroc, juste au tout début de mon année sabbatique. J'étais au bord de l'implosion, ça m'a permis de faire un retour sur moi-même, savoir si j'abandonnais mes études de médecine si près de la fin ou si je continuais mais dans ce cas là, il fallait que je sache comment j'envisageais mon avenir professionnel. Beaucoup de choses s'étaient débloquées pendant ce séjour.

Je descends sur le tarmac de l'aéroport, assailli par la chaleur et l'humidité, mais j'aime cette sensation. C'est comme si le continent m'accueillait à bras ouverts et m’enlaçait de ses grands bras moites de sueurs.
Je récupère mon petit bagage sur le tapis roulant, je montre mon passeport et je sors de l'aérogare. Une voiture m'attends. Pas une limousine, quand même, faut pas exagérer, mais une vieille DS, hyper bien entretenue, noire, vitres teintées. Je suis limite surpris de ne pas voir flotter les drapeaux aux 4 coins.

Le chauffeur m'accueille, me serre la main chaleureusement, range mon bagage dans le coffre et m'embarque vers la réserve où travaille Fenouil. Il me questionne brièvement en anglais (Afrique anglophone) mais je suis perdu dans mes pensées et je ne réponds que par monosyllabes. Le chauffeur pense que j'ai un jet lag et me laisse me reposer.

Mes pensées s'envolent vers la première fois que j'ai visité l'Afrique, francophone cette fois là. J'étais externe. Enfin...je voulais abandonner médecine déjà à l'époque. En fait, à avoir terminé le concours ante-pénultième, j'ai le syndrome de l'imposteur : j'ai presque honte d'être à ma place, je n'y ai pas de légitimité, je ne devrais pas être là. Donc je doute d'avoir choisi la bonne voie. Et je me remets en questions en permanence. A cette époque là, j'avais complètement séché les cours, trouvé du boulot, gagné ma vie autant que possible et c'était vachement plus gratifiant que les bancs de la fac. Surtout que c'était la première année de mon externat, c'est à dire que je passais tous les matins à l'hôpital à apprendre la médecine. Ça devrait me plaire, penseriez-vous. Je vais vous raconter la réalité du terrain.

En théorie, on suit un chef de près, et il nous apprend tout ce qu'il sait. On s'occupe de 2 à 5 patients, on les examine, les interroge pour connaître leurs symptômes, la chronologie des événements, leur traitements, leurs antécédents... enfin la vie, quoi. Leur vie. Ensuite, on retourne dans notre bureau, on regroupe toutes ces informations dans une observation inscrite dans le dossier médical. On extrait de l'ensemble des symptômes un syndrome et l'après-midi, on va à la fac bosser le-dit syndrome, pour en connaître les tenants et aboutissants, les causes, conséquences et traitements.

De retour le lendemain dans le service, on peut affronter la maladie les yeux dans les yeux, en disant à son ennemi : "Je te connais et je n'ai plus peur de toi". On peut alors informer le patient, lui administrer son traitement, le guérir et le voir rentrer chez lui avec une petite larmichette de bonheur de travail accompli.

Bon, ça, c'est quand on bosse à la fac de médecine des bisounours. En vrai, le matin, en arrivant à l'hôpital, chaque externe se tire dans les pattes pour avoir le moins de patients possible pour pouvoir se barrer tôt (je vous expliquerai après). Ensuite, c'est la guerre : il n'y a qu'un seul appareil à ECG pour 6 patients entrés hier après-midi. Il faut être le plus rapide pour l'attraper et avoir la chance de ne pas être celui qui doit aller à la réserve chercher du papier en cas de rupture.

Ensuite, on va voir notre nouveau patient, on lui pose un tas de questions sur une pathologie dont on ne connait forcément rien, en 4°année de médecine, on est des bébés docteurs, on ne sait rien de la thérapeutique. Par contre, on connait vachement bien l'anatomie, la physiologie, la pharmacologie...que des trucs super théoriques qui ne portent aucun sens concret (pour l'instant).
Le plus malheureux c'est que le patient, lui, a des questions concrètes auxquelles on ne peut pas répondre.

Ensuite, on gratte notre observation que personne ne va jamais lire sauf un juge en cas de procès. On trie la TONNE de papiers qui arrive le matin par le courrier : des résultats biologiques, des fax de médecins extérieurs à l'hôpital, des compte-rendus divers et variés, des doublons, des triplons, des feuilles vierges...Tout cela à trier et ranger dans les dossiers des patients hospitalisés. Une partie de ce qui reste, à ranger au secrétariat dans les dossiers des patients hospitalisés les semaines précédentes et pour le reste du reste, à ranger aux archives.

Avec de la chance, un interne fait une visite tous les jours accompagnés de ses externes, mais bon, c'est comme si un élève de maternelle apprenait à lire avec un élève de CP...Rien de vexant ou d'humiliant mais c'est un état de fait : un interne c'est juste un externe avec un concours de plus. C'est toujours un babydoc avec un peu plus de savoir théorique et toujours aussi peu d'expérience.

Avec de la chance, un chef (en vrai, un chef, c'est juste un ex-interne qui a passé sa thèse) ou un professeur passe une fois par semaine pour la visite dite professorale. C'est la messe (ou la kermesse, ça dépend). On peut alors assister à un défilé d'externes, internes, infirmiers, cadres...suivre un professeur, s'entasser à 15 dans la chambre d'un patient en pyjama sans lui demander son avis, discuter de lui à la troisième personne, en sa présence, sans jamais le regarder en face, aborder sa pathologie avec des mots compliqués, que ça serait une liturgie en latin que ça serait pareil, ressortir de sa chambre sans merci ni merde et recommencer dans la chambre d'après.

Avec de la chance, au milieu de ce capharnaüm, le professeur a eu le temps faire le point sur la pathologie en question, un externe a pu poser une question et avoir une réponse.

Avec de la chance, la visite finit avant 14h, heure de fermeture de la cantine. Puis direction la fac, où les mêmes professeurs du matin sont censés venir faire la même chose l'après-midi mais devant un tableau noir. Sauf que, préoccupés par leurs responsabilités multiples, la moitié du temps, ils sont absents.
Alors, pour ne pas être venu à la fac pour rien, on se dirige vers la BU (bibliothèque universitaire) et c'est là l'intérêt de finir tôt le matin : avoir une place.

Et le soir, en rentrant chez soi, il faut encore lire les cours pour le lendemain, bosser les pathologies pour les patients du lendemain, fouiller sur internet pour dégotter LE truc, ZE info qui nous manquait concernant le sujet du moment.

Vous comprendrez que cette période de ma vie a été peu gratifiante. Du coup, j'ai redoublé. J'ai pu mieux comprendre ce qu'on attendait de moi pendant mes stages (esclave en gros) et ce qui m'attendait pour le concours (qui n'a rien à voir avec les patients), puis l'internat (esclave aussi, mais je ne le savais pas encore). J'ai alors voulu me confronter à la réalité : dans les hôpitaux de France, on traite des maladies qui tuent à petit feu si je puis dire. Cancer, diabète, hypertension...et on gère les handicaps que cela génère derrière. L'essentiel du travail du médecin français c'est donc d'augmenter la qualité de vie puisque l'hygiène, les antibiotiques et les vaccins se sont déjà chargés de la quantité de vie.
Et en matière de qualité de vie, je suis une sous-merde ! je ne sais pas du tout soulager la souffrance des patients. On ne m'a pas appris à le faire en tout cas, ni en stage, ni en cours.

Quand on n'est encore que bébé docteur, on aimerait apprendre la médecine sur des sujets faciles : un symptôme = une maladie = un traitement ! facile ! genre chancre dur = syphilis = pénicilline.
Après seulement, on peut rajouter de la complexité petit à petit.
Mais la réalité est ainsi faite que les maladies sont des entités complexes, présentées par des gens ayant un vécu, un historique et une représentation de ce qui leur arrive. Confronter le savoir théorique et l'expérience clinique face au ressenti du patient et soulager ses souffrances à la fois physiques et psychiques, c'est tout ce qui fait la beauté de ce métier. Et sa complexité aussi.

Sauf que sortir du tube à essai et intégrer la complexité dans son entièreté, ça demande un pas de géant que je n'étais pas prêt à franchir, moi, pauvre paladin niveau 1.

Que se passe-t-il dans des pays délaissés par la technologie médicale et la thérapeutique ? est-ce que je servirais à quelque chose dans ces zones ? est-ce que ce que j'ai bossé dur à acquérir servira ? Et pour prendre peu de risque d'être inutile face au peu de bagage médical accumulé en 5 ans, pourquoi ne pas aller dans le pays le moins doté au niveau médical ? S'ils n'ont rien, le peu que je pourrais apporter sera d'une grande aide, non ?

J'ai donc pris mon courage à deux mains et me suis armé de patience : j'ai appelé l'administration de la fac.

"_ Bonjour, je voudrais faire un stage d'été dans un pays africain, est-ce que vous auriez un terrain de stage à me proposer ?
_ Vous êtes ?
_ Zafran, Georges.
_ Mais vous n'avez pas besoin de faire de stage cet été parce que vous avez redoublé.
_ Oui mais je voudrais en faire un quand même.
_ Oui et je vous dis que vous n'avez pas besoin.
_ Oui et je vous dis que j'ai envie d'en faire un, même si je n'ai pas besoin.
_ Oui et bien parce que vous n'en avez pas besoin, je n'ai pas de terrain de stage à vous proposer.
_ Je m'en fous que ce soit validé par la fac ou pas, je veux juste partir faire un stage là-bas et savoir si vous aviez des retours positifs d'étudiants qui soient allés quelque part. C'est pas compliqué, si ?"

Bah apparemment si. La fac ne m'a rien proposé comme lieu de stage, ni comme contact, ni des noms d'étudiants qui auraient fait un stage d'été à l'étranger. Rien. Je suis donc allé voir l'asso des étudiants pour qu'ils m'aident un peu.
Eux ont pu me donner quelques contacts. Je vais anonymiser les lieux et les gens, mais vous comprendrez sans problème.

J'avais bossé pendant 1 an, des boulots de nuits, pour me payer ce billet. J'arrive sur place, la descente de l'avion, la même sensation que j'ai raconté plus haut, cette chaleur moite qui vous saisit les narines et les poumons.
Je prends un taxi, accompagné d'un autre étudiant français, accueillis par un étudiant local, Moussa. Nous traversons la ville et au lieu de monuments ou d'avenues célèbres, nous croisons beaucoup de militaires kakis, armés d'une kalachnikov dans une main et d'une bière dans l'autre, à l'air peu avenants.

L'un d'eux nous arrête.
"_ Descendez du véhicule s'il vous plait.
Moussa nous intime de nous taire et de le laisser parler.
_ Que venez-vous faire dans notre pays ?
_ Ce sont des étudiants comme moi. Ils viennent pour apprendre comment ça se passe ici.
_ Ah, donc pas des touristes alors.
Un peu déçu. Il renchérit.
_ Vous venez étudier ici ? vous venez étudier quoi ?
Et moi, naïvement :
_ La médecine.
_ Ah vous êtes médecins ! vous avez des médicaments sur vous ?
Moussa rattrape le coup comme il peut.
_ Non, ce sont des étudiants, ils n'apportent rien mais veulent repartir avec notre savoir faire.
_ Je vais devoir contrôler vos passeports.
Nous nous plions à sa requête.
_ Et vos carnets de vaccination ?
Roger, l'étudiant croisé dans l'avion se raidit d'un coup.
_ Ah zut, je ne l'ai pas mis dans mon passeport, je l'ai laissé dans mon carnet de santé au fond de mon sac.
_ Je vais devoir confisquer vos sacs alors, à tous les trois.
Moussa se tourna discrètement vers moi.
_ Donne moi 500 balles.
_ Quoi ?
_ Donne moi 500 francs CFA, ça fait un peu moins d'un euro. Vite !
Puis se tourna vers le militaire
_ Monsieur l'officier, temporisa Moussa, ils sont étudiants en médecine. Ils sont forcément vaccinés. D'ailleurs voici la monnaie qui reste après avoir acheté leurs vaccins. Je suis sûr qu'avec votre aide, ils feront de l'excellent travail dans notre pays.
_ Ah d'accord, d'accord. Bon circulez alors."

Nous repartons dans notre taxi. Moussa me corrige poliment :
"_ Faut faire gaffe à ce que tu dis ici. Il était à deux doigts de confisquer tes bagages.
_ Mais pourquoi faire ?
_ Bah pour te piquer les médicaments que tu as sur toi.
_ Et les vendre au marché noir ? sans mauvais jeu de mot, je précise.
_ Non, au marché normal. Ici c'est comme ça qu'on achète les médicaments. Il y a des pharmacies mais c'est très cher alors les gens préfèrent acheter des médicaments de seconde main.
_ Je ne comprends toujours pas pourquoi il voulait nous confisquer nos éventuels médocs. Pour éviter le trafic ?
_ Non, pour en faire au contraire.
_ ... Non, je comprends encore moins.
_ Je t'explique : il faut comprendre que les militaires n'ont pas été payés depuis plusieurs mois. Alors ce militaire que tu as croisé, comment il fait pour nourrir ses enfants le soir en rentrant chez lui ? il se débrouille comme il peut, il fait du trafic, il demande un petit backshish par ci par là. C'est normal au fond, quand tu sais que ce n'est pas par méchanceté.
_ En effet, je ne voyais pas les choses comme ça."
Et j'étais encore loin d'imaginer toutes les occasions que j'aurai de changer de point de vue.

Nous avons continué notre route et notre séjour plus sereinement, toujours avec un petit pourboire en prévision. Ce qui m'a le plus marqué ? la permanence militaire ? non. Le petit déjeuner au sandwich à l'omelette ? non. Le goût des ananas et des bananes ? non et pourtant, il y avait de quoi. Les repas dans la rue en sortant de stage ? avec, dans le désordre, les soupes de pattes de poulets, la viande de chèvre séchée, les brochettes de ... viande (je n'ai jamais su ce que c'était). Non. C'était les pathologies. Ce que j'étais venu chercher. A ma grande surprise, ce n'étaient pas des pathologies typiquement locales et exotiques, comme des maladies tropicales. Non, c'étaient les bonnes vieilles mêmes pathologies qu'en France mais...level 60.

J'ai fait mon stage en cardiologie, médecine interne et pédiatrie, pendant 2 mois au total. Et j'ai plus appris pendant ces 2 mois que pendant les 2 ans qui ont suivis. Ces deux mois m'ont tellement forgés au plus profond de moi qu'ils ont maintenus leur influence jusqu'à aujourd'hui. Il ne se passe pas un jour sans que j'y repense.

Je vous relate pèle mêle.

En cardiologie, j'ai vu un homme quasiment entièrement paralysé, aphasique, avec des escarres profondes comme le poing, d'où voletaient des mouches. Il était nourri par sa famille qui dormait sur des nattes dans la cour de l'hôpital et qui préparaient ses repas à l'aide d'un petit brasero, à même le sol. Le patient dormait dans sa chambre d'hôpital, sur une natte posée sur le carrelage.

Il venait pour son troisième AVC en moins d'un an. Alors là, ça va très vite dans ma petite tête d'externe.

Quelle était la cause de son AVC ? son hypertension très probablement. La seule prise de TA qu'il a eu, à son admission, était à 20/12cmHg (pour ceux à qui ça parle). Il avait un traitement ? oui bien sûr, une boite de Lowtensor. Une seule. En 1 an. Une seule boite, pour 1 mois, coûte environ 1600 Francs CFA. Le salaire moyen est d'environ 24000 Francs CFA, soit 1/15 du revenu mensuel. Ça ne représente pas grand chose c'est vrai, mais quand vous avez 12 bouches à nourrir, ça fait l'équivalent d'une treizième. Le patient était cordonnier. Paralysé, vous imaginez bien qu'il ne peut plus travailler. Donc un quinzième de zéro ça fait ... ? il est relativement facile de comprendre que la treizième bouche saute assez rapidement.
Et tout ça, c'est sans compter aussi le traitement anti agrégant, entre 1950 f CFA et 16500 f CFA la boite selon la molécule, ni le traitement de sa plaie.

Est-ce qu'il n'aurait pas en plus une cardiopathie emboligène ce patient ? pour les non initiés, est-ce qu'il n'aurait pas une maladie de son coeur qui enverrait des petits caillots dans son cerveau ? peut-être. Lui faire un ECG ? ok, faut demander à sa famille s'ils accepteraient de débourser 1000 f CFA pour satisfaire la curiosité du médecin, pour un examen qui ne changera rien ni à la prise en charge du patient ni à son pronostic.

Ça m'a appris à réellement peser le pour et le contre d'un examen complémentaire. En ai-je réellement besoin ? le bien du médecin n'est pas forcément le bien du patient.

J'ai appris à interpréter un ECG, réellement. J'ai même vu mon premier Wolf-Parkinson-White là-bas. Sauf que, pas de bol, le patient avait un palu et la quinine est contre-indiquée dans ce cas précis. Que faire ? si on ne traite pas son palu, il risque mourir. Si on le traite, il risque mourir aussi. Après explication, le patient est rentré chez lui, sans traitement. Primum non nocere j'imagine. 

J'ai compris ce qu'était une tamponnade, une vraie, vous savez le signe pathognomonique de l'arrêt du pouls à l'inspiration profonde ? bah je l'ai senti.

En médecine interne, j'ai vu une dame qui venait pour hypotension. Elle venait de se marier, la semaine dernière. Sur son corps, j'ai vu les plus grosses vergetures de ma vie. Elle faisait 150kg à vue d’œil. Et dans, un pays pauvre, ça se remarque très vite. TA 9/4cmHg. Diagnostic ?
Le chef de médecine interne (un des médecins les plus compétents que j'ai jamais rencontré, un local) avait trouvé le diagnostic au premier coup : elle a pris des corticoïdes, achetés au marché, pendant 1 mois avant son mariage, pour grossir. Parce qu'ici, le standard de beauté, c'est plus Firmine Richard que Lupito Nyong'o.
Après son mariage, après avoir pris le poids désiré, elle a arrêté brutalement ses corticoïdes. Du coup, forcément, elle s'est retrouvée en insuffisance surrénalienne aigüe.

J'ai vu une jeune fille de 18 ans...au début tout le monde était content, mariée, rapidement enceinte mais...arrivés 9 mois, avec son gros ventre, pas d'accouchement. Inquiétude. Le ventre n'est pas si gros que ça en fin de compte. La famille se cotise pour une échographie. Ce n'est pas une grossesse comme les autres, c'est un choriocarcinome, un cancer de l'utérus. La radio des poumons n'était pas belle du tout. Je me suis senti très démuni.

Juste à côté d'elle, il y avait une autre jeune fille de 18 ans...Sa mère aussi, à peine mariée, enceinte, accouchement sans soucis sauf que...un jour, sa fille a fait une jaunisse qui n'est jamais passée jusqu'à ce jour. Elle avait un foie de la même taille que l'uterus de sa voisine. Sa mère avait attrapé le virus de l'hépatite B pendant sa grossesse. Sa fille était en train de mourir d'une cirrhose.
Je vous rappelle le prix des anti-viraux ? ne parlons même pas des anti-rejets de greffe.


Et pour finir, en pédiatrie, j'ai vu un enfant de 6 mois, amené par ses parents après 1 mois de diarrhées. Ils étaient allés voir le guérisseur local qui, en voyant sa fontanelle enfoncée (signe de déshydratation sévère) et voyant le cerveau pulser à travers, s'était dit que c'était mauvais signe (c'est vrai) et avait préconisé de recouvrir la fontanelle de bouse et de paille (c'est moins pertinent tout de suite).
Comme leur enfant n'allait pas mieux (surprenant) ils sont venus à l'hôpital en désespoir de cause. Sauf que le guérisseur avait coûté toutes leurs économies. Ils n'avaient plus assez pour ... rien. Il y avait un français qui travaillait dans l''hôpital, avec une barbe blanche, calme, serein. Ils nous a appris beaucoup de choses.
Voyant la détresse de cette famille, il s'est rendu à la pharmacie la plus proche, pris plusieurs sachets de SRO (soluté de réhydratation orale) à 300 f CFA l'unité (0,5 € chacun) et les a donnés à la famille, en disant qu'il fallait le mélanger avec de l'eau bouillie et faire refroidir, parce que l'eau non bouillie pouvait le rendre malade à nouveau.
Il a payé de sa poche une perfusion de sérum salé, passée dans l'après-midi et la famille a pu rentrer chez elle dans la soirée, sans comptabiliser une nuit d'hospitalisation.

Après ça, je n'ai plus quitté les semelles de ce docteur barbu. Il s'appelait Dr Karma. Un signe du destin sans doute.

Un soir, il nous amena prendre un verre, Roger et moi, les deux externes.
"_ J'en avais marre du système CHU à la française, j'avais besoin de changer d'air. J'ai décidé de passer 6 mois dans ce pays pour me changer les idées.
_ Et ça marche ?
_ Oui en quelque sorte et puis ça me remet les pieds sur terre également.
_ C'est à dire ?
_ En fait, je suis arrivé avec un organisme humanitaire pour installer des margelles à côté d'un puits dans un petit village pas loin d'ici. Ils avaient récolté plein de fonds pour acheter le matériel sur place et faire fonctionner l'économie locale. Bon, avec les douanes et la corruption, on s'est retrouvé avec moins de la moitié de l'argent. On a quand même affrété un camion avec des briques, du ciment et des plaquettes d'information sur la dracunculose, tu sais ? le parasite qui rentre sous la peau quand on a les pieds dans l'eau qui stagne. Donc, nous arrivons au village, nous construisons des margelles autour du puits, on explique aux locaux comment s'en servir. Tout se passe bien et nous nous en allons. Nous sommes repassé deux semaines plus tard pour vérifier comment ça se passait. Ils avaient détruit les margelles, pris les briques et retapé leurs maisons avec.
_ Oh, mince !
_ Nous avions pensé à plein trucs sauf à l'essentiel : avant de faire de la médecine, de débarquer avec nos gros sabots, nous avons oublié de vérifier si les gens avaient à manger et un toit sur leur tête. Du coup, cette aventure m'a bien aidé à relativiser les choses, à mettre les histoires personnelles en perspective et à les intégrer dans ma prise en charge. Ça tombe sous le sens mais en métropole, ça peut s'oublier facilement.
_ C'est vrai qu'en arrivant ici, je me rends compte qu'il y a plein de choses auxquelles on ne pense pas en France, tellement ça semble acquis.
_ J'ai beau critiquer mais on a quand même la chance d'avoir la Sécurité Sociale. Ça veut dire que tu débourse très peu pour te payer tes soins. C'est une chance rare ! Ici, regarde ! ils galèrent pour se payer un pauvre SRO qui peut leur sauver la vie. En France on râle quand on doit avancer des frais de consultation qui seront de toute manière remboursés par la mutuelle. Ça fait relativiser.
_ C'est sûr. Mais à part ça, qu'est-ce qui vous a le plus marqué ici ?
_ Ils ont les même pathologies que nous, les mêmes préoccupations.
_ Ah bon ?
_ Oui : manger, dormir, être heureux. Ce que Voltaire disait déjà il y a 220 ans ! et la maladie vient mettre le bazar dans tout ça. C'est à nous de les re-rendre heureux. Il y a certaines pathologies où il faut apprendre à vivre avec et d'autres qu'on peut guérir. Mais dans tous les cas, on peut améliorer le vécu des patients. Comme partout.
_ Je ne voyais pas les choses comme ça.
_ Tu n'es pas le seul. Quand on pense humanitaire, tout le monde pense à "Afrique" en premier alors qu'il y a autant à faire près de chez soi.
_ Du coup, pourquoi est-ce qu'on préfère partir loin pour regarder les gens mourir plutôt que de servir à quelque chose dans son patelin.
_ Je n'ai pas de réponse, que des pistes de réflexion. D'abord, on part souvent pour se découvrir soi-même. Changer d'environnement est plus propice à cette rencontre intime. Rester chez soi ne permet pas toujours ce changement de repères nécessaire. Et puis il y a une part moins avouable, un côté un peu voyeur, sadique, à contempler la souffrance d'autrui. Et ça, on préfère dévoiler notre côté peu moins noble loin de nos proches.
_ Je ne sais pas. Moi, je suis venu ici parce que j'avais envie de servir à quelque chose. En métropole, je ne sais rien et je ne sers à rien.
_ Et alors ? depuis que tu es ici, tu as le sentiment de servir à quelque chose ? de faire la différence ?
_ Non, je ne sers toujours à rien mais j'apprends plein de trucs.
_ Des trucs que tu n'aurais pas pu apprendre en France ?
_ Bah si, mais c'est plus difficile. Il n'y a personne pour nous parrainer, on est livré à nous même et on doit tout apprendre tout seul.
_ Et ici ? on te tiens davantage par la main peut-être ?
_ Non, mais il me fallait ça pour me sortir les doigts du c...pardon, pour me bouger les fesses et me motiver à apprendre par moi-même.
_ C'est ce que je disais : certains ont besoin de changer d'environnement pour se changer soi-même. La question est : quand tu rentreras, comment est-ce que tu seras ?
_ Ah ! Autrement dit : est-ce que je vais garder mon changement en retournant dans mon milieu naturel ?
_ C'est ça.
_ Je ne sais pas, je vous dirai une fois rentré.
_ Ça roule, conclue-t-il d'un tintement de nos verres."

Les jours se suivirent et ne se ressemblèrent pas. J'ai eu la joie de constater que, plutôt que d'installer des couveuses hors de prix, ils ont tout simplement mis en place des "unité kangourou" c'est à dire des mamans qui se relayent pour porter les bébés prématurés tout contre leur peau, dans une écharpe, dans une pièce sans clim pour que les nourrissons finissent leur maturation à la bonne température. Ça ne coûte rien et c'est très efficace.

J'ai aussi ressenti la colère la plus brûlante devant des situations désarmantes. Voir une bébé de moins de 2h de vie, le regard déjà suppliant, maigre comme un clou, vomir le peu qu'il arrive à téter. Ne pas savoir ce qu'il a. Et 1h plus tard, voir sortir de l'unité kangourou une petite chose drapée entièrement d'un chiffon, le visage recouvert.
Ne pas savoir ce qu'il avait. Ne pas savoir quoi faire. Ne pouvoir rien faire. Ne pas savoir réconforter la mère. Ne pas pouvoir la réconforter car ne parlant pas la langue. Tenir une main, ne pouvoir faire que ça et se dire que rien que ça, c'est un début.  

Et puis rire, intérieurement parce que quand même. Quand un patient débarque du fin fond du trou du cul du patelin paumé de loin, à pied, avec un méga fièvre, que tu lui donnes un thermomètre à mercure, pour lui prendre la température, sans lui expliquer, parce que ça va de soi, normal quoi, et que le patient le bouffe, oui, le mange intégralement, que tu paniques, que tu vas chercher le Dr Karma :

"_ Putain ! Je fais quoi ?!?!
_ Mmm effectivement, c'est délicat. Il peut manger ? Il n'est pas en occlusion ?
_ Il n'a pas de bruits hydro-aériques mais en même temps il n'a rien bouffé depuis 3 jours qu'il marche.
_ Une défense abdominale ?
_ Bah il est maigre et musclé. Je n'arrive vraiment pas à savoir.
_ En général, la défense, ça se reconnait tout de suite. Dernières selles ?
_ Je ne sais pas, il ne parle pas français.
_ Flûte. Donc, on ne sait pas ce qu'il a. Mais en tout cas ça ne vient pas du ventre a priori. Il faudrait faire une radio quand même.
_ Oui bon ça d'accord. Mais pour le mercure qu'il a ingurgité ? Je fais quoi ?
_ Du blanc d’œuf.
_ Pardon ?
_ Tu vas au marché d'à côté, tu as encore le temps en te dépêchant, tu lui achètes une demi-douzaine d’œufs et tu reviens. Dans un bol, tu sépares les blancs des jaunes et tu lui donnes les blancs, crus. Tu sauras faire ?
_ Pas de soucis !"

Je suis parti en courant au marché avant que ça ferme à midi, ai cherché les poules dans ce capharnaüm, acheté des œufs, sauf que, rangés dans un sac plastique, c'est plus difficile pour faire le chemin du retour en courant.
Au final, on lui a donné ses 6 portions d'ovalbumine pour capter le mercure dans son tube digestif et éviter qu'il nous tape une intoxication aigüe. Mais vous allez me demander, sa fièvre, elle venait d'où ? et bien le monsieur, il a marché pendant 3 jours avec une péritonite appendiculaire. Donc oui, ça venait du ventre, et non, il n'avait pas de défense abdominale. Tout le monde n'a pas la même réaction face à la douleur et oui, même les signes cliniques les plus évidents peuvent nous jouer quelque tours.

Quelques jours avant la fin du séjour, Dr Karma nous a proposé de faire un pot de départ. Quelques verres de bière locale plus tard, les langues se délient. Karma me demande :
"_ Alors, bilan du séjour.
_ Finalement, je pense que je ne vais pas arrêter médecine.
Il manque s'étouffer avec sa bière.
_ Pardon ?
_ J'étais venu en désespoir de cause. Si vraiment la médecine ne me plait pas en Afrique, elle ne me plaira nulle part.
_ Euh...tu as conscience que la pratique de la médecine n'est pas la même en Afrique, en Chine, aux États-Unis ou en France.
_ Oui et non : ce sont les gens qui sont différents et en parallèle, ils sont identiques.
_ Mmm...développe je te prie.
_ Je veux dire, oui, la pratique n'est pas la même parce que les gens qui pratiquent la médecine et les patients qui la subissent ne sont pas les mêmes. Pourtant, les pathologies sont universelles.
_ C'est pas faux. Qu'est-ce que tu as retenu de la pratique locale et des gens locaux que tu vas rapporter en France.
_ Déjà, si je pouvais m'assoir dans la rue et taper la discut avec n'importe qui et lui offrir le thé, ça serait pas mal.
_ C'est un début.
_ Et puis tout simplement écouter les gens, ce qu'ils ont à me raconter.
_ C'est vrai. Mais ça n'a pas grand rapport avec la médecine, me dit-il avec une petit sourire dissimulé sous sa barbe buissonnante et mousseuse.
_ Bah si au contraire. C'est justement ça la médecine. Si le patient vient voir un soignant, c'est qu'il a une demande, une requête, une question, une peur, une angoisse. La première chose à faire, c'est savoir d'où vient cette peur et l'apaiser. Et quand cette peur provient de symptômes d'une maladie, là, je peux faire jouer un savoir théorique ou un savoir faire. Mais d'abord, tenir la main, accompagner, informer, tout ça, c'est du savoir vivre et j'ai bien peur qu'on ne l'enseigne pas à la fac de médecine.
_ Ah ah. Je vois que les choses ont bien muri dans cette petite tête d'étudiant, rétorqua-t-il avec de petites étoiles dans les yeux.
_ Mouais, sauf que je suis une grosses merde en relations humaines.
Pour la deuxième fois, Karma a failli avaler sa bière de travers. Sa barbe n'en était que plus luisante encore.
_ Pardon ?
_ Bah oui, ça fait 3 ans que je sèche la fac, que je lis tout ce que je peux lire. J'évite de voir du monde autant que possible. Je ne sais pas me comporter en société, je suis toujours en train de balancer une connerie qui met quelqu'un mal à l'aise, moi compris. Il va y avoir du boulot !
_ Oui mais comme tu dis, ça ne s'apprend pas à la fac.
_ Ouais t'as raison saucisson. Je vais continuer de sécher les cours. J'espère juste pouvoir trouver un maitre de stage comme vous, parce que t'es vachement bien, vous, comme prof.
_ Saucisson ? tu m'as appelé saucisson.
_ Oh merde ! pardon putain ! Euh, je veux dire...Oh et puis zut ! c'est bien la première fois que je suis détendu en société. Par contre, faut que je réduise l'alcool. Une demi-bière et je suis déjà bourré."


La route, la savane, la chaleur...cette ambiance m'a remémoré ces moments. Le moment où je suis devenu un homme, où j'ai pris mes études en main, sans attendre qu'on me guide. A mon retour, j'ai également pris ma vie sentimentale à bras le corps. Alors inexistante, j'ai vaincu ma timidité et abordé, essuyé des rejets sans me démonter, rencontré le sexe opposé avec tous ses attraits.

Curieusement, j'ai fini mes études de médecine et je suis en route pour retrouver une femme. La boucle est bouclée semble-t-il. Nous arrivons à destination, un domaine clôturé, façon Jurassic Park, empli de lodges en bois et en terre, aux toits de paille. C'est l'endroit où Fenouil travaille. Elle m'accueille en sortant du plus gros bâtiment, en pantacourt beige, chemise kaki clair, manches courtes, bien serrée sur sa poitrine généreuse et dont les boutons résistent tant bien que mal, chevelure dorée volant sous la brise torride, transportant à moi ses phéromones m'appelant à lui faire
sauvagement l'amour.


La suite au prochain numéro...



De quoi meurt-on dans le monde ?
http://www.lemonde.fr/planete/article/2014/12/18/de-quoi-meurt-on-dans-le-monde_4542392_3244.html

En Europe, le surpoids tue davantage que le tabac et les infections :
http://www.lemonde.fr/pathologies/article/2014/11/26/cancers-le-poids-de-l-obesite_4529285_1655270.html

La vision européenne sur "l'Afrique"excellemment bien résumée dans cette vidéo :
http://www.slateafrique.com/531439/sterotypes-afrique-humanitaire-metier-qui-sapprend





mardi 31 janvier 2017

HbA1c, le making-of 2 : la glycosurie et la médecine des évidences







Il est extrêmement difficile de répondre simplement à une question d'ordre médical. Le oui/non est très rare. Il n'y a qu'à voir la complexité de répondre à, par exemple, l'intérêt du dépistage du cancer du sein. Alors ? intérêt oui ? intérêt non ? comme dirait Facebook : "c'est compliqué".

Il y a quelque temps je me suis fixé comme tâche de répondre à une question simple : l'intérêt de l'HbA1c. Ca m'amène obligatoirement à la question suivante : c'est quoi le diabète ? et rien que ça...sans parler du traitement, des complications, du diagnostic...juste la physiopathologie c'est un pavé.
En fait, de toutes mes lectures, je pourrais en pondre un livre entier, pour ne répondre qu'à une seule question. Mais dans quel but ? un énième bouquin sur le diabète...pfff c'est bon, on a fait le tour de la question, non ? A mon sens non. Parfois, ce que je lis entre en contradiction avec les cours de mes professeurs, avec les livres de référence sur le sujet. Parfois, ça les conforte, les renforce. Heureusement.

C'est là que je me heurte à un biais de cognition.

Je suis en train de faire de l'archéologie médicale. Du coup, par définition, je n'étais pas là au moment où les articles ont été écrit, je n'ai pas baigné dans le contexte de l'époque, je n'ai pas assisté aux débats, ni lu les commentaires et les réactions. Ma connaissance du sujet, tous les tenants et les aboutissants, la réflexion qui a précédé l'accouchement du consensus, tout cela m'est parcellaire. Est-ce pour ça que je comprends les choses différemment que mes professeurs ? comme je n'ai qu'une partie des renseignements, j'ai forcément faux. Ou pas. J'ai un regard neuf aussi.

Biais d'arrogance

Ai-je l'outrecuidance de défier mes maîtres sur leur propre terrain ? du haut de mes quelques années d'exercice, comment puis-je m'ériger en défenseur de l'auto-formation auto-didactique versus l'expérience séculaire des mandarins ? bref, est-ce que je pèterais pas un peu plus haut que mon cul ?
D'un autre côté, n'est-ce pas simplement un complexe d'infériorité, complexe de l'imposteur vis à vis de lecteurs de revues professionnels ?

Comment faire la part des choses entre les 2 revers d'une même médaille, celle de la connaissance médicale ? et bien avec humilité peut-être. Ou avec un dictionnaire. Je ne veux pas que ce que m'ont transmis mes professeurs soit une évidence, je veux trouver des evidences, des preuves (en anglais).

Encore une fois, je vais tâcher de rapporter les études que j'ai lu, comment je les ai comprises (en sachant que j'ai pu les comprendre de travers) comment j'essaye de les replacer dans le contexte de l'époque et comment j'ai pu aboutir à une conclusion en rapport avec les problématiques contemporaines.
C'est difficile, j'en ai conscience, et ça va être long. J'implore votre patience.



En attendant, je vais vous montrer à quel point c'est pénible d'extraire un joyau dans cette mine.




LA BANDELETTE URINAIRE DE GLYCOSURIE

"Diabeton" vient du grec qui veut dire "qui passe à travers" (cf ici). Je boit 10 litres donc je pisse 10 litres. Déjà il y a 6000 ans, on avait identifié des patients qui pissaient beaucoup, dont l'eau ne faisait que passer à travers eux. 
Quand on goutait les urines, on leur trouvait quelques particularités, soit un gout salé (diabète salé ou maladie d'Addison), soit un gout sucré (diabète sucré) soit pas de gout (diabète insipide).

L'HbA1c concerne uniquement le diabète sucré et plus de 95% des diabètes dont vous entendez parler concerne le diabète sucré.

Est-il encore de nos jours pertinent de gouter les urines ? Je ne sais pas vous mais quand j'étais interne, on faisait des bandelettes urinaires à tour de bras. A la médecine du travail aussi. Avec un peu d'expérience et de recul, je vois passer plein de glycosuries négatives chez des patients diabétiques et des glycosuries positives chez des femmes enceintes qui ne sont pas diabétiques.

Est-ce vraiment utile ? ou de façon plus concrète : quelle est la sensibilité de la glycosurie dans le diagnostic du diabète ?


Question simple. Réponse compliquée.

L'idée, c'est que ce test doit être très sensible pour ne passer à côté de personne. S'il n'est pas très spécifique, c'est pas grave, on peut toujours vérifier avec une glycémie veineuse. C'est plus rapide, moins cher et ça évite de faire faire une glycémie veineuse à tout le monde.

Déjà, trouver des études qui donnent vraiment ce que j'ai demandé n'est pas si évident.

D'abord, les bandelettes en général arrivent à détecter une glycosurie à partir de concentrations telles que 0,5g/L (parfois moins) soit 1/10 de carré de sucre par litre d'urine.

Ensuite, si on prend la population tout venant, qu'on fait des BU à tout le monde (enfin, 1000 anglais du nord de Londres en 1990), sur 16 BU positives, 8 seulement étaient diabétiques et 17 diabétiques ont eu une glycosurie négative. Ca donne une sensibilité de 32% d'après les auteurs (oui d'après les auteurs, je ne recalcule pas, il faudrait, mais j'ai la flemme).

A l'inverse, si on prend 138 patients à qui on fait passer une HGPO et qu'on leur regarde la glycosurie, 36 vont avoir une BU positive mais seulement 8 sont diabétiques. Les auteurs donnent une valeur de sensibilité à 72%.

Déjà, suivant comment on fait le test, au sein de quelle population, les résultats sont radicalement différents.

Ensuite, une étude plus récente (2009), publiée sur le site de l'OMS, montre au contraire une sensibilité de 100%. Par contre, c'est la méthode que je ne comprends pas : pour savoir si un patient est diabétique, ils regardent la glycémie veineuse (ok) qui doit être supérieure à 50mg/dl (soit 0,5g/l). Euh...j'imagine qu'il doit y avoir une coquille, un raccourci super rapide, mais bon, on a quand même des résultats qui ne sont pas très concordants entre différentes études.



 Cf ici : sur 6 études différentes, la sensibilité de la BU varie de 16 à 64%, suivant que c'est fait à jeun, en post prandial ou au hasard. Avec une spécificité de 75% dans le meilleur des cas. C'est à dire, si je reprends avec mes mots, en essayant de l'appliquer concrètement à mon quotidien :
Si vous êtes diabétique, la BU vous pouvoir vous confirmer que vous êtes diabétique, dans 1 cas sur 6 dans le pire des cas, dans 2 cas sur 3 dans le meilleur des cas. Bon ça veut dire qu'elle a une chance sur 3 de ne pas vous dire que vous êtes diabétique alors que vous l'êtes.
Et à l'inverse, si vous n'êtes pas diabétique, la BU a une chance sur 4 de vous dire que vous êtes diabétique par erreur. Et ça, c'est sans compter les faux positifs surajoutés (manger de la vitamine C et ranger les BU à l'air libre par exemple, cf infra).



Vous voyez bien qu'il est capital de recouper les informations, vérifier ce que disent de multiples études avant de pouvoir se prononcer. Qu'il faut ensuite vérifier leur méthodologie et regarder la conclusion avec circonspection. Par exemple, parmi les études que j'ai cité, quasiment tous recommandent la BU pour le dépistage général de la population. Alors, peut-être qu'une sensibilité de 50% est intéressant à l'échelle d'un pays mais individuellement c'est tout pourri.

Pour revenir à la question initiale : est-ce que la BU est utile dans le diagnostic du diabète ? je ne peux pas répondre ! C'est trop disparate. Par contre, avec les éléments dont je dispose, je peux dire que comparé à d'autres méthodes telles que la glycémie à jeun ou la glycémie capillaire, c'est nul à chier et qu'il faudrait abandonner la BU une bonne fois pour toute. Concernant la glycémie !!! pour la protéinurie, la recherche d'infection urinaire ou de cétones, c'est autre chose.

C'est d'ailleurs la conclusion des gynéco (cf ici).

Est-ce que vous entrevoyez un peu l'ampleur du ménage qu'il y a à faire ? la glycosurie ne sert à rien, apporte plus de confusion qu'autre chose. Pourtant, c'est une pratique répétée, transmise de génération en génération de médecins, de professeur en futur professeur depuis l'époque où on goutait les urines. Les moyens et les techniques ont évolué, l'habitude reste. Pourquoi ? c'est exactement mon intention en voulant relire un maximum de vieilles études de diabétologie : faire le tri entre la transmission, ce qui semble "évident", qui va de soi, et les preuves, les arguments logiques et irréfutables, les evidences.

En tout cas, chers collègues, chers patients qui me lisez, quand vous voyez "glycosurie" sur une ordonnance, rayez-là, par pitié !!!





PS : une petite subtilité s'est glissée dans mon article. La mesure de glycosurie via une bandelette urinaire n'est pas la même chose que la mesure directe en laboratoire. La première est une mesure discrète (traces, une croix, deux ou trois), l'autre est une mesure quantitative. J'ai fait l'amalgame entre les 2 méthodes. C'est une erreur. En pratique, une glycosurie à +++ ou 3g/l ne change rien. L'intérêt de ce genre de test c'est "positif" ou "négatif". Donc, certes j'ai opéré une réduction simplificatrice entre les 2 méthodes de dosage mais en pratique ça ne fait aucune différence.

PPS : le tableau d'ouverture est une huile sur toile : "un docteur examinant de l'urine" de Trophime Bigot visible à l'Ashmolean Museum d'Oxford en Angleterre
https://commons.wikimedia.org/wiki/File:Bigot,_Trophime_-_A_Doctor_Examining_Urine.jpg?uselang=fr


Biblio : 
le guide des prélèvements biologiques : http://www.sfbc.asso.fr/sites/default/files/Guide%20exam%20bio%20(5)%2018-01-08.pdf


WHO : sensibilité et spécificité des BU : http://www.emro.who.int/emhj-volume-15-2009/volume-15-issue-5/accuracy-of-dipstick-urinalysis-as-a-screening-method-for-detection-of-glucose-protein-nitrites-and-blood.html

article de 1979 sur la comparaison de 2 types de bandelettes : http://clinchem.aaccjnls.org/content/clinchem/25/6/996.full.pdf

1990, sensibilité et spécificité de la bandelette urinaire : https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pmc/articles/PMC1663125/pdf/bmj00181-0063c.pdf

1991 : auto mesure de glycosurie : https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pmc/articles/PMC1670929/pdf/bmj00145-0042.pdf

2000, screening for diabetes : http://care.diabetesjournals.org/content/23/10/1563.full-text.pdf

Recommandations 2010 du CNGOF sur le diabète gestationnel : http://www.cngof.asso.fr/D_TELE/RPC_DIABETE_2010.pdf




mardi 29 novembre 2016

HbA1c, le making-of

Oui, bon, je sais, ce n'est pas l'article que vous attendiez.
Du coup, pour vous faire patienter, je voulais partager certaines choses avec vous.

Avant tout, je tiens à remercier ma femme pour supporter d'avoir un chéri tête-en-l'air, perdu dans ses pensées, en train de rédiger son article et d'essayer d'enchainer les arguments. Merci à Dr Agibus et Hippocrate&Pindare pour avoir débuté cette envie de commentaire.

Je relate :
Récemment, 2 articles (ici et ici) ont titillé mon intellect. Il y a eu aussi l'année dernière une lectrice du blog qui m'avait envoyé des articles du dr Rémy Boussageon (articles faciles à récupérer mais pour les flemmards ici et ici) concernant l'HbA1c.
Celle-ci étant au coeur de mon métier, ça m'a intéressé de revoir un peu mes connaissances sur le sujet et de réellement mettre le doigt sur le léger malaise que j'ai à chaque fois que je lis une étude de diabétologie.

J'aurais pu vous pondre un article rapide sur la fiabilité de l'HbA1c et les conditions où elle n'est pas fiable. Mais à mon sens, ce n'est pas pertinent. Pour parler d'HbA1c, il faut parler de glycémie et pour parler de glycémie, il faut parler du diabète.

Alors j'ai lu, re lu, encore lu, décortiqué, fouillé. Je suis allé chercher jusqu'aux fondamentaux de la diabétologie, même tombé sur des études de 1925. Ma biblio s'approchait de la centaine d'articles. Et plus je répondais à mes questions, plus je m'en posais.

Au bout d'un moment, je me suis tellement éparpillé, suivant le fil de mes réflexions, que j'avais de quoi écrire un livre entier. Je pensais qu'en faisant de l'archéologie de littérature médicale, je retrouverais un genre d'arborescence, avec 1 ou 2 articles princeps, cités par 3 ou 4 articles de deuxième génération, eux-même cités par 8 ou 10 articles...un genre de darwinisme de la connaissance médicale. Absolument pas !
J'ai découvert des articles qui se citaient les uns les autres ("ping-pong review articles" ?  ça existe ? je dépose le terme en tout cas), ou encore mieux, des auteurs dont la majorité de la biblio est constituée de leurs propres articles.

Bref, si je file la métaphore de l'évolution des espèces comparée à la littérature médicale, quand je découvre un insularisme d'articles, ça veut sans doute dire qu'il y aura soit consanguinité, soit apparition d'une nouvelle espèce.
Et c'est un peu vrai, j'ai découvert comment des concepts qui sont largement acceptés actuellement sont nés, ont été débattus, controversés et pourquoi. J'ai aussi constaté une frange de la littérature qui se reprend elle-même sans se remettre en question. On reprend des chiffres d'une autre étude, on pond un joli diagramme mais on ne discute rien, on part là dessus et on embraye. J'ai découvert qu'il y a souvent une séparation entre la beauté des chiffres présentés par une étude et la beauté de leur présentation en graphique intelligible, une autre entre la beauté des résultats et leur puissance, encore une entre leur significativité et leur pertinence.

N'ayant pas vécu moi-même les discussions de l'époque, je ne peux qu'essayer de les retracer et de comprendre la genèse des théories actuelles sur ma discipline. Ca a été très enrichissant mais foisonnant. Quels articles choisir ? quel tableau exprime le mieux les faits ? quel étude est la plus solide ?

Heureusement, Google a tout effacé.

Une fausse manip, un moment d'inattention, un complot, la super moon, l'élection de Trump...

Il va falloir que je m'y recolle. Mais pour plus de clarté, il faut que je structure ma pensée. Et c'est de ça que voudrait parler avec vous.

Méthodologie de travail :

Pour bâtir mes réflexions, j'ai fait l'aller retour entre PubMed et 2 gros pavés de diabéto : le livre du Pr Monnier et celui du Pr Grimaldi (intitulés "Diabétologie" tous les 2).

Par contre, pour ne pas limiter ma présentation uniquement auprès de ceux qui sont familiarisés avec la diabétologie, je baserai mon argumentaire sur des articles "free full text" pour que vous puissiez lire les mêmes choses que moi, pour que la discussion soit ouverte.

Ensuite, je vais tâcher de toujours doubler mes affirmations, c'est à dire, quand je vais présenter un concept, une idée, un fait, donner autant que possible 2 références différentes et préférentiellement qui ne se citent pas réciproquement.

Et finalement, j'ai appuyé un peu tout ça avec tout ce que j'ai pu trouver ailleurs que via les chemins balisés, sur youtube ou ailleurs.


Résultats :

J'espère que les résultats seront intelligibles et que je ne vais pas trop me perdre dans des explications trop profondes, l'exposition de concepts trop alambiqués. Je vais tâcher de rester simple sans pour autant simplifier car toute réduction introduirait une erreur.

Et si je vois qu'on aborde carrément un pan entier qui mériterait de s'y appesantir en long en large et en travers, je préciserai que j'en ferai un article à part. Si jamais je me réfrène dans mon exposé par soucis de clarté, si je sens qu'il y aurait de la place pour développer mais que je me restreins pour ne pas surcharger, ça pourra faire l'objet d'un autre article si vous le souhaitez.

Je vais tâcher de faire le lien entre les études que je vais vous présenter et leurs implications cliniques, en gros, si c'est significatif mais que je ne trouve pas pertinent, je vous en parlerai.


Discussion : 

Bien évidemment, le but c'est de susciter le dialogue, la place sera toute ouverte dans les commentaires ou en message privé.




Si la méthode vous convient, si vous avez hâte d'avoir le point d'un diabétologue sur sa propre discipline, je vous attends prochainement ici même. Par contre, ça va prendre un peu de temps, je vous demande un peu de patience.